Des personnalités et internautes d’extrême droite accusent les nouveaux maires de gauche et d’extrême gauche d’avoir augmenté leurs indemnités. Des accusations parfois fondées, parfois infondées, mais qui ne permettent pas de conclure grand-chose sur le plan politique.
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Plusieurs élus de gauche et d’extrême gauche sont très critiqués sur les réseaux sociaux, car ils sont accusés d’avoir augmenté leurs indemnités seulement quelques semaines après avoir été élus aux élections municipales de mars 2026. Certains sont accusés à tort, d’autres à raison, mais peut-on vraiment en conclure quoi que ce soit ?
« En pleine crise économique, le maire de Paris, Emmanuel Grégoire, s’offre +25% d’augmentation de son salaire ! », s’écrie son ancienne concurrente Reconquête Sarah Knafo sur X, dans un tweet publié le 9 avril et toujours en ligne quatre jours plus tard. « Ce sont tous les conseillers de Paris, tous les adjoints, qui ont aussi été augmentés de 25%, alors que les Français peinent à faire le plein », continue-t-elle.
Mais c’est faux. Le nouveau maire socialiste de Paris va percevoir autant que la précédente maire parisienne Anne Hidalgo. Emmanuel Grégoire a d’ailleurs assuré au Parisien qu’il s’agissait de « la stricte reconduction du système antérieur, à l’euro près ». Il va percevoir un peu plus de 9 700 euros bruts par mois. Dans le détail, ces indemnités sont composées d’une première partie qui sont les indemnités mensuelles d’un maire d’une ville de la taille de la capitale, et d’une deuxième partie qui est une majoration de 25% de ces indemnités, car Paris est une ville importante et très touristique. Ce sont ces 25% que Sarah Knafo a pris pour une augmentation alors qu’elle n’en est pas une.
Cette majoration est prévue par l’article L2123-22 du Code général des collectivités territoriales. Elle n’est pas obligatoire, mais elle est généralement appliquée. D’autres majorations sont prévues en fonction de caractéristiques spécifiques, comme l’explique le Portail des collectivités : +25% pour les élus des chefs-lieux de département, +20 pour les chefs-lieux d’arrondissement, + 15% pour les anciens chefs-lieux de cantons, +50% pour les stations de tourisme contenant moins de 5 000 habitants, +25% pour les autres.
David Guiraud, le nouveau maire La France insoumise de Roubaix, fait aussi l’objet de critiques. « Lors de son premier conseil municipal, David Guiraud (LFI) a AUGMENTÉ son indemnité de 10,8% pour atteindre 4 876 euros par moi, soit 475 euros de plus que le précédent maire Alexandre Garcin (DVD) », a dénoncé le compte X Bastion Media, classé à l’extrême droite, le 9 avril.
Cette fois-ci, l’accusation est fondée, bien que plus complexe qu’il n’y paraît. Le nouveau maire La France insoumise va en effet percevoir des indemnités plus élevées que son prédécesseur, comme le souligne La Voix du Nord. Néanmoins, l’élu a expliqué sur X qu’il a fait adopter en conseil municipal une délibération pour que ses indemnités soient inférieures au maximum autorisé. « Sans délibération, j’aurai automatiquement profité du plafond maximal, portant mon indemnité de maire à 5 960,25 euros », a-t-il assuré.
Le compte Bastion et plusieurs personnalités d’extrême droite se font l’écho sur les réseaux sociaux uniquement des maires de gauche ou d’extrême gauche qui ont (prétendument pour certains) augmenté leurs indemnités et, à l’inverse, des élus d’extrême droite qui ont abaissé la leur ou qui y renoncent. Ainsi, le compte X s’est félicité qu’Éric Ciotti, nouveau maire UDR de Nice, ait annoncé que les indemnités des élus de la métropole niçoise allaient baisser de 30%. Mais peut-on vraiment confronter gauche ou extrême gauche et extrême droite sur le sujet ?
Rappelons d’abord que les conseils municipaux sont obligés d’établir les indemnités des élus locaux dans les premières semaines qui suivent les élections. En faisant des recherches dans la presse, nous trouvons des exemples de maires de tous les partis qui ont augmenté leurs indemnités. Comme Côme Dunis, le nouveau maire Rassemblement national de Montargis, dans le Loiret, qui a augmenté ses indemnités de 80%. Louis Aliot, le maire RN réélu de Perpignan, dans les Pyrénées-Orientales, a également augmenté ses indemnités, après l’avoir déjà fait au début de son précédent mandat. Les maires RN de Carcassonne dans l’Aude, de La Flèche dans la Sarthe, de Moissac dans le Tarn-et-Garonne, de Harnes dans le Pas-de-Calais l’ont aussi fait.
À Bordeaux, les indemnités du maire Renaissance Thomas Cazenave sont en hausse de 14% par rapport à son prédécesseur écologiste. À Avignon, le maire divers droite Olivier Galzi a baissé ses indemnités, mais pour augmenter celles de ses adjoints, dont sa compagne.
Parfois, ces hausses sont uniquement arithmétiques et s’expliquent par l’évolution de l’indice de la fonction publique, le niveau des indemnités des maires étant calqué sur cet indice, parfois c’est une décision politique assumée. En résumé : augmenter les indemnités du maire n’est pas propre à un parti ou à un courant politique.
Ajoutons qu’abaisser ses indemnités n’est pas non plus propre à un parti. Ainsi, le nouveau maire communiste d’Héricourt, en Haute-Saône, a décidé de réduire ses indemnités de 1 800 euros par mois pour soutenir les Restos du Cœur et le Magasin alimentaire social, rapporte La Dépêche. À Pamiers, en Ariège, le nouveau maire divers droite ne se paie pas, selon Ici Occitanie. À Montauban, dans le Tarn-et-Garonne, selon La Dépêche, c’est le nouveau maire UDR-RN qui baisse ses indemnités de 10%.
Indemnités en hausse : la gauche dans le viseur des critiques
Des personnalités et internautes d’extrême droite accusent les nouveaux maires de gauche et d’extrême gauche d’avoir augmenté leurs indemnités. Des accusations parfois fondées, parfois infondées, mais qui ne permettent pas de conclure grand-chose sur le plan politique.
Introduction
Dans un contexte où l’économie vacille et où les Français peinent à joindre les deux bouts, les nouveaux maires de gauche et d’extrême gauche se retrouvent sous le feu des critiques. Accusés d’augmenter leurs indemnités quelques semaines après leur élection, ces élus sont la cible de tweets enflammés et de déclarations tonitruantes. Mais derrière le bruit, que se cache-t-il vraiment ?
Ce qui se passe réellement
Prenons l’exemple du maire de Paris, Emmanuel Grégoire, qui a récemment été accusé par Sarah Knafo, ex-candidate de Reconquête, d’avoir augmenté son salaire de 25 %. Pourtant, il n’en est rien. Grégoire va toucher le même montant que son prédécesseur, Anne Hidalgo, soit un peu plus de 9 700 euros bruts par mois. La fameuse augmentation de 25 % qu’évoque Knafo n’est en réalité qu’une majoration prévue par la loi pour les maires de grandes villes. Une belle confusion qui mérite d’être mise en lumière.
De l’autre côté, David Guiraud, le maire La France insoumise de Roubaix, a effectivement augmenté son indemnité de 10,8 %, mais il a pris soin de préciser qu’il a fait adopter une délibération pour que son salaire reste en dessous du plafond autorisé. Une nuance qui semble échapper à ceux qui se délectent des erreurs de la gauche.
Pourquoi cela dérange
Ces accusations, qu’elles soient fondées ou non, révèlent une incohérence dans le discours politique. D’un côté, on critique les maires de gauche pour des augmentations, tandis que de l’autre, des maires d’extrême droite, comme Côme Dunis à Montargis, augmentent leurs indemnités de 80 % sans que cela ne soulève de vagues. Il est intéressant de noter que la question des indemnités semble être un sujet de choix pour les critiques, mais pas pour les solutions.
Ce que cela implique concrètement
Les conseils municipaux doivent établir les indemnités des élus locaux dans les semaines suivant les élections. Ainsi, il n’est pas surprenant de voir des augmentations de la part de maires de tous bords. Ce qui est frappant, c’est la manière dont ces augmentations sont utilisées comme munitions dans une guerre politique où la vérité est souvent sacrifiée sur l’autel de la propagande.
Lecture satirique
Ironiquement, alors que la gauche est mise en accusation, les maires d’extrême droite, qui augmentent leurs indemnités sans scrupule, semblent bénéficier d’une amnistie médiatique. Éric Ciotti, nouveau maire UDR de Nice, annonce une baisse de 30 % des indemnités des élus de la métropole niçoise, et voilà qu’il est célébré comme un héros de la vertu. Mais qui se soucie de la réalité derrière ces chiffres ?
Effet miroir international
Cette situation rappelle les dérives autoritaires à l’étranger, où les dirigeants utilisent des tactiques similaires pour détourner l’attention des véritables enjeux. Aux États-Unis ou en Russie, les accusations de corruption et de favoritisme sont souvent utilisées pour polariser l’opinion publique, tout en cachant des vérités plus dérangeantes.
À quoi s’attendre
À l’avenir, il est probable que ces accusations continueront d’être utilisées comme des armes politiques. Les maires de gauche devront naviguer dans un paysage où chaque décision est scrutée, tandis que leurs homologues d’extrême droite pourront continuer à agir sans être inquiétés. Une dynamique qui pourrait bien renforcer les clivages politiques au sein de nos villes.
Sources





