L’édito du dimanche 12 avril 2026 (à lire également dans la newsletter The Media Leader Dimanche : abonnez-vous ici).
Table Of Content
Vous deviez vous en douter, mais je vous le confirme : je suis un improvisateur. Et pour vous le prouver sachez qu’à l’instant où cette phrase est écrite, je n’ai pas la moindre idée de la manière dont cet édito va se terminer. Mais si je peux aujourd’hui vous avouer cette particularité qui s’étend dans la quasi-totalité de ma vie quotidienne, cela n’a pas été toujours le cas. En premier lieu car ce n’était pas considéré comme une qualité pendant une scolarité au cours de laquelle l’apprentissage des leçons par cœur était la norme. Ensuite parce que la technologie n’a longtemps pas été de mon côté. Ainsi, lors de mes premiers pas dans la presse, mon chef, celui qui m’enseigna les rudiments du métier, avait pour habitude de préparer ses articles avec un brouillon. Je l’observais noircir des pages tout en me sachant incapable de l’imiter. Cela m’aurait pourtant simplifié la vie car nous tapions nos papiers sur de robustes Japy. J’en vois qui esquissent un sourire à cette évocation, trahissant ainsi leur âge. Pour les autres, sachez qu’il s’agissait de machines à écrire, engins dépourvus de toute forme d’assistance électrique sur lesquels toute correction était par conséquent un enfer. Quant au copier-coller, l’expression n’avait pas encore été inventée. Autant dire que le terrain ne m’était pas très favorable. Heureusement, la première révolution numérique survint rapidement pour me permettre d’exercer mon travail de manière un peu plus confortable et surtout plus imprévisible. Cependant, mes fonctions m’ayant amené à prendre fréquemment la parole en public, c’est surtout à l’oral que mon inaptitude à anticiper s’est manifestée avec le plus d’effets. Tout aussi incapable d’apprendre un texte par cœur que de rédiger un brouillon, l’improvisation a été ma bouée de sauvetage. Ainsi suis-je monté sur scène devant des assemblées plus ou moins importantes sans avoir d’idée précise sur le discours que j’allais prononcer.
Acrobate des mots
Ne vous méprenez cependant pas, pour s’aventurer de cette manière, il importe d’avoir une idée du thème et de la finalité du propos. Mais pour le reste, la navigation à vue s’avère beaucoup plus aisée que la lecture d’un plan académique. Surtout quand la vue baisse. Et voilà comment en maintes occasions, j’ai pu, par diverses pirouettes me sortir de quelques situations délicates. Ce passé d’acrobate approximatif m’est revenu cette semaine en deux occasions. La première était lors de The Future of TV Advertising Paris, la grande conférence organisée par The Media Leader. Spectateur assidu, je me suis aperçu que les intervenants qui se laissaient aller, lâchant les phrases prémâchées et s’affranchissant de la dictature des slides étaient de loin les plus convaincants. Autant que j’ai pu le comprendre car j’ai été parfois submergé par la déferlante d’anglicismes et d’acronymes. Je dois reconnaître humblement être désarçonné par le « decisioning » autant que dépassé par le « scaling volumique ». Paradoxalement, j’ai mieux saisi le lendemain, le discours de Philippe Aghion. Pour ceux qui ne le remettent pas, ce qui était encore mon cas récemment, ce monsieur a reçu le prix Nobel d’économie en 2025 pour son travail sur la « théorie d’une croissance soutenable par le biais de la destruction créatrice ». Autant dire qu’il faut s’accrocher pour le suivre. Et pourtant ce fut une enthousiasmante promenade de santé que d’écouter ce virtuose de l’impro passer d’un concept à l’autre. Aussi expressif que volubile, il intervenait dans le cadre d’un événement organisé à l’Assemblée nationale par Delphine Remy-Boutang qui avec la JFD promeut inlassablement la place des femmes dans l’économie numérique. De son propos riche et touffu, j’ai retenu la nécessité absolue de rendre l’IA socialement acceptable et souveraine, faute de quoi le pire nous menaçait. Une conviction qui résonnait avec celle exprimée la veille par Stéphane Sitbon-Gomez. Sur la scène du Pathé Palace le directeur des antennes et des programmes de France Télévisions avait expliqué que l’enjeu de notre PAF, au-delà des rivalités historiques entre ses acteurs, était sa survie face aux plateformes mondiales. Je ne sais comment il avait préparé son intervention, mais impro ou pas, il va falloir en tenir compte.
Retrouvez les Daily Texts de Frédéric Roy sur Mediafredo.com
Improvisation et Incohérences : Quand la Politique se Perd dans ses Propos
La promesse d’une IA souveraine se heurte à la réalité d’un discours politique déconnecté.
Vous deviez vous en douter, mais je vous le confirme : je suis un improvisateur. Et pour vous le prouver, sachez qu’à l’instant où cette phrase est écrite, je n’ai pas la moindre idée de la manière dont cet édito va se terminer. Une situation qui, à l’instar de nombreux discours politiques, semble se dérouler sans véritable plan. En effet, la politique d’aujourd’hui ressemble souvent à une scène de théâtre où les acteurs, bien que convaincus de leur talent, improvisent sans filet.
Ce qui se passe réellement
Lors d’une récente conférence, j’ai été frappé par la capacité de certains intervenants à s’affranchir des discours prémâchés. Philippe Aghion, lauréat du prix Nobel d’économie, a captivé son auditoire avec une improvisation brillante, abordant la nécessité de rendre l’IA socialement acceptable. Une nécessité qui, à l’évidence, est loin d’être une priorité pour nos dirigeants, qui préfèrent s’enliser dans des promesses vagues.
Pourquoi cela dérange
Ce décalage entre le discours et la réalité est frappant. Alors que les experts appellent à une IA responsable, nos politiques semblent plus préoccupés par la survie de leurs propres institutions face aux géants du numérique. Stéphane Sitbon-Gomez, directeur des antennes de France Télévisions, a souligné la nécessité de s’adapter. Mais comment s’adapter quand les décisions semblent dictées par des intérêts personnels plutôt que par le bien commun ?
Ce que cela implique concrètement
Les conséquences de cette improvisation politique sont alarmantes. L’absence de vision claire et cohérente sur des sujets cruciaux comme l’intelligence artificielle pourrait nous mener droit dans le mur. Les promesses de régulation se heurtent à une réalité où les plateformes mondiales dictent leur loi, laissant nos institutions sur le carreau.
Lecture satirique
Il est ironique de constater que ceux qui prônent une IA souveraine sont souvent les mêmes qui se perdent dans des discours abscons, remplis d’anglicismes et de jargon incompréhensible. Entre le « decisioning » et le « scaling volumique », on se demande si la politique ne se transforme pas en une sorte de spectacle où le verbe l’emporte sur l’action.
Effet miroir international
À l’échelle mondiale, cette tendance n’est pas unique à la France. Aux États-Unis, les discours de certains dirigeants semblent également déconnectés des réalités, préférant des promesses flamboyantes à des actions concrètes. En Russie, la rhétorique autoritaire ne fait que masquer un manque de substance face aux défis contemporains.
À quoi s’attendre
Si cette tendance se poursuit, nous pouvons nous attendre à un avenir où les discours politiques ne seront que des spectacles, sans véritable impact sur la réalité. La nécessité d’une IA socialement acceptable pourrait bien rester une promesse non tenue, à moins que nos dirigeants ne commencent à écouter les experts et à agir en conséquence.
Sources
Source : fr.themedialeader.com



