Un pigeon de ville peut-il attraper la grippe aviaire ? Oui : sa relative résistance au virus H5N1 ne signifie pas qu’il est impossible de l’infecter. L’enjeu est de distinguer deux questions que l’on confond facilement : un pigeon peut-il être contaminé, et joue-t-il un rôle important dans la propagation du virus ?

L’affirmation vérifiée

Dans l’extrait d’un article de la rubrique « Le vrai du faux » de Sud Ouest, présenté comme publié le 5 décembre 2025, la proposition « La grippe aviaire peut contaminer les pigeons urbains » reçoit la réponse « FAUX (mais…) ». Le même passage précise toutefois que ces oiseaux « peuvent être occasionnellement infectés ». Aucun auteur individuel n’est indiqué dans les informations fournies, et la page originale n’a pas pu être consultée directement lors de cette vérification. Notre examen porte donc sur cette formulation, et non sur d’éventuels passages absents de l’extrait.
Ce que montrent les faits
La possibilité d’une infection est documentée. Dans un avis scientifique de 2017, l’Anses conclut que les pigeons peuvent être infectés par des virus d’influenza aviaire hautement pathogènes de type H5. Elle précise aussitôt que leur réceptivité paraît faible et que leur capacité à retransmettre le virus semble limitée. Autrement dit, « peu sensibles » ne veut pas dire « immunisés ». (anses.fr)
Une étude expérimentale publiée en septembre 2025 a examiné une souche H5N1 du clade 2.3.4.4b chez des pigeons bisets, l’espèce à laquelle appartiennent les pigeons urbains. Après inoculation directe, seuls des pigeons ayant reçu la dose la plus élevée ont présenté certains signes d’infection mesurés par les chercheurs. Ceux-ci n’ont pas observé de transmission aux pigeons ou aux poulets placés à leur contact dans les conditions de l’expérience. Le résultat confirme donc à la fois la possibilité d’infection et la faible transmission observée pour la souche étudiée ; il ne permet pas de décréter que toute transmission est impossible, quelle que soit la souche ou la situation. (pubmed.ncbi.nlm.nih.gov)
La vérification
Les observations de terrain vont dans le même sens, avec une limite importante. Dans une évaluation datée du 21 juillet 2025, les autorités britanniques recensent, en Grande-Bretagne depuis le 1er octobre 2022, onze pigeons bisets parmi les signalements d’influenza aviaire hautement pathogène. Elles jugent ces cas relativement peu nombreux au regard de l’abondance des colombidés. Ce décompte ne mesure ni la fréquence de l’infection chez tous les pigeons ni, à lui seul, le risque dans les rues françaises : il atteste que des pigeons bisets ont été concernés. (assets.publishing.service.gov.uk)
Le mot « urbains » appelle également de la précision. Les expériences en laboratoire et le bilan britannique portent sur des pigeons bisets, sans établir combien de pigeons vivant spécifiquement dans les villes françaises ont été infectés. On peut donc vérifier que les pigeons de l’espèce présente en ville sont susceptibles d’être contaminés, mais pas en déduire un taux d’infection dans une ville donnée. La distinction entre possibilité biologique, infections constatées et rôle dans la circulation du virus est essentielle.
Enfin, le risque pour les personnes ne se déduit pas simplement de la présence de pigeons sur une place. Les éléments examinés ne montrent pas qu’ils constituent un relais majeur du H5N1 vers l’être humain. La prudence reste néanmoins de mise face à tout oiseau sauvage malade ou mort : Santé publique France déconseille de le toucher ou de le ramasser. (pubmed.ncbi.nlm.nih.gov)
Verdict
Verdict : vrai, à nuancer. L’affirmation vérifiée — « La grippe aviaire peut contaminer les pigeons urbains » — est correcte si « peut » désigne une possibilité d’infection. La réponse « FAUX (mais…) » donnée dans l’extrait est donc trop catégorique, d’autant que son explication admet elle-même des infections occasionnelles. En revanche, cette possibilité ne démontre ni une contamination fréquente des pigeons de ville ni un rôle majeur de ces oiseaux dans la propagation du H5N1.
Ce qu’il faut retenir
Un pigeon peut être infecté sans être un bon propagateur du virus. La faible sensibilité relevée par les scientifiques justifie de relativiser son rôle dans l’épidémie, pas de nier toute possibilité de contamination.
Source principale : Le vrai du faux (www.sudouest.fr)
Article original : Consulter la source originale
Sources de vérification
- Anses — Avis sur le risque lié aux pigeons voyageurs et à l’influenza aviaire, 2017
- Di Genova et coll. — Étude expérimentale sur les pigeons et le H5N1, 2025
- Autorités britanniques — Évaluation du risque lors des rassemblements d’oiseaux, 21 juillet 2025
- Santé publique France — Grippe aviaire : la maladie et les précautions







