Les îlots de Gruissan, précurseurs de l’habitat flottant dédié au tourisme, fêtent cinq ans alors qu’un cadre légal est enfin là. La ville entend aussi aider les saisonniers avec un autre projet de flottant.

Voilà désormais cinq ans que le premier projet d’habitat flottant à visée touristique a vu le jour à Gruissan (Aude), une expérimentation touristique unique en France. Qu’en est-il aujourd’hui ?

1 Le cadre légal vient (enfin) d’évoluer

L’habitat flottant, sur le modèle, notamment, des pays d’Europe du Nord, vient enfin d’être reconnu dans l’hexagone. Jusqu’à maintenant, faute de réglementation, la trentaine de lodges de Gruissan, qui accueillent des touristes étaient considérés…

Comme des bateaux – ils étaient immatriculés ainsi – et l’on parlait d’hébergement. Mais depuis la fin de l’année dernière et un décret du 19 novembre 2025 relatif aux “îles artificielles, ouvrages flottants et navires professionnels”, issu de la loi APER (relative à l’accélération de la production d’énergies renouvelables), un cadre légal existe. Une sacrée avancée.

« On ne peut plus dire que ce sont des navires, ce qui était une façon de donner une existence juridique à notre dispositif, aujourd’hui, ce dispositif réglementaire encadre les utilisations des structures flottantes qui ne sont pas des bateaux« , se réjouit Juan-Manuel Baco, directeur général de l’office de tourisme de Gruissan. Pour autant, la loi est stricte sur plusieurs points.

L’habitat limité aux ports et zones estuaires

D’abord, elle limite administrativement toute création d’habitat flottant aux seuls ports et zones estuaires, pour mieux respecter la loi littoral et l’expansion sur des zones fragiles et concernées par la montée des eaux.

Ensuite, elle pose des modalités de contrôle et d’agrandissement. Il faudra ainsi un permis de construire, une certification de conformité – pour la sécurité notamment.

« C’est toujours bon un encadrement juridique, mais il ne doit pas être trop contraignant et étouffer le produit, nous avons fait la démonstration depuis 5 ans que cela fonctionne sur le plan technique, de sécurité et commercial », poursuit Juan-Manuel Barco.

2 Les îlots flottants, succès touristique

Rendez-vous justement aux Îlots de Gruissan où l’entrée se fait par une petite route bordée de palmiers. L’endroit a des airs de bout du monde, et les lodges, 32 précisément, s’alignent dans l’eau, en face des marais. Dans ces logements avec terrasses, vu sur mer, hébergeant deux à quatre personnes, un léger roulis se fait sentir, l’œuvre de la forte tramontane qui souffle.

« On y dort bien, tout le monde dit que cela berce, certains viennent même quand il y a beaucoup de vent et qu’il fait mauvais ! », sourit Franck Delorme, le directeur du site. Il peut se satisfaire du rythme de croisière trouvé au bout de cinq années d’exploitation : sur une année, de mars à octobre, ce sont en moyenne 6 000 réservations et 10 000 personnes qui viennent.

« Le succès ne se dément pas avec 80 % de taux d’occupation sur l’année, 99 % en juillet, août, 95 % en juin et septembre, 88 % en mai et + de 75 % en avril et octobre, c’est difficile de faire mieux », annonce le directeur de l’office de tourisme. Même si ce printemps est plus frileux, contexte de guerre et de prix de l’essence à la pompe oblige, les îlots flottants sont devenus, comme les chalets en bord de mer, la marque de Gruissan.

Qui y vient ? 93 % de Français, « des Toulousains, et Strasbourg, Lille, Annecy, et puis cela vient de Suisse, Belgique, Espagne, Allemagne, une ou deux nuits, certains à la semaine, il y a des retraités comme des cadres ou des familles », indique encore Franck Delorme.

Si le prix de « l’expérience » habitat flottant oscille de 90 € à 230 € pour 4 personnes au mois d’août, il rappelle le boulot fourni pour que ces maisons se maintiennent. Elles sont posées sur des flotteurs et il faut « gratter les moules » et nettoyer les pieds pour ne pas que cela s’enfonce et veiller au bon fonctionnement de la barge de récupération des eaux usées. La nouvelle loi pourrait-elle donner des envies d’extension ?

« C’était un pari et un beau pari »

« C’était un pari et un beau pari, il faut que cela reste un produit exclusif, on travaille le lâcher prise, pas l’enterrement de vie de jeune fille, il ne faut pas trop de monde et que les clients soient tranquilles, à l’abri des voisins, il faut le conserver », répond le directeur du site.

3 De l’habitat flottant pour saisonniers

La ville de Gruissan entend en revanche développer son habitat flottant dans le port pour aider une partie des saisonniers à se loger.

« Comme dans beaucoup de stations balnéaires, il n’y a pas un m2 constructible, les saisonniers sont chez l’habitant, les copains et pire, parfois, certains dorment dans la voiture, mais nous ne voulons pas en rester là », annonce Juan-Manuel Baco.

Actuellement, la ville les accompagne avec des bungalows et le CCAS prend en charge la moitié du loyer, mais ils sont en nombre très limité.
Là, via le dispositif action logement, l’idée est d’ériger dix modules pour 40 couchages avec à chaque fois trois chambres dont une double.

« C’est encore un projet embryonnaire » tempère le directeur de l’office de tourisme. « Mais la zone a été identifiée, nous en sommes au niveau des études et avec l’expérience lodge, nous avons déjà essuyé les plâtres même s’il faut appliquer cette nouvelle réglementation dont les arrêts d’application vont sortir ces prochains mois. »

L’idée est de proposer ces logements à l’été 2027, un modèle qui pourra se dupliquer et lutter contre « la précarité et donc l’invisibilité. » Le projet a été évalué à 900 000 € dont 400 000 € assurés par l’action logement.

Gruissan : L’Habitat Flottant, Entre Promesses et Réalités

Cinq ans après son lancement, l’habitat flottant de Gruissan fait face à un cadre légal enfin en place, mais les promesses d’un avenir radieux semblent flotter comme ces lodges sur l’eau.

Voilà cinq ans que Gruissan, petite ville de l’Aude, a décidé de jouer les pionniers avec son projet d’habitat flottant. Une initiative qui, au départ, ressemblait à un rêve aquatique, mais qui, aujourd’hui, se heurte à la réalité d’un cadre légal enfin reconnu. Mais qu’en est-il vraiment ?

Ce qui se passe réellement

Le décret du 19 novembre 2025, issu de la loi APER, a enfin permis de donner un statut légal aux lodges flottants de Gruissan, qui étaient jusqu’alors considérés comme des bateaux. Juan-Manuel Baco, directeur de l’office de tourisme, se réjouit : « On ne peut plus dire que ce sont des navires. » Mais attention, la loi impose des restrictions, limitant la création d’habitats flottants aux ports et zones estuaires, tout en exigeant permis de construire et certification de conformité. Une avancée, certes, mais qui pourrait étouffer l’innovation.

Pourquoi cela dérange

Ces nouvelles réglementations, bien qu’elles visent à protéger l’environnement, soulèvent des questions. Pourquoi avoir attendu cinq ans pour encadrer un projet qui, selon ses promoteurs, fonctionne déjà ? La bureaucratie semble parfois plus préoccupée par le contrôle que par la créativité. Et pendant ce temps, les saisonniers, souvent logés dans des conditions précaires, continuent de dormir dans des voitures, tandis que les lodges flottants affichent complet.

Ce que cela implique concrètement

Le succès des îlots flottants est indéniable, avec un taux d’occupation de 80 % sur l’année. Mais ce succès est-il vraiment partagé ? Les saisonniers, qui sont la colonne vertébrale de l’économie touristique, sont laissés pour compte. La ville prévoit de construire des logements flottants pour eux, mais le projet est encore à l’état embryonnaire. En attendant, ils doivent se contenter de bungalows temporaires, et le CCAS ne peut pas répondre à la demande croissante.

Lecture satirique

On pourrait presque croire que Gruissan a décidé de faire de l’habitat flottant une attraction touristique, tout en laissant ses travailleurs dans la tourmente. « C’était un pari et un beau pari, » déclare Franck Delorme, directeur du site, tout en insistant sur la nécessité de garder ce produit « exclusif. » En d’autres termes, les vacanciers doivent être à l’abri des « voisins » — c’est-à-dire des saisonniers qui luttent pour un toit. Une belle ironie pour une ville qui se vante d’accueillir tout le monde.

Effet miroir international

Ce décalage entre promesses et réalités n’est pas sans rappeler les discours des dirigeants autoritaires à travers le monde, qui promettent prospérité tout en laissant leurs citoyens dans la précarité. Que ce soit aux États-Unis, en Russie ou ailleurs, les politiques ultraconservatrices semblent souvent ignorer les besoins fondamentaux de leur population au profit d’initiatives qui brillent en surface mais manquent de substance.

À quoi s’attendre

Si les projets d’habitat flottant pour les saisonniers voient le jour d’ici 2027, il reste à voir si cela suffira à répondre à la crise du logement dans les stations balnéaires. En attendant, les lodges flottants continueront de faire le plein, tandis que les travailleurs saisonniers devront se battre pour leur place sous le soleil.

Sources

Source : www.midilibre.fr

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