Jean-Alfred Mogenet : La poésie comme ciment communautaire face au progrès
Mise à jour le 2026-03-16 17:42:00 : Jean-Alfred Mogenet, poète savoyard, explore la poésie comme moyen de construire une communauté durable.
Table Of Content
Alerte : Aucune confirmation indépendante n’a pu être obtenue à partir de sources fiables. Cette information est à considérer avec prudence.
Jean-Alfred Mogenet (1862-1939), poète en langue savoyarde de Samoëns, était conservateur au possible, parfois même réactionnaire. Il chantait les objets anciens, les emblèmes communautaires traditionnels, les éléments naturels immortels, mais rejetait régulièrement les progrès techniques suscités par l’essor des sciences, ou les normes imposées par le pouvoir en place précisément pour soutenir ces progrès techniques. Son but était de fixer pour l’éternité l’image de Samoëns, de la faire résister au temps.
C’est ce que nous avons expliqué lors du colloque international sur la littérature francoprovençale, le 7 mars dernier, au Val d’Aoste – et la communication exacte sera publiée dans les actes. Mais une question postérieure à la conférence risque d’en infléchir l’orientation générale. Car une dame, professeure de linguistique à l’université de Turin, a opportunément fait remarquer que la poésie pouvait aussi construire une communauté, donc donner des perspectives pour l’avenir – pas seulement mythifier son image ancienne. La remarque rappelle les idées de Robert Lafont critiquant le conservatisme de Frédéric Mistral.
Nous avons dû répondre que, certes, Jean-Alfred Mogenet n’en a pas été pleinement conscient.
Nous n’allons pas développer les preuves biographiques que nous en avons, à quoi bon ? Souvent la poésie, intime, contredit les réputations, voire les actions publiques. Dans le cas de Jean-Alfred Mogenet, ce n’est pas vraiment le cas. Quand nous avons produit sur lui une conférence aux Études occitanes de l’université de Montpellier, certains de ces traits biographiques, exposés avec légèreté (comme s’ils étaient sans conséquence, et plutôt propres à en rire), ont choqué. Nous n’en donnerons qu’un : alors que Jean-Alfred Mogenet cherchait à Samoëns un emploi, un camarade qu’il fréquentait à la Société des Maçons, vieille association issue d’une confrérie, lui en a proposé un : percepteur des impôts à Chamonix. Jean-Alfred Mogenet a répliqué qu’il n’accepterait jamais un emploi d’un franc-maçon. Ce camarade, de fait, animait une loge à Cluses, où il avait été élu conseiller général. Jean-Alfred Mogenet n’avait plus, dès lors, qu’à s’exiler à Paris, pour travailler aux magasins de La Samaritaine, fondés par sa cousine Marie-Louise Jaÿ.
Ce fut plutôt salutaire, car, appelé là-bas Jésus-Christ à cause de sa barbe et de son catholicisme foncier, il est devenu à distance, par ses vers, le grand-prêtre de la vallée de Samoëns, en en chantant l’image immortelle.
Mais il existe, dans le recueil de ses œuvres que nous avons édité, un poème qui va bien dans le sens de la construction d’un emblème à venir, pour une communauté susceptible de se renouveler, de reprendre sens : c’est celui consacré à la Jaÿsinia, jardin botanique alpin alors en construction, et qui existe toujours – qui est même devenu un emblème majeur de Samoëns. Les touristes l’aiment à juste titre, et il est soigneusement entretenu.
Nous-même, enfant, y suivions ravi notre grand-mère, montant le long de la pente en lacets, traversée par une cascade argentée. Sur le chemin, une chapelle charmante, en haut les ruines d’un château féodal achèvent de planter le tableau d’un lieu privilégié, semblant contenir le bon génie de la colline.
Mais comment expliquer le goût de Jean-Alfred Mogenet pour ce jardin nouveau, construit à son époque, alors qu’il tendait à rejeter tout ce qui changeait l’image traditionnelle de Samoëns ? De trois manières : personnelle, émotionnelle, spirituelle.
Sous sa conscience, il y a l’implication égoïste : ce jardin a été créé à l’initiative de son employeuse, Marie-Louise Jaÿ. Elle l’a doté, et en a nommé les frères Mogenet, ses cousins, administrateurs : comme à Paris, Jean-Alfred secondait sous ce rapport son aîné, François-Joseph. Il fallait bien qu’il en fît des louanges. Il en célèbre ainsi le nom, le disant ravissant, alors qu’il émane simplement de celui de sa cousine, à peu près comme Léningrad émanait du nom du fondateur de l’Union soviétique. Au reste, il n’est pas faux que c’est un joli nom, Jaÿsinia. Ce qui participe du culte de la personnalité n’est pas forcément défectueux.
La seconde motivation de Jean-Alfred Mogenet, pour justifier l’éloge de ce jardin, est que, dit-il, la nature grâce à lui a comme ressuscité : on a, en effet, détourné une rivière naturelle pour qu’elle répande ses gouttelettes et ses vapeurs flottantes, comme aurait dit Lamartine, sur les pentes de la montagne, et les mares, les cascades, les eaux vives ont fait fleurir les terrains pleins de ronces, dit le poète. Ce jardin est, en un sens, écologique : il n’impose pas une technologie à la nature, mais en épouse les lois, pour mieux les épanouir. Réalisé par un architecte genevois, il rappelle le jardin rêvé par Jean-Jacques Rousseau dans La Nouvelle Héloïse : il soutient la nature en proposant des courbes, au lieu de lui imposer des lignes géométriques comme à Versailles. Il a quelque chose de romantique. Il parsème le chemin de bancs ombragés permettant de contempler la vallée, les reflets de l’eau pure, ou de lire de la poésie.
Et c’est aussi là que, au-dessus de sa conscience, Jean-Alfred Mogenet était touché : en un sens, cette œuvre d’art, quoique réalisée par un Genevois, ne devait rien à la technologie, mais reflétait la préoccupation esthétique qui était la sienne lorsqu’il écrivait. Les rythmes de l’eau qui coule n’étaient-ils pas ceux de ses vers ? Les reflets du soleil sur l’écume n’étaient-ils pas comme leurs métaphores ? Les bonds de la cascade et la réaction fleurie des plantes ne rappelaient-ils pas ses personnifications, n’attestaient-ils pas la vie morale qu’il attribuait dans sa poésie à la nature ? Jean-Alfred Mogenet était contraint d’admettre que l’art, la beauté, la vie, oui, éveillaient la communauté au bien, au pur, au vrai. Et en ce sens il espérait bien ressouder celle de Samoëns autour de ce qui est réellement noble au sein de l’existence.
L’art prolonge la technique vers l’Esprit, la technologie ne fait que la complexifier au même niveau, comme en un cercle restreint. C’était, inconsciemment, la philosophie de Jean-Alfred Mogenet.
Ce qu’il faut savoir
- Le fait : Jean-Alfred Mogenet a utilisé la poésie pour renforcer la communauté de Samoëns.
- Qui est concerné : Les habitants de Samoëns et les amateurs de poésie.
- Quand : Depuis la fin du XIXe siècle jusqu’à aujourd’hui.
- Où : Samoëns, France.
Concrètement, pour vous
- Ce qui change : Une nouvelle appréciation de la poésie comme outil communautaire.
- Démarches utiles : Participer à des événements littéraires locaux.
- Risques si vous n’agissez pas : Perte d’opportunités de renforcer les liens communautaires.
Contexte
Jean-Alfred Mogenet, en tant que poète, a cherché à préserver l’identité de Samoëns face aux changements technologiques. Son œuvre, notamment le poème sur le jardin Jaÿsinia, illustre cette tension entre tradition et modernité.
Citation
« La poésie pouvait aussi construire une communauté, donc donner des perspectives pour l’avenir. » — Professeur de linguistique, Université de Turin
Sources
Source : montblanc.hypotheses.org
Source d’origine : Voir la publication initiale
Date : 2026-03-16 17:42:00 — Site : montblanc.hypotheses.org
Auteur : Cédric Balcon-Hermand — Biographie & projets
Application : Téléchargez Artia13 Actualité (Android)
Notre IA anti-désinformation : Analyzer Fake News (Artia13)
Publié le : 2026-03-16 17:42:00 — Slug : jean-alfred-mogenet-et-la-poesie-comme-reformant-une-communaute-resistance-et-alternative-au-progres-par-la-voie-artistique
Hashtags : #JeanAlfred #Mogenet #poésie #comme #reformant #une #communauté #résistance #alternative #progrès #par #voie #artistique

