Harare : Quand le luxe chinois fait grimper les prix de l’immobilier

Des villas à plusieurs millions de dollars s’érigent à Harare, tandis que les Zimbabwéens peinent à se loger. Ironie du sort : les riches investisseurs chinois achètent en espèces, privant l’État de ses recettes fiscales.

Discrètement, de somptueuses demeures sortent de terre dans les quartiers huppés de Harare. Les prix de ces résidences, construites par de riches entrepreneurs chinois, peuvent atteindre “entre 500 000 et 2 millions de dollars”, soit entre 426 000 et 1,7 million d’euros, dans les parties les plus prisées de la ville, constatent des agents immobiliers cités par Bloomberg. L’enquête du titre financier américain met en lumière un phénomène pérenne.

Cette nouvelle clientèle est composée de Chinois venus faire fortune dans l’exploitation des mines de lithium ou attirés par des emplois bien rémunérés, à la faveur de relations diplomatiques fructueuses entre Pékin et Harare.

Sur fond de “croissance de la demande de lithium – utilisé dans les batteries électriques – et de flambée des cours de l’or depuis plusieurs années”, le Zimbabwe est devenu le nouvel eldorado minier éveillant la convoitise chinoise.

Ce qui se passe réellement

Résultat, des projets immobiliers dans la capitale ont métamorphosé l’architecture de certains quartiers. Des restaurants chinois, des supermarchés et même un casino se sont établis tout près d’un ancien palais seigneurial et d’autres vestiges du passé zimbabwéen. Mais tout cela ne se passe pas sans accroc pour la population locale. Bien que le gouvernement ne tienne pas de registre sur la nationalité des acquéreurs des logements, les agents immobiliers interrogés par le média sont unanimes : “L’intérêt des acheteurs chinois entraîne une hausse à deux chiffres des prix de l’immobilier dans la capitale.”

Dès lors, dans certains quartiers, “des tensions apparaissent entre les résidents de longue date et les nouveaux arrivants”, après que certains de ces derniers ont agrandi ou construit leur maison sans tenir compte des lois sur l’urbanisme ou de l’histoire des lieux.

De plus, les acheteurs chinois paient souvent en espèces, “ce qui leur permet de conclure rapidement les transactions et leur donne un énorme pouvoir de négociation”, souligne Kura Chihota, consultant immobilier à Harare, cité par le site d’information financière et économique. Ils privent l’État d’importantes recettes fiscales et contournent la réglementation contraignante des changes, note Bloomberg.

Pourquoi cela dérange

Ces crispations entre Chinois et Zimbabwéens ne sont pas nouvelles. En juillet 2025, les ressortissants et entrepreneurs chinois étaient déjà accusés par les autorités du pays africain de contourner l’impôt en privilégiant les paiements en liquide, rapportait à l’époque The East African.

“À compter de maintenant, nous vous demandons de déposer votre argent à la banque”, avait déclaré Tafadzwa Muguti, haut fonctionnaire du cabinet du président, Emmerson Mnangagwa. Des déclarations “rares” de la part de Harare, juge le quotidien kényan, dans un contexte d’augmentation des investissements chinois au Zimbabwe, qui ont atteint en 2024 “2,75 milliards de dollars [2,34 milliards d’euros], contre […] 52,28 millions de dollars [44,6 millions d’euros] l’année précédente”.

Ce que cela implique concrètement

Ces tensions viennent s’ajouter à un climat de défiance “entre la population locale et les ressortissants chinois en raison de violations généralisées présumées des droits des travailleurs et de conflits fonciers, notamment dans les zones minières”, souligne encore le titre est-africain.

En mars, Pékin a même exhorté les entreprises chinoises opérant au Zimbabwe à se conformer aux lois locales, après que Harare avait brusquement interrompu les exportations de minéraux bruts et de concentrés de lithium en évoquant des malversations et des détournements, rappelle Semafor.

Lecture satirique

Il est fascinant de voir comment, dans un pays où l’économie peine à se relever, les élites locales semblent plus préoccupées par la construction de casinos et de supermarchés chinois que par le bien-être de leurs concitoyens. Pendant ce temps, les promesses de prospérité se heurtent à la réalité d’une inflation galopante et d’un marché immobilier qui devient inaccessible pour la majorité. Les discours politiques sur l’« autonomie économique » semblent aussi crédibles qu’un mirage dans le désert.

Effet miroir international

Ce phénomène n’est pas sans rappeler les dérives autoritaires ailleurs dans le monde, où les intérêts étrangers prennent le pas sur les besoins locaux. Les États-Unis et la Russie, avec leurs politiques expansionnistes, pourraient en tirer des leçons sur la manière dont l’exploitation économique peut engendrer des tensions sociales. Mais qui a besoin de leçons quand on peut simplement ignorer les réalités au profit des profits ?

À quoi s’attendre

À l’avenir, il serait prudent de s’attendre à une intensification des tensions entre les communautés locales et les investisseurs étrangers. Si le gouvernement zimbabwéen ne prend pas des mesures pour réguler ce marché, la promesse d’un eldorado pourrait rapidement se transformer en cauchemar pour les habitants de Harare.

Sources

Source : www.courrierinternational.com

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