Né en 1919 dans la Ceylan britannique, Geoffrey Bawa ne se destine pas au métier d’architecte. Diplômé de droit à Cambridge, il débute comme avocat avant de renoncer à cette voie. Après plusieurs voyages en Europe, aux États-Unis et en Asie, il reprend en 1947 une ancienne plantation de caoutchouc sur la côte ouest du Sri Lanka. Le projet de transformation de ce domaine le conduit à reprendre des études, d’architecture cette fois, à l’Architectural Association, à Londres. Il a presque 40 ans lorsqu’il s’installe comme architecte à Colombo. À partir de là, ses bâtiments vont progressivement redessiner une partie du paysage sri-lankais.
Table Of Content
- Sur les traces de Geoffrey Bawa
- L’art de disparaître dans le paysage sri-lankais
- Ce qui se passe réellement
- Sur les traces de Geoffrey Bawa
- L’art de disparaître dans le paysage sri-lankais
- Pourquoi cela dérange
- Ce que cela implique concrètement
- Lecture satirique
- Effet miroir international
- À quoi s’attendre
- Sources
Sur les traces de Geoffrey Bawa
À Colombo, sa maison – Number 11 – offre une première clé de lecture. En réunissant plusieurs habitations mitoyennes, Bawa compose un labyrinthe de cours, de bassins, d’escaliers étroits et de pièces ouvertes sur le ciel. Les circulations ne sont pas linéaires, les espaces s’enchaînent sans hiérarchie claire, l’intérieur et l’extérieur se confondent. D’abord marqué par le modernisme européen, il s’en détache peu à peu. Aux surfaces blanches et aux toits plats, inadaptés au climat humide, succèdent des toitures largement débordantes, des ombres profondes et des systèmes de ventilation naturelle.
Lunuganga, sa propriété de Bentota, constitue le cœur de son travail. Ouverte au public, l’ancienne résidence accueille désormais quelques hôtes prêts à mettre le prix pour cette immersion. Pour ma part, je choisis la visite guidée. Je découvre un lieu unique, sorte de jardin-manifeste, façonné pendant plus de quarante ans, pensé comme un laboratoire. Les bungalows, aujourd’hui devenus chambres d’hôtes, ont servi de terrain d’expérimentation. Béton, pierre, bois : des matériaux simples, mis au service d’une architecture discrète et précise. À l’origine simple plantation en friche, le terrain a été entièrement remodelé. Bawa a creusé un étang en forme d’ailes de papillon, a planté des frangipaniers, a cadré les perspectives vers le lac. Des pavillons sont apparus peu à peu dans la végétation. Bawa est allé jusqu’à acquérir un îlot en face pour maîtriser la ligne d’horizon.
Les perspectives frappent immédiatement. Chaque ouverture cadre un fragment de paysage ; rien n’est laissé au hasard. Le guide, qui a connu Bawa, égrène quelques anecdotes au cours de la visite. Grand par la taille autant que par la réputation, l’architecte avait ses postes d’observation favoris, où il venait siroter un gin tonic en contemplant la vue. Quatorze cloches, toutes d’un timbre différent, sont encore disséminées dans le domaine : il les faisait sonner pour signaler sa position. On apprend enfin qu’il avait un frère aîné, Bevis, lui aussi architecte, qui a créé à quelques kilomètres de là Brief Garden, un univers plus exubérant.
L’art de disparaître dans le paysage sri-lankais
Dès les années 1970, son carnet de commandes s’étoffe. Bawa conçoit hôtels, écoles, bâtiments religieux et administratifs, en adaptant à chaque fois ses principes au contexte. Le Parlement de Kotte, achevé en 1982, en est l’expression la plus institutionnelle. Édifié sur une île artificielle, le bâtiment combine toiture cuivrée inspirée des temples anciens, vastes espaces ouverts sur l’eau et circulation naturelle de la lumière et du vent. Monumental sans être fermé, il inscrit le pouvoir dans le paysage plutôt que face à lui.
Près du rocher du Lion, à Sigiriya, l’hôtel Kandalama, achevé en 1995, marque un changement d’échelle. Le bâtiment s’étire sur la falaise, la végétation colonise les façades, les toitures protègent du soleil, l’air circule librement. Malgré sa taille imposante, l’hôtel ne domine pas le paysage : il en épouse la topographie, se confond dans la roche et la végétation, avec les petits singes qui viennent s’accrocher partout…
À Galle et dans d’autres projets côtiers, Bawa compose avec l’héritage colonial. Ses bâtiments reprennent des éléments traditionnels nourris d’influences européennes, asiatiques, bouddhiques, musulmanes. Fidèle à ses principes, il refuse l’ostentation et travaille avec la topographie, la végétation, la lumière. Et toujours avec cette idée que la frontière entre intérieur et extérieur s’efface progressivement.
Dans les années 1960, le travail de Geoffrey Bawa est associé au modernisme tropical, une architecture qui combine principes modernistes et adaptation climatique. Lui se méfiait pourtant des étiquettes et des discours théoriques. Il considérait que l’architecture devait d’abord s’éprouver physiquement. Son œuvre résolument avant-gardiste a profondément marqué l’Asie du Sud-Est. Plus qu’un style, l’architecte, disparu en 2003, laisse une vision qui continue d’alimenter la réflexion sur l’habitat tropical : comment construire en prenant en compte le climat et en respectant la mémoire d’un lieu ?
En quittant Lunuganga, je comprends que ce jardin n’était pas une étape isolée mais le fil conducteur d’un voyage à travers l’histoire. Les bâtiments de Bawa jalonnent l’île et offrent une lecture particulière du paysage sri-lankais : attentive au climat, aux lignes d’horizon, aux circulations lentes. Une vraie poésie.
Geoffrey Bawa : L’Architecte qui a Redessiné le Sri Lanka, mais Pas le Discours Politique
Un avocat devenu architecte, Geoffrey Bawa a transformé le paysage sri-lankais, mais que dire des politiques qui continuent de défigurer le pays ?
À l’origine, Geoffrey Bawa, né en 1919 dans la Ceylan britannique, ne se destinait pas à l’architecture. Après avoir abandonné sa carrière d’avocat, il se lance dans l’architecture à presque 40 ans, redéfinissant peu à peu le paysage sri-lankais. Mais alors que ses bâtiments célèbrent la beauté et l’harmonie, les discours politiques autour de l’architecture et de l’urbanisme semblent souvent aussi désordonnés qu’un labyrinthe sans issue.
Ce qui se passe réellement
Né en 1919 dans la Ceylan britannique, Geoffrey Bawa ne se destine pas au métier d’architecte. Diplômé de droit à Cambridge, il débute comme avocat avant de renoncer à cette voie. Après plusieurs voyages en Europe, aux États-Unis et en Asie, il reprend en 1947 une ancienne plantation de caoutchouc sur la côte ouest du Sri Lanka. Le projet de transformation de ce domaine le conduit à reprendre des études, d’architecture cette fois, à l’Architectural Association, à Londres. Il a presque 40 ans lorsqu’il s’installe comme architecte à Colombo. À partir de là, ses bâtiments vont progressivement redessiner une partie du paysage sri-lankais.
Sur les traces de Geoffrey Bawa
À Colombo, sa maison – Number 11 – offre une première clé de lecture. En réunissant plusieurs habitations mitoyennes, Bawa compose un labyrinthe de cours, de bassins, d’escaliers étroits et de pièces ouvertes sur le ciel. Les circulations ne sont pas linéaires, les espaces s’enchaînent sans hiérarchie claire, l’intérieur et l’extérieur se confondent. D’abord marqué par le modernisme européen, il s’en détache peu à peu. Aux surfaces blanches et aux toits plats, inadaptés au climat humide, succèdent des toitures largement débordantes, des ombres profondes et des systèmes de ventilation naturelle.
Lunuganga, sa propriété de Bentota, constitue le cœur de son travail. Ouverte au public, l’ancienne résidence accueille désormais quelques hôtes prêts à mettre le prix pour cette immersion. Pour ma part, je choisis la visite guidée. Je découvre un lieu unique, sorte de jardin-manifeste, façonné pendant plus de quarante ans, pensé comme un laboratoire. Les bungalows, aujourd’hui devenus chambres d’hôtes, ont servi de terrain d’expérimentation. Béton, pierre, bois : des matériaux simples, mis au service d’une architecture discrète et précise. À l’origine simple plantation en friche, le terrain a été entièrement remodelé. Bawa a creusé un étang en forme d’ailes de papillon, a planté des frangipaniers, a cadré les perspectives vers le lac. Des pavillons sont apparus peu à peu dans la végétation. Bawa est allé jusqu’à acquérir un îlot en face pour maîtriser la ligne d’horizon.
Les perspectives frappent immédiatement. Chaque ouverture cadre un fragment de paysage ; rien n’est laissé au hasard. Le guide, qui a connu Bawa, égrène quelques anecdotes au cours de la visite. Grand par la taille autant que par la réputation, l’architecte avait ses postes d’observation favoris, où il venait siroter un gin tonic en contemplant la vue. Quatorze cloches, toutes d’un timbre différent, sont encore disséminées dans le domaine : il les faisait sonner pour signaler sa position. On apprend enfin qu’il avait un frère aîné, Bevis, lui aussi architecte, qui a créé à quelques kilomètres de là Brief Garden, un univers plus exubérant.
L’art de disparaître dans le paysage sri-lankais
Dès les années 1970, son carnet de commandes s’étoffe. Bawa conçoit hôtels, écoles, bâtiments religieux et administratifs, en adaptant à chaque fois ses principes au contexte. Le Parlement de Kotte, achevé en 1982, en est l’expression la plus institutionnelle. Édifié sur une île artificielle, le bâtiment combine toiture cuivrée inspirée des temples anciens, vastes espaces ouverts sur l’eau et circulation naturelle de la lumière et du vent. Monumental sans être fermé, il inscrit le pouvoir dans le paysage plutôt que face à lui.
Près du rocher du Lion, à Sigiriya, l’hôtel Kandalama, achevé en 1995, marque un changement d’échelle. Le bâtiment s’étire sur la falaise, la végétation colonise les façades, les toitures protègent du soleil, l’air circule librement. Malgré sa taille imposante, l’hôtel ne domine pas le paysage : il en épouse la topographie, se confond dans la roche et la végétation, avec les petits singes qui viennent s’accrocher partout…
À Galle et dans d’autres projets côtiers, Bawa compose avec l’héritage colonial. Ses bâtiments reprennent des éléments traditionnels nourris d’influences européennes, asiatiques, bouddhiques, musulmanes. Fidèle à ses principes, il refuse l’ostentation et travaille avec la topographie, la végétation, la lumière. Et toujours avec cette idée que la frontière entre intérieur et extérieur s’efface progressivement.
Dans les années 1960, le travail de Geoffrey Bawa est associé au modernisme tropical, une architecture qui combine principes modernistes et adaptation climatique. Lui se méfiait pourtant des étiquettes et des discours théoriques. Il considérait que l’architecture devait d’abord s’éprouver physiquement. Son œuvre résolument avant-gardiste a profondément marqué l’Asie du Sud-Est. Plus qu’un style, l’architecte, disparu en 2003, laisse une vision qui continue d’alimenter la réflexion sur l’habitat tropical : comment construire en prenant en compte le climat et en respectant la mémoire d’un lieu ?
En quittant Lunuganga, je comprends que ce jardin n’était pas une étape isolée mais le fil conducteur d’un voyage à travers l’histoire. Les bâtiments de Bawa jalonnent l’île et offrent une lecture particulière du paysage sri-lankais : attentive au climat, aux lignes d’horizon, aux circulations lentes. Une vraie poésie.
Pourquoi cela dérange
Alors que Bawa a su créer une architecture en harmonie avec son environnement, les politiques actuelles semblent souvent ignorer cette leçon. Les décisions prises par les dirigeants, qui privilégient le développement économique à court terme, mettent en péril l’intégrité écologique du pays. En témoigne l’urbanisation galopante qui transforme les paysages naturels en zones commerciales sans âme.
Ce que cela implique concrètement
Les conséquences sont tangibles : destruction des écosystèmes, perte de biodiversité et dégradation des paysages. Pendant que Bawa prônait une architecture respectueuse de son milieu, les politiques actuelles semblent s’enliser dans des projets qui ne tiennent pas compte des spécificités locales, créant ainsi un décalage entre l’urbanisme et la réalité environnementale.
Lecture satirique
Il est ironique de constater que, dans un pays où l’architecture de Bawa est célébrée, les discours politiques continuent de promouvoir des projets qui défigurent le paysage. Les promesses de développement durable se heurtent à la réalité d’un bétonnage effréné, comme si les décideurs avaient décidé de faire fi des leçons du passé. Peut-être qu’un jour, un architecte se lèvera pour redessiner le paysage politique, mais en attendant, il semble que le gin tonic de Bawa soit la seule chose à rester intacte dans ce chaos.
Effet miroir international
Cette situation n’est pas unique au Sri Lanka. À l’échelle mondiale, des politiques autoritaires, comme celles observées aux États-Unis ou en Russie, semblent également ignorer les leçons de l’histoire et de l’environnement. Les discours sur le progrès et le développement cachent souvent des décisions qui nuisent à la société et à la planète. Un véritable écho des contradictions que Bawa a su éviter dans son œuvre.
À quoi s’attendre
Si les tendances actuelles persistent, nous pourrions assister à une érosion continue des valeurs environnementales et culturelles. La beauté du paysage sri-lankais, tout comme celle de l’architecture de Bawa, pourrait devenir un souvenir lointain, remplacé par un paysage urbain uniforme et désenchanté.
Sources
Source : www.courrierinternational.com




