Investissement en cybersécurité : l’Europe face à un défi majeur

Mise à jour le 2026-02-06 07:42:00 : La Banque européenne d’investissement alerte sur un déficit d’investissement en cybersécurité de 1,75 milliard d’euros par an.

Ce qu’il faut savoir

  • Le fait : L’écart d’investissement en cybersécurité entre l’Europe et les États-Unis s’aggrave.
  • Qui est concerné : Les entreprises de cybersécurité en Europe et les investisseurs institutionnels.
  • Quand : Actuellement, avec des prévisions pour 2025.
  • Où : En Europe, par rapport aux États-Unis.

Chiffres clés

  • 1,75 milliard d’euros : déficit d’investissement annuel en cybersécurité en Europe (2022).
  • 30 % : taux de passage des entreprises européennes de cybersécurité au stade de levée de fonds en série A.

Concrètement, pour vous

  • Ce qui change : Les entreprises de cybersécurité européennes peinent à se financer.
  • Démarches utiles : Suivre les évolutions réglementaires sur les investissements.
  • Risques si vous n’agissez pas : Perte de compétitivité et fuite des talents.

Contexte

La Banque européenne d’investissement (BEI) estimait cet écart à 1,75 milliard d’euros par an en 2022, et ce déficit s’est depuis aggravé. S’il n’est pas comblé, ce manque persistant finira par éroder la compétitivité technologique de l’Europe ainsi que sa souveraineté numérique.

Le déséquilibre des investissements est manifeste. Les fonds de capital-risque européens spécialisés en cybersécurité sont, en moyenne, trois fois plus petits que leurs homologues américains, avec un ticket moyen de 6 millions d’euros contre 22 millions de dollars aux États-Unis. Cet écart chronique a des conséquences concrètes : seules 30 % des entreprises européennes de cybersécurité passent du stade seed à une levée de fonds en série A, contre environ 50 % aux États-Unis. Au premier semestre 2025, 55 % des tours de financement européens en cybersécurité sont restés bloqués à des stades précoces.

Ce déficit comporte des implications stratégiques plus larges. En 2024, près de la moitié des opérations de fusions-acquisitions impliquant des entreprises européennes de cybersécurité ont été réalisées par des acteurs non européens, suscitant des inquiétudes quant à la fuite de la propriété intellectuelle, des compétences et des actifs stratégiques hors d’Europe.

Un défi parallèle se pose du côté de la demande. Contrairement aux États-Unis, où les acteurs publics et privés jouent souvent le rôle de premiers adoptants des technologies nationales, les acheteurs européens ne se procurent pas à grande échelle des solutions européennes de cybersécurité. Cela prive les start-up européennes des clients de référence et des flux de revenus indispensables à la validation commerciale. Combler cet écart suppose non seulement une approche plus stratégique des marchés publics, mais aussi un changement de comportement du marché de la part des entreprises européennes.

Débloquer les capitaux dormants

L’Europe ne souffre pas d’un manque de capital, mais de la manière dont celui-ci est alloué. Les fonds de pension européens n’orientent qu’environ 0,01 % de leurs actifs vers le capital-risque, contre près de 10 % aux États-Unis. Mobiliser ne serait-ce qu’une fraction de ces capitaux dormants pourrait profondément transformer le paysage de l’investissement en cybersécurité en Europe.

Les contraintes réglementaires jouent un rôle central. Les règles prudentielles européennes actuelles encouragent une allocation vers des actifs à faible risque afin de préserver le capital, en limitant l’exposition aux investissements plus risqués. Si ces principes sont fondés, ces cadres ne distinguent pas suffisamment les investissements dans des infrastructures stratégiques telles que le capital-risque en cybersécurité des prises de risque spéculatives. Avec un taux de croissance annuel composé proche de 10 %, le marché européen de la cybersécurité présente à la fois une viabilité commerciale et une valeur stratégique.

La réforme en cours des fonds de pension portée par la Commission européenne offre une opportunité opportune d’ajuster ces règles. La mise à jour des cadres prudentiels et des marchés de capitaux pourrait permettre aux investisseurs institutionnels de s’engager de manière responsable dans le capital-risque tout en respectant leurs obligations fiduciaires. Des mesures complémentaires, telles que l’harmonisation des procédures d’introduction en bourse et le renforcement de l’union des marchés de capitaux, contribueraient également à orienter les ressources européennes vers une innovation productive.

Trois priorités pour une action collective

La compétitivité européenne en cybersécurité repose sur des efforts coordonnés sur trois fronts :

Mettre en place un véhicule d’investissement paneuropéen pour soutenir les scale-up.
L’Organisation européenne de cybersécurité (ECSO) et le Fonds européen d’investissement développent un mécanisme de fonds de fonds visant au moins 1 milliard d’euros de capitaux engagés. Ce véhicule a pour objectif de répondre à la fragmentation en agrégeant les capitaux à l’échelle européenne, permettant ainsi aux fonds de capital-risque spécialisés de déployer des tickets plus importants et d’accompagner les entreprises sur plusieurs tours de financement. La participation publique peut jouer un rôle de signal essentiel, en aidant à attirer les investisseurs privés et à amplifier les financements disponibles pour les scale-up prometteuses.

Mobiliser les capitaux institutionnels pour alimenter la croissance de long terme.
Les investisseurs institutionnels restent largement sous-représentés dans le capital-risque européen. L’avancée de la réforme de l’union des marchés de capitaux et le projet de « 28e régime » pourraient simplifier les investissements transfrontaliers et réduire les frictions réglementaires. En parallèle, des actions de sensibilisation doivent mettre en avant le profil risque-rendement attractif des investissements en cybersécurité ainsi que la maturité croissante des gestionnaires de fonds européens, dotés à la fois d’une expertise financière et opérationnelle.

Renforcer les voies de sortie pour attirer les investisseurs de phases avancées.
Des sorties réussies, par le biais d’introductions en bourse ou d’acquisitions stratégiques par des entreprises européennes, renforcent l’investissement en cybersécurité en récompensant la prise de risque initiale et en incitant à de nouveaux investissements. Pourtant, seules environ 2 % des scale-up européennes accèdent aux marchés boursiers. Le renforcement des places boursières européennes, l’harmonisation des règles d’introduction en bourse et la promotion d’une culture d’acquisition stratégique domestique sont essentiels pour stimuler les capitaux de croissance, le réinvestissement et une innovation durable.

Repenser la cybersécurité comme une priorité stratégique

Le discours européen sur la cybersécurité reste souvent centré sur la résilience et la protection de notre écosystème numérique, en particulier des infrastructures critiques. La cybersécurité doit toutefois aussi être reconnue comme un moteur de compétitivité, d’innovation et de prospérité. Elle se situe au cœur de la transformation numérique et des capacités industrielles, avec des retombées bien au-delà de la seule sécurité informatique. L’investissement en cybersécurité ne doit pas être perçu comme concurrent d’autres priorités de financement, mais comme un levier transversal des ambitions numériques et industrielles de l’Europe.

De l’ambition à l’action

Notre continent dispose des idées, des compétences et du potentiel de marché nécessaires pour devenir un leader mondial de la cybersécurité. Un cadre d’investissement plus robuste, reliant efficacement l’innovation en phase initiale à une croissance scalable et résiliente, demeure indispensable pour y parvenir. À l’ère de la concurrence numérique mondiale, la dépendance technologique crée une vulnérabilité stratégique. Pour rester compétitive, l’Europe doit être capable de sécuriser, de faire croître et de pérenniser les entreprises qui protègent son avenir numérique.

Le déficit d’investissement est réel, mais il n’est pas insurmontable. Grâce à des réformes politiques cohérentes, un engagement partagé et une volonté politique durable, l’Europe peut transformer son secteur de la cybersécurité en un écosystème intégré de champions mondiaux.

À propos de l’auteure :
x membre du conseil consultatif du Forum INCYBER Europe, est secrétaire générale de l’Organisation européenne de cybersécurité (ECSO) depuis juin 2025. Elle siège également au sein du groupe consultatif de l’Agence de l’Union européenne pour la cybersécurité (ENISA) et du conseil scientifique de l’Institut national polonais de recherche (NASK).

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Sources

Source : INCYBER NEWS

Visuel d’illustration — Source : incyber.org

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Date : 2026-02-06 07:42:00 — Site : incyber.org


Auteur : Cédric Balcon-Hermand — Biographie & projets

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Publié le : 2026-02-06 07:42:00 — Slug : liberer-la-competitivite-repenser-linvestissement-en-cybersecurite-en-europe-incyber-news

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