Hongrie : L’IA au service de la désinformation, mais l’opposition résiste

Les Hongrois votent dimanche 12 avril 2026, dans un pays où le Fidesz de Viktor Orban, maître des médias, utilise l’intelligence artificielle pour dénigrer ses adversaires. Pourtant, l’opposition parvient à faire entendre sa voix sur les réseaux sociaux, et Orban semble en mauvaise posture.

Ce qui se passe réellement

Dans la dernière ligne droite de la campagne électorale en Hongrie, la désinformation fait rage. L’emploi d’images générées par l’intelligence artificielle est devenu l’outil privilégié de la propagande du Fidesz de Viktor Orban. Mais la mainmise du parti au pouvoir sur les médias et son usage des réseaux sociaux n’ont pas découragé l’opposition, très présente elle aussi sur les grandes plateformes, de même que les médias indépendants en ligne, qui ont multiplié les révélations gênantes pour le pouvoir à l’approche du scrutin. Nous avons rencontré à Budapest nombre d’experts, universitaires, journalistes, fact-checkers. Ils racontent leur expérience de la campagne.


De gauche à droite, la politologue Zsuzsanna Szelényi, le chercheur Gábor Polyák et le juriste spécialiste des médias, Erik Uszkiewicz, au micro de RFI.
© RFI

Szuszanna Zelenyi, que nous avons rencontrée à la Central European University de Budapest, vient de publier un livre intitulé « Démocratie corrompue, Viktor Orban et la subversion de la démocratie ». Ancienne membre du Parlement hongrois, elle a fait ses débuts en politique dans les rangs du Fidesz, avant de prendre ses distances face à la dérive illibérale du parti arrivé aux affaires en 2010. Voici ce qu’elle déclare à propos de l’avance confortable de Péter Magyar dans les sondages :

« C’est une avance significative, mais cela ne signifie pas pour autant qu’il gagnera. Parce que les règles électorales sont tellement faussées, parce que la domination médiatique du Fidesz est tellement incroyable, parce que le Fidesz utilise des vidéos générées par IA pour mener une incroyable campagne de complotisme. Peter Magyar est dépeint comme agent de l’étranger. L’Union européenne et le président ukrainien Volodymyr Zelensky sont présentés comme des acteurs qui veulent entraîner la Hongrie dans la guerre, nous obliger à payer pour ça et envoyer nos fils mourir là-bas. »

Pourquoi cela dérange

La campagne électorale en Hongrie est marquée par une instrumentalisation de la peur, une stratégie qui, selon le journaliste du site d’information en ligne Magyar Jeti, Pal Daniel Renyi, commence à s’essouffler : « Cette instrumentalisation de la peur en Hongrie fait partie intégrante de la politique du parti au pouvoir depuis au moins dix ans. Ça ne marche plus parce que les gens sont épuisés d’avoir peur en permanence. »

Szilard Teczar, du site de fact-checking Lakhmusz, membre de l’Observatoire hongrois des médias numériques, pointe l’aspect nocif de la propagande à long terme exercée par le parti au pouvoir, bien au-delà de la période électorale. Mais il ajoute : « Si la désinformation produit un effet à long terme, le fact-checking, qui agit également dans la durée, incite à la pensée critique, à la vérification des faits, au croisement des sources. »

Ce que cela implique concrètement

En difficulté sur le plan domestique, le Fidesz joue la carte internationale avec le soutien de la Russie, des États-Unis, et de l’extrême droite européenne. L’ingérence extérieure n’est pas dénoncée, elle est revendiquée. Venu à Budapest demander aux Hongrois de voter Viktor Orban, le vice-président américain JD Vance s’en est pris à l’Europe, accusée d’ingérence, parce que l’UE a suspendu ses financements à la Hongrie après un certain nombre d’affaires de détournement de fonds au profit du clan Orban.

C’est pourquoi le leader de l’opposition Péter Magyar a décidé de centrer sa campagne sur la dénonciation de la corruption, un thème qui remporte un franc succès sur les réseaux sociaux.

Lecture satirique

Il est ironique de constater que, tandis que le Fidesz déploie des ressources massives pour contrôler l’information, l’opposition, armée de smartphones et d’un bon sens critique, parvient à faire entendre sa voix. Un peu comme si David affrontait Goliath, mais avec des mèmes au lieu de pierres.

Effet miroir international

La situation en Hongrie fait écho à d’autres dérives autoritaires à travers le monde, où les gouvernements utilisent la désinformation pour maintenir leur emprise sur le pouvoir. Que ce soit en Russie, aux États-Unis ou ailleurs, la stratégie reste la même : diviser pour mieux régner.

À quoi s’attendre

À la veille du scrutin, malgré le rouleau compresseur médiatique du parti au pouvoir, l’opposition continue de mener la danse dans les sondages. Les électeurs, fatigués des promesses non tenues et des discours déconnectés de la réalité, pourraient bien faire pencher la balance.

Sources

Source : www.rfi.fr

Les dessous de l'infox - L'Europe face aux menaces informationnelles (épisode 4) : élections en Hongrie
Visuel — Source : www.rfi.fr
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