Homophobie : “Il y a une persistance des violences dans la société”
Deux bilans, l’un de SOS Homophobie, basé sur des témoignages directs ; un second sur les plaintes des victimes enregistrées par les forces de l’ordre, indiquent une hausse ininterrompue des infractions, menaces, insultes et agressions envers les personnes LGBT+. Julia Torlet, coprésidente de SOS Homophobie, évoque une possible libération de la parole des victimes, majoritairement des hommes, tout en notant une “régression” du vivre-ensemble après le Mariage pour tous.
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Dans son état des lieux annuel, SOS Homophobie met en exergue des cas tragiques, comme celui de Caroline Grandjean-Paccoud, directrice d’école, qui s’est suicidée en septembre 2025 après deux ans de harcèlement lesbophobe. Ce harcèlement a débuté par une inscription sur un mur de son école : “Sale gouine”.
En 2025, la lesbophobie tue toujours
Pour sa 30e édition, SOS Homophobie dresse un bilan des violences anti-LGBT+. L’enquête administrative de l’Éducation nationale a conclu, en février 2026, à une “défaillance institutionnelle dans le soutien” à la directrice, soulignant l’absence de reconnaissance du harcèlement lesbophobe. Julia Torlet déclare : “La lesbophobie ne s’arrête pas aux insultes, aux menaces. Elle trouve sa continuité dans le manque de soutien et l’inaction des institutions.”
Les personnes LGBT+ : cibles de violences
Les insultes, comme “Sale pédé”, restent courantes, notamment dans les cours d’école. Malgré une acceptation croissante des personnes LGBT+, celles-ci sont devenues des cibles plus faciles pour une minorité violente. Julia Torlet note une légère augmentation des témoignages recueillis, avec près de 1 800 en 2025, suggérant une possible prise de parole accrue des victimes.
Un phénomène qui touche majoritairement les hommes
Julia Torlet souligne que la majorité des victimes qui contactent SOS Homophobie sont des hommes. Cependant, elle précise que ce phénomène est influencé par des biais sexistes, rendant les hommes plus susceptibles de se plaindre de violences physiques. En revanche, les femmes et les personnes non binaires ou trans peuvent hésiter à se manifester, étant souvent élevées dans une culture qui minimise leurs expériences.
Aucun milieu social n’est épargné
Les agressions touchent toutes les classes sociales, avec une majorité de témoignages provenant d’adultes âgés de 35 à 50 ans. Sur les 1 800 témoignages de 2025, environ 15 % concernent des agressions physiques. Les lieux propices à ces violences incluent principalement l’espace public, suivi par le voisinage et la famille.
Polarisation de la société
Selon Julia Torlet, la société se polarise autour de positions réactionnaires, ce qui contribue à un climat de violence. Bien que des avancées législatives aient été réalisées au cours des 30 dernières années, une régression a été observée depuis 2013, avec une montée des extrêmes dans les discours publics et sur les réseaux sociaux.
Manque de soutien aux associations
Le manque de soutien financier aux associations et un désengagement des pouvoirs publics sont également soulignés. Certaines institutions s’engagent contre les discriminations, mais d’autres peinent à fournir les ressources nécessaires pour lutter efficacement.
Risques juridiques
La loi française considère l’homophobie et la transphobie comme des circonstances aggravantes. Les infractions homophobes peuvent entraîner jusqu’à deux ans d’emprisonnement et 45 000 € d’amende. Malgré cela, le recours au dépôt de plainte reste faible, avec environ 3 % des victimes d’actes anti-LGBT+ qui choisissent de se manifester.
Conclusion
Les données recueillies par SOS Homophobie et les forces de l’ordre montrent une réalité inquiétante : la violence à l’égard des personnes LGBT+ persiste et semble même s’intensifier dans un contexte sociétal de polarisation.
Source : SOS Homophobie, SSMSI.





