« Il n’y a plus d’argent » : La Belgique face à la crise énergétique

Le gouverneur de la Banque nationale de Belgique déclare qu’il n’y a plus d’argent pour aider les citoyens face à la flambée des prix de l’énergie. Une situation qui soulève des questions sur la capacité de l’État à protéger les plus vulnérables.

Ce qui se passe réellement

« Il n’y a plus d’argent », affirmait la semaine dernière le gouverneur de la Banque nationale de Belgique. Plus d’argent pour financer des mesures destinées à alléger la facture énergétique de chacun. À l’entendre, il n’y en aurait pas davantage pour soutenir l’économie si la crise énergétique devait déboucher sur une récession. Vivons-nous une époque où plus rien n’est possible ?

Quand le gouverneur parle, on l’écoute. S’il affirme qu’il n’y a plus d’argent, il doit y avoir une part de vérité. Une chose est certaine : l’État belge ne peut pas se permettre de protéger la majorité de la population contre la hausse des prix de l’énergie.

La proposition du MR de réduire les accises pour faire baisser le prix du carburant à la pompe est une très mauvaise idée. Sur ce point, les économistes sont quasi unanimes. Mauvaise, parce qu’elle affaiblit l’incitation à consommer moins d’essence et renforce notre dépendance aux énergies fossiles. Mauvaise aussi, parce qu’elle profite d’abord aux plus aisés, ceux qui roulent dans des véhicules lourds et gourmands.

Mais cela ne signifie pas qu’aucune mesure ciblée ne soit possible pour protéger les ménages à faibles revenus contre la flambée des prix de l’énergie ; le gouverneur lui-même le reconnaît. Le gouvernement semble d’ailleurs s’engager dans cette voie. Reste à savoir comment les financer.

En a-t-il les moyens ? En Belgique, une part importante de la population dispose de moyens considérables. Prenons le top 5 % des revenus les plus élevés : un adulte de cette catégorie dispose en moyenne de 19 000 euros net par mois. Qui plus est, ces nantis paient proportionnellement moins d’impôts que le Belge moyen : 37 % de leurs revenus, contre 43 %. Ce sont les chiffres publiés l’an dernier par un groupe de professeurs d’universités belges.

Une manne existe donc bel et bien pour soutenir temporairement les ménages les moins fortunés face à la hausse brutale des prix de l’énergie. Il suffirait d’instaurer un impôt de crise sur les hauts revenus et de le maintenir jusqu’à ce que les prix du pétrole et du gaz repassent sous un certain seuil. Mais un tel mécanisme de solidarité est devenu à ce point tabou que rares sont ceux qui osent l’envisager. En politique surtout, le mot « impôt » est devenu imprononçable.

Une autre question, tout aussi fondamentale, se pose : l’État aura-t-il encore la capacité de soutenir l’économie si la crise énergétique dégénère en récession, chez nous comme en Europe ? Beaucoup, gagnés par une forme de fatalisme, penchent pour la négative.

Pourtant, l’une des lois économiques les plus immuables veut qu’en période de récession, le déficit public augmente mécaniquement. Les recettes fiscales diminuent et les dépenses grimpent, puisqu’il faut indemniser davantage de chômeurs. Ce mécanisme automatique est, en réalité, salutaire. En laissant filer le déficit, l’État injecte, malgré lui, du pouvoir d’achat dans l’économie et amortit la violence de la récession.

Affirmer qu’il n’y a plus d’argent pour soutenir l’économie revient, en creux, à dire que, si la « récession Trump » devait survenir, le gouvernement belge devrait neutraliser ce mécanisme. Autrement dit : réduire les dépenses et/ou augmenter les impôts en pleine crise.

Or, nous savons désormais que c’est à peu près la pire stratégie qui soit. Les gouvernements l’ont tentée à plusieurs reprises. Lors de la crise de la dette de 2010-2012, par exemple. Cette récession a conduit de nombreux pays européens — encouragés alors par la Commission européenne — à adopter des politiques d’austérité. Résultat : la récession s’est aggravée, les recettes fiscales ont encore reculé et, paradoxalement, la dette publique en pour cent du PIB a progressé.

La question de savoir s’il y aura assez d’argent en cas de nouvelle récession est, au fond, mal posée. Argent ou pas, nous n’aurons pas le choix : il faudra agir. Sinon, la récession s’accentuera et les finances publiques se dégraderont davantage. Si l’on refuse d’utiliser le budget pour stabiliser l’économie, les caisses sonneront encore plus creux.

Pourquoi cela dérange

L’ironie est frappante : alors que les plus riches échappent à une fiscalité équitable, l’État se retrouve dans l’incapacité de soutenir ceux qui en ont le plus besoin. La promesse d’une protection sociale semble s’effacer devant l’obsession de maintenir le statu quo économique.

Ce que cela implique concrètement

Les ménages à faibles revenus, déjà fragilisés, risquent de subir les conséquences d’une crise énergétique mal gérée. Pendant ce temps, les plus riches continuent de bénéficier de politiques fiscales avantageuses, creusant ainsi les inégalités.

Lecture satirique

Il est fascinant de constater que le mot « impôt » est devenu un tabou dans le discours politique belge. Comme si, en l’éradiquant, on pouvait faire disparaître les inégalités. Peut-être devrions-nous simplement renommer l’impôt en « contribution à la solidarité », histoire de rendre la pilule plus douce à avaler ?

Effet miroir international

En regardant au-delà de nos frontières, on observe des politiques similaires aux États-Unis et en Russie, où les discours de « manque d’argent » cachent souvent des choix politiques délibérés. Loin d’être une fatalité, ces situations révèlent une volonté de maintenir les privilèges d’une élite au détriment du bien-être collectif.

À quoi s’attendre

Si rien ne change, nous pourrions assister à une aggravation des inégalités et à une détérioration des conditions de vie pour les plus démunis. Les politiques d’austérité, déjà éprouvées, pourraient faire leur grand retour, avec des conséquences désastreuses pour l’économie.

Sources

Source : daardaar.be

Visuel — Source : daardaar.be
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