LA PLAYLIST D’ENFANCE – Brel, Brassens, Barbara, mais aussi Balavoine ou Eddy Mitchell… Le chanteur à gavroche a toujours baigné dans la chanson française, dont ses parents étaient passionnés. Son nouvel album, “Boulevard de l’enfance”, vient de sortir.

Gauvain Sers.

Gauvain Sers. Photo Yann Orhan

Par Valentine Duteil

Publié le 12 avril 2026 à 16h30

Bercé par la chanson française et les cassettes audio de l’émission Pollen, que son père enregistrait à la radio, le chanteur Gauvain Sers, 36 ans, revient sur les étapes marquantes de sa jeunesse, qui l’ont conduit d’une formation d’ingénieur en mathématiques appliquées aux premières parties des concerts de Renaud.

Où avez-vous passé votre enfance et dans quel milieu ?
J’ai grandi dans la campagne creusoise, près de Dun-le-Palestel, dans un hameau d’une trentaine d’habitants. Nous vivions dans une vieille maison en pierre retapée en partie par mon père, avec l’aide des artisans du coin. Mon père était prof de maths, mais il avait un vrai côté artiste. Il écrivait beaucoup de poésie, peignait et dessinait très bien. Ma mère, pharmacienne à mi-temps, avait choisi ce rythme pour s’occuper de nous. La maison débordait de vie. Nous étions quatre frères. On jouait à cache-cache, on organisait des chasses au trésor, on construisait des cabanes avec les enfants des voisins. J’étais un gamin plein d’énergie.

À l’école, être bon élève n’était pas vraiment négociable. Mon père nous faisait travailler les mathématiques après les cours. On participait à des concours. Après un bac scientifique, je suis monté à Paris, j’ai intégré une classe de prépa au lycée Chaptal, comme l’avaient fait mes deux grands frères. J’étais bon en maths alors j’ai suivi le mouvement. Puis je suis entré dans une école d’ingénieur en mathématiques appliquées à Toulouse. C’est là que j’ai commencé à écrire des chansons.

« J’ai grandi dans la campagne creusoise, près de Dun-le-Palestel, dans un hameau d’une trentaine d’habitants », raconte Gauvain Sers – ici à 4 ans.

« J’ai grandi dans la campagne creusoise, près de Dun-le-Palestel, dans un hameau d’une trentaine d’habitants », raconte Gauvain Sers – ici à 4 ans. Collection personnelle

Vos parents écoutaient-ils de la musique ?
Mon père est un grand mélomane, passionné de chanson française. Il écoutait les grands noms de la chanson comme Jacques Brel, Georges Brassens, Léo Ferré, Jean Ferrat, Anne Sylvestre ou Barbara. Il aimait aussi des chanteurs « rive gauche » plus confidentiels, qu’il avait découverts en fouinant chez les disquaires parisiens pendant ses études. Dans sa discothèque, on pouvait trouver des vinyles de Maurice Fanon, Jacques Debronckart ou Georges Chelon, et le pendant anglo-saxon de ces artistes qui racontent des histoires en musique comme Bob Dylan, Leonard Cohen ou Simon & Garfunkel.

Le premier album que je me suis acheté avec mon argent de poche était “Le Cinquième As” de MC Solaar. J’avais 14 ou 15 ans. J’adorais la chanson “Solaar pleure”.

Mes souvenirs musicaux d’enfance sont très liés aux trajets en voiture pour aller à Guéret, la ville la plus proche qui se trouvait à une trentaine de minutes, ou pour nous rendre sur les lieux des compétitions de tennis que je pratiquais assidûment. Pendant ces trajets, nous écoutions souvent l’émission Pollen de Jean-Louis Foulquier que mon père enregistrait systématiquement sur une cassette audio. J’y ai découvert toute la nouvelle scène française de l’époque, Thomas Fersen, les Têtes raides, Vincent Delerm ou Bénabar. Ma mère, elle, aimait les chanteurs de variété et vouait une véritable passion à Daniel Balavoine.

Quelle est la chanson préférée de votre enfance ?
La chanson qui me revient immédiatement, quand je pense à mon enfance, c’est Pas de boogie woogie d’Eddy Mitchell. Mon père la mettait à fond le dimanche matin pour réveiller toute la maison et ça faisait marrer tout le monde. C’est une chanson qui me ramène immédiatement à ma famille. Quand j’étais adolescent, il y avait les musiques que nous écoutions en famille comme Renaud, Thiéfaine ou Bénabar, dont la chanson Porcelaine était une de nos préférées. Et puis il y a celles plus personnelles, quand je commençais à m’émanciper.

Le premier album que je me suis acheté avec mon argent de poche était Le Cinquième As de MC Solaar. J’avais 14 ou 15 ans. J’adorais la chanson Solaar pleure. Sa montée en intensité, le crescendo de l’arrangement, son texte très dur, très sombre me donnaient des frissons. En classe de seconde, j’ai traversé une période solitaire. Un ami, fan de Jacques Brel, m’avait conseillé d’écouter attentivement un de ses albums. Je suis allé le piocher dans la collection de mon père, et là, j’ai pris une claque monumentale. En rentrant du lycée, je m’enfermais dans ma chambre et j’écoutais en boucle Ces gens-là, seul, dans le noir, ce qui inquiétait un peu mes parents.

Quel est le premier concert auquel vous avez assisté ?
Mon père m’emmenait souvent voir des concerts aux Bains-Douches de Lignières, une petite salle tenue par les parents de Florent Marchet. Nous arrivions toujours une heure et demie en avance, et après avoir englouti nos sandwichs dans la voiture, nous allions dans la file d’attente pour être le mieux placés possible. Le premier concert que j’y ai vu est celui de La Grande Sophie. À l’époque, j’écoutais beaucoup son EP La Grande Sophie s’agrandit. J’avais 8 ans. D’ailleurs, j’ai retrouvé récemment une carte postale qu’elle m’avait dédicacée lors de cette soirée.

De 8 à 17 ans, j’ai dû voir une cinquantaine de concerts, soit aux Bains-Douches, soit au Centre John-Lennon, une salle plus rock à Limoges. À l’adolescence, Les Cowboys fringants occupaient une place importante à la maison. Nous écoutions souvent leurs albums. Je les ai vus en concert à Clermont-Ferrand, j’avais 16 ans. J’entrais pour la première fois dans une grande salle de concert. Je me souviens de l’énergie et de la générosité que le groupe dégageait. Il reste aujourd’hui l’un de mes groupes préférés.

Avez-vous appris la musique étant enfant ?
Je n’ai pas du tout appris la musique ni enfant ni adolescent. J’ai commencé assez tard, à la fin du lycée, en écrivant des textes. Un professeur de français trouvait que j’avais une sensibilité pour la poésie et m’avait encouragé à continuer dans cette voie. J’ai commencé à jouer de la guitare sur un vieil instrument de mon père qui servait de déco. J’ai appris quelques accords avec l’aide de copains qui m’ont montré les bases. Pour mes 18 ans, des amis m’ont offert ma première guitare, et j’ai commencé à écrire mes propres chansons. Très vite, une chanson en appelait une autre, une forme de boulimie d’écriture s’est installée.

Un jour, j’ai reçu un coup de fil de Renaud. Il me parlait de ma chanson “Pourvu”, dont une vidéo circulait sur Internet. Il m’a proposé de faire ses premières parties au Zénith de Paris.

Quand je suis arrivé à Toulouse en école d’ingénieur, ma compagne m’a inscrit, sans me le dire, à une scène ouverte au Bijou à Toulouse. J’avais 20 ans. À la fin de ma prestation, le programmateur m’a encouragé à continuer. J’ai enchaîné les scènes ouvertes. Je me sentais à ma place sur scène, je rêvais secrètement d’en faire un jour mon métier. Après avoir obtenu mon diplôme d’ingénieur en mathématiques appliquées, je suis monté à Paris. J’ai aussi suivi une formation à La Manufacture Chanson pour travailler l’écriture, la composition, les arrangements, mais aussi le chant et l’interprétation. J’y ai rencontré toute une communauté d’artistes, une sorte de famille. On s’échangeait des conseils, des contacts, des lieux pour jouer.

Quand j’avais 26 ans, les choses ont commencé à s’accélérer. Je faisais quelques premières parties, mon entourage professionnel commençait à se structurer. Un jour, j’ai reçu un coup de fil de Renaud. Au début, j’ai cru à une blague. Il me parlait de ma chanson Pourvu, dont une vidéo live enregistrée en studio circulait sur Internet. Il me faisait des compliments puis m’a proposé de faire ses premières parties au Zénith de Paris. J’ai évidemment accepté. Avec ma compagne, nous avons fêté ça avec une petite bouteille de champagne (parce que la grande était trop chère !). Elle trône toujours dans notre bibliothèque. Quand j’y repense aujourd’hui, cette période reste l’une des plus fortes de ma vie.

Vous souvenez-vous de la première chanson que vous avez écrite ?
Elle s’appelait Éternel Espoir. Je l’ai écrite vers 17 ou 18 ans, au moment où je commençais à gratouiller quelques accords sur la guitare. Elle parlait d’un chagrin d’amour. Je serais incapable de la faire écouter aujourd’hui. Elle doit dormir quelque part sur un vieux disque dur, dans un ancien ordinateur que j’ai conservé. Je l’avais fait écouter à ma compagne, qui avait trouvé ça merveilleux à l’époque, sans doute avec un regard un peu biaisé, pas très objectif !

Gauvain Sers : Quand la chanson française se mêle à la nostalgie d’une enfance bien rangée

Le nouvel album de Gauvain Sers, “Boulevard de l’enfance”, nous plonge dans un univers musical où Brel et Brassens côtoient les souvenirs d’une enfance bercée par la chanson française. Mais derrière cette mélodie douce, que cache vraiment cette nostalgie ?

Dans un monde où les discours politiques se radicalisent, où les promesses de lendemains enchanteurs se heurtent à la réalité d’une société en crise, Gauvain Sers apparaît comme un doux rêveur. Son album, qui évoque des souvenirs d’enfance, semble presque une échappatoire à la morosité ambiante. Mais peut-on vraiment se permettre de rêver quand la réalité nous rattrape à chaque coin de rue ?

Ce qui se passe réellement

Gauvain Sers, 36 ans, a grandi dans un hameau de la Creuse, bercé par les cassettes de l’émission Pollen et les vinyles de son père, passionné de chanson française. Entre les balades en voiture et les concerts aux Bains-Douches de Lignières, il a construit une identité musicale riche, ancrée dans des références qui, pour beaucoup, semblent appartenir à un autre temps. Son parcours, d’ingénieur en mathématiques appliquées à artiste, est une belle histoire, mais elle soulève aussi des questions : est-ce vraiment cela, la réalité d’une jeunesse française aujourd’hui ?

Pourquoi cela dérange

La nostalgie de Sers peut sembler inoffensive, mais elle cache une réalité bien plus sombre. Alors que les jeunes d’aujourd’hui font face à des crises économiques, écologiques et sociales, se replonger dans un passé idéalisé peut apparaître comme une fuite. Les promesses d’un avenir radieux, souvent brandies par les politiques, se heurtent à un quotidien où l’incertitude règne. La chanson française, avec ses belles mélodies, ne peut pas masquer les contradictions d’un monde qui peine à avancer.

Ce que cela implique concrètement

En célébrant une enfance dorée, Sers évoque des souvenirs qui, pour beaucoup, sont devenus des chimères. La réalité, c’est que les jeunes d’aujourd’hui sont souvent contraints de jongler entre études, précarité et désillusion. La chanson, bien qu’elle soit un refuge, ne peut pas remplacer les actions concrètes nécessaires pour améliorer la situation actuelle. Les belles paroles ne suffisent plus.

Lecture satirique

Il est ironique de voir comment les discours politiques, souvent déconnectés de la réalité, continuent de promettre des lendemains qui chantent. Pendant que Gauvain Sers évoque des souvenirs d’enfance, les dirigeants semblent plus préoccupés par leur image que par le bien-être des citoyens. Les promesses de sécurité et de prospérité se heurtent à la réalité d’un monde où la peur et l’incertitude dominent. Peut-être que la vraie chanson à écrire serait celle qui dénonce ces incohérences ?

Effet miroir international

À l’échelle mondiale, les dérives autoritaires et les politiques ultraconservatrices prennent de l’ampleur. Pendant que Sers chante des souvenirs, d’autres pays voient leurs libertés fondamentales menacées. Les États-Unis, avec leur discours populiste, et la Russie, avec son autoritarisme, illustrent parfaitement cette tendance. La nostalgie d’un passé glorieux peut-elle vraiment nous protéger des dérives actuelles ?

À quoi s’attendre

Si rien ne change, on peut s’attendre à ce que la nostalgie devienne un refuge pour ceux qui ne veulent pas voir la réalité en face. Les artistes, comme Sers, ont un rôle à jouer, mais il est crucial qu’ils ne se contentent pas de chanter des souvenirs. Ils doivent aussi s’engager dans la lutte pour un avenir meilleur, car la mélodie ne suffira pas à apaiser les craintes d’une génération en quête de sens.

Sources

Source : www.telerama.fr

La playlist d’enfance de Gauvain Sers : “Mes souvenirs musicaux sont très liés aux trajets en voiture”
Visuel — Source : www.telerama.fr
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