Des documents internes au cœur du récit
Avant la publication de ses mémoires, en 2023, Frances Haugen avait été contactée par Aaron Sorkin. Le scénariste de The Social Network réfléchissait alors à un nouveau projet sur les réseaux sociaux et souhaitait recueillir son avis. Ces échanges ont contribué à la genèse de The Social Reckoning, conçu comme un prolongement du film de David Fincher sorti en 2010.
Cette fois, l’histoire s’intéresse aux révélations des Facebook Files, publiées par le Wall Street Journal en 2021. Les enquêtes du quotidien reposaient sur des milliers de documents internes transmis par Haugen, spécialiste des algorithmes lorsqu’elle travaillait chez Facebook.
Ces documents évoquaient notamment la manière dont l’algorithme pouvait favoriser les discours haineux et orienter des utilisateurs vers des groupes extrémistes. Un rapport interne faisait également état d’un lien entre Instagram et des problèmes de santé mentale chez des adolescentes. Le film s’appuie sur ces révélations pour proposer une représentation plus sombre de l’entreprise que celle de son prédécesseur.
Une lanceuse d’alerte imparfaite à l’écran
Dans le film, Jeremy Allen White joue Jeff Horwitz, le journaliste du Wall Street Journal à l’origine de la première enquête des Facebook Files. Mikey Madison incarne Frances Haugen. Cette dernière a cédé les droits d’adaptation de ses mémoires, qui comptent parmi les ouvrages ayant nourri le scénario.
Haugen apprécie que son personnage ne soit pas présenté comme omniscient. Elle se souvient qu’au cours de l’affaire, elle et Horwitz ont parfois avancé sans connaître toutes les réponses, jusqu’à découvrir de nouveaux documents. À ses yeux, cette dimension rend le récit plus juste : il n’est pas nécessaire, estime-t-elle, de tout comprendre immédiatement ni d’agir sans faute.
Elle émet toutefois une réserve sur le portrait de Horwitz. Le film le montre parfois comme un novice en matière de technologies, alors qu’elle s’était adressée à lui précisément parce qu’il n’était pas dépourvu de compétences dans ce domaine. Elle reconnaît néanmoins que ce choix facilite les explications techniques et permet d’introduire le public dans le fonctionnement de Facebook.
Un Zuckerberg autoritaire, mais pas sans nuance
Jeremy Strong interprète Mark Zuckerberg sous les traits d’un dirigeant tyrannique. Certains détails de cette représentation ont fait réagir Haugen, notamment le bureau du PDG, doté d’une immense baie vitrée. Elle juge peu crédible que le véritable Zuckerberg travaille dans un tel espace, qu’elle considère comme incompatible avec ses impératifs de sécurité.
Malgré ces réserves, Haugen estime que le film ne réduit pas entièrement Zuckerberg à une figure sans nuance. Elle espère que le récit pourra l’amener à reconsidérer le rôle qu’il joue dans la société. Elle voit aussi dans le cinéma un moyen de toucher des personnes qui ne connaissent pas l’affaire et de les conduire à réfléchir aux avenirs possibles.
Source : Courrier international – Actualités France et Monde, vidéos, infographies (www.courrierinternational.com)
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