Inflation : Quand la réalité dépasse la promesse

Les prix à la pompe explosent, mais l’inflation officielle reste « presque » rassurante. Un paradoxe qui fait sourire… jaune.

Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, les prix à la pompe ont fortement augmenté. Le diesel et le mazout de chauffage ont atteint des niveaux supérieurs à la moyenne de 2022, déjà marquée par une grave crise énergétique. Les contrats énergétiques renouvelés au 1er avril, qu’ils soient fixes ou variables, pour le gaz comme pour l’électricité, reflètent déjà cette remontée des prix. Et pourtant, les chiffres officiels de l’inflation pour le mois de mars paraissent presque rassurants : 1,6%, à peine plus qu’en février.

Ce qui se passe réellement

Ce contraste n’est toutefois qu’apparent. L’inflation ne mesure pas la hausse instantanée de quelques prix très visibles ; elle reflète l’évolution d’un panier standardisé de biens et de services consommés par les ménages. Or, dans ce panier, tous les prix ne sont pas intégrés de la même manière ni au même rythme.

Carburants, mazout, gaz, électricité : pourquoi tout n’entre pas au même moment dans l’indice

C’est là que se joue l’essentiel du paradoxe. La hausse des carburants, comme le diesel ou l’essence, entre relativement vite dans l’indice des prix. En revanche, le mazout de chauffage est traité différemment : son impact est lissé sur douze mois, car les ménages ne remplissent pas leur citerne chaque mois. Même logique de décalage pour le gaz et l’électricité. Leur prix dans l’indice est calculé sur la base des nouveaux contrats signés en tout début de mois. En mars, une partie de la flambée liée à l’aggravation des tensions géopolitiques n’avait donc pas encore été intégrée par les fournisseurs au moment du relevé statistique. Autrement dit, la hausse est bien là, mais elle n’apparaît pas encore entièrement dans l’indice officiel.

Une inflation “en retard” qui pourrait remonter rapidement en Belgique

C’est précisément ce que souligne Philippe Ledent, économiste chez ING : la stabilité apparente de l’inflation en mars pourrait être trompeuse. Le choc énergétique ne serait pas absent, mais simplement différé. Et ce décalage statistique pourrait produire un effet de rattrapage rapide dans les prochains mois.

Ce ne serait d’ailleurs pas une première. Entre 2021 et 2023, la Belgique a été l’un des pays européens les plus touchés par la poussée inflationniste, dans le sillage du redémarrage post-Covid puis de l’invasion de l’Ukraine par la Russie. L’inflation belge avait culminé à 12,3% en octobre 2022, et elle était restée au-dessus de 5% pendant 19 mois consécutifs. Si la Belgique est aussi sensible à ce type de choc, c’est notamment parce que l’énergie pèse davantage dans l’indice des prix à la consommation que dans beaucoup d’autres pays européens. Selon les estimations évoquées par ING, cette composante représente environ 10% de l’indice belge.

Dès lors, une forte hausse des prix de gros de l’énergie peut avoir un impact rapide sur l’inflation globale. Toujours selon les calculs cités par la banque, si les prix bruts de l’énergie sur les marchés internationaux ont déjà progressé d’au moins 50%, cela pourrait se traduire par environ 13% d’inflation dans la composante énergétique. À elle seule, cette évolution pourrait ajouter environ 1,1 point de pourcentage à l’inflation globale. Dans ce scénario, Philippe Ledent anticipe une inflation proche de 3% dès avril, avec un risque d’approcher 4% dans les mois suivants.

Pourquoi cela dérange

Ce décalage entre la réalité des prix et les chiffres officiels est une belle illustration de l’art du camouflage statistique. Pendant que les ménages se serrent la ceinture, les économistes jonglent avec des chiffres qui ne reflètent pas la douleur ressentie au quotidien. Une inflation « en retard », c’est un peu comme un éléphant dans la pièce que personne n’ose mentionner.

Ce que cela implique concrètement

Pour les citoyens, cela signifie que les factures vont continuer à grimper, même si les statistiques officielles essaient de nous rassurer. Les ménages devront faire face à une réalité économique de plus en plus difficile, tandis que les discours politiques se veulent optimistes. Une belle danse de la dissonance cognitive, où les promesses de stabilité se heurtent à la réalité des prix à la consommation.

Lecture satirique

Les politiciens, avec leur talent pour le déni, nous promettent monts et merveilles tout en sachant pertinemment que la réalité est tout autre. « Ne vous inquiétez pas, tout va bien ! » disent-ils, alors que les prix flambent comme des feux d’artifice. Une belle ironie qui rappelle que, dans le monde politique, la vérité est souvent la première victime des discours bien rodés.

Effet miroir international

En regardant au-delà de nos frontières, on ne peut s’empêcher de faire le parallèle avec les politiques autoritaires qui, à l’instar de certains dirigeants, préfèrent masquer la réalité plutôt que de l’affronter. Que ce soit aux États-Unis ou en Russie, le décalage entre la promesse et la réalité est un sport national. La Belgique, avec son inflation « en retard », semble suivre cette tendance inquiétante.

À quoi s’attendre

Les mois à venir pourraient être marqués par une montée en flèche des prix, avec une inflation qui pourrait atteindre des niveaux alarmants. Les prévisions de Philippe Ledent ne sont pas à prendre à la légère. Si les tendances actuelles se poursuivent, il est fort probable que les ménages belges devront faire face à une réalité économique bien plus sombre que les chiffres officiels ne le laissent entendre.

Sources

Source : www.rtbf.be

Visuel — Source : www.rtbf.be
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