Le cycle Planétarium cartographie les mutations du monde à travers le regard et le dialogue d’invité·es issu·es du monde des sciences, des sciences humaines et de l’art.
Chaque intervention prend comme point de départ un lieu, concret ou imaginaire, qui cristallise certains enjeux de notre époque.
Table Of Content
Accueilli pour la première fois au Théâtre de la Cité internationale à Paris, cette séance se focalise sur le Groenland, qui a été tout récemment le cœur d’intérêts et d’enjeux à la fois militaires, pétroliers, diplomatiques et culturels. En écho mais aussi avec une grande distance vis-à-vis de cette actualité, l’historien Pierre Singaravelou et l’artiste et performeuse Jessie Kleemann développeront tour à tour leurs visions et réflexions sur le territoire groenlandais. Faisant le lien entre leurs interventions, l’artiste et chercheur Éric Valette accompagne chaque séance du Planétarium par une cartographie visuelle composée en direct.
Biographies
Pierre Singaravelou est historien spécialiste des empires coloniaux et de la mondialisation, professeur au King’s College de Londres et à l’université Paris I Panthéon-Sorbonne. En 2025, il est co-commissaire de l’exposition Mapping Nunaat – Rethinking Greenlandic Cartographic Heritage organisée au Musée et archives nationales du Groenland à Nuuk. Dans l’Arctique, la cartographie occidentale a servi les ambitions coloniales, cartographiant souvent des territoires avant qu’ils ne soient explorés, effaçant les noms de lieux et les modes de connaissance autochtones, et imposant des frontières, des noms et l’illusion de terres « vides ». L’exposition montre comment les communautés inuites avaient développé leurs propres connaissances géographiques riches, basées sur des récits oraux et une compréhension approfondie de l’environnement et révèle comment, dans le passé comme aujourd’hui, les cartes peuvent être réutilisées comme outils de résistance et de réappropriation.
Artiste, poétesse, performeuse, Jessie Kleemann développe depuis trois décennies une pratique originale mêlant de l’art vidéo, du théâtre expérimental et de l’art performatif. Appartenant à une génération d’artiste kalaallit qui a redéfini l’art contemporain, son art s’inspire des relations coloniales complexes entre le Groenland, où elle est née et a grandi, et le Danemark, où elle vit aujourd’hui. Entre 2019 et 2022, elle développe le cycle Arkhticós Dolorôs. Exprimant une douleur arctique à la fois écologique, historique et intime, ce travail prend d’abord la forme d’une performance filmée dans la zone d’ablation de la calotte glaciaire du Groenland. En écho à cette expérience paraît un recueil de poésie avec le même titre, où l’autrice y convoque des figures mythiques , tout en dénonçant les effets du colonialisme danois et les ravages du réchauffement climatique. Une traduction française paraîtra en 2027.
Groenland : terrain de jeu des ambitions colonialistes déguisées en progrès
La carte du Groenland, un pays de glaces, révèle bien plus qu’une simple géographie : elle expose l’hypocrisie des puissances qui prétendent vouloir « démystifier » ce territoire.
Dans le cadre du cycle Planétarium, la scène s’illumine aujourd’hui avec un éclairage un peu trop artificiel sur le Groenland. Ce n’est pas uniquement une question de glaciers en péril, mais plutôt la mise en avant d’une danse macabre entre l’histoire, l’art et la géopolitique. Un événement accueilli pour la première fois au Théâtre de la Cité internationale à Paris, on pourrait s’interroger : est-ce vraiment l’art qui sera exposé, ou les anciennes ambitions coloniales qui portent finalement un nouveau costume ?
Ce qui se passe réellement
Ce cycle d’interventions artistique et scientifique se concentre sur le Groenland, lieu où s’entrelacent enjeux militaires, pétroliers et culturels. L’historien Pierre Singaravelou et l’artiste Jessie Kleemann exposeront leur vision sur ce territoire. Singaravelou, à l’avenir co-commissaire d’une exposition sur le patrimoine cartographique groenlandais, nous rappelle comment la cartographie occidentale a étouffé un savoir autochtone millénaire, réduisant de vastes territoires à de simples « zones à exploiter ».
D’un autre côté, Kleemann, qui explore les relations coloniales entre le Groenland et le Danemark par le prisme de l’art, produit un cri artistique contre le colonialisme et le réchauffement climatique. Un cri sublime mais peut-être retenu par la glace institutionnelle qui entoure souvent de telles œuvres.
Pourquoi cela dérange
Ces discussions mettent en lumière les incohérences qui sous-tendent le discours militaire et économique autour du Groenland. On pourrait croire qu’un intérêt fort pour le Groenland proviendrait d’une quête de respect envers ses habitants, mais n’est-ce pas plutôt le doux parfum des réserves pétrolières qui rend tout cela si séduisant ?
Ce que cela implique concrètement
Alors que le monde assiste à la fonte accélérée de cette terre gelée, les prétentions des puissances dominantes à « sauver » le Groenland n’ont rien de désintéressé. Les décisions, visant à explorer davantage cette région, traduisent une naïve ambition de conquête, amplifiant les dangers d’une néo-colonisation déguisée en aide humanitaire.
Lecture satirique
Ah, l’ironie du progrès ! Pendant que les glaciers fondent, les discours s’enflamment autour de promesses de « développement durable « . Le paradoxe ? Les politiques d’un monde « civilisé » qui enclenchent des luttes pour des ressources de plus en plus rares, loin de toute réalité écologique. De belles paroles brillantes pour occulter un intérêt indéniablement opportuniste.
Effet miroir international
Tout cela rappelle un tableau plus large. Au-delà des préoccupations groenlandaises, on ne peut s’empêcher de voir des parallèles avec des politiques autoritaires ailleurs. Les États-Unis et la Russie jouent également leurs cartes dans cette partie d’échecs géopolitique. L’appât du gain semble dégouliner de chaque déclaration, tout en masquant une réalité tranquille d’exploitations et d’extractions bien moins avouables.
À quoi s’attendre
En observant ces tendances, il serait sage de nous préparer à une escalade. Alors que les glaces fondent, espérons que les idéologies de conquête disparaissent avec elles, mais restons réalistes : il serait plus probable que nous assistions à une intensification de l’exploitation.
Sources




