À Genève, les frais des magistrats : un festival de dépenses et d’économies

Entre extravagance et frugalité, les frais des magistrats genevois pour 2025 révèlent des disparités qui feraient rougir n’importe quel comptable.

À Genève, la publication des frais des magistrats pour 2025 met en lumière de fortes disparités. Pierre Maudet reste le plus dépensier, tandis que d’autres élus limitent leurs demandes de remboursement. Les différences sont liées à la fois aux fonctions et aux choix personnels. Ce dispositif de transparence a été instauré après le scandale des notes de frais de 2018 en Ville de Genève. L’analyse des frais permet de mieux comprendre les pratiques et préférences des membres de l’exécutif cantonal. Ces dépenses couvrent notamment les déplacements, les repas professionnels ou encore certaines activités de représentation.

Une fois encore, c’est Pierre Maudet (Libertés et Justice Sociale) qui arrive en tête. Le chef du Département de la santé et des mobilités en a eu pour 14’445 francs de frais, soit plus du double de son dauphin. Thierry Apothéloz (PS) suit ainsi avec environ 6900 francs, devant Anne Hiltpold (PLR) à 5200 francs. À l’opposé, Nathalie Fontanet (PLR) affiche des dépenses nettement plus modestes, avec 1587 francs.

Ce qui se passe réellement

Ces différences s’expliquent d’abord par la nature des fonctions. Pour Pierre Maudet, près de la moitié des frais concerne des déplacements – billets de train, d’avion et un abonnement CFF. Son département explique que sa fonction implique une présence régulière dans des instances intercantonales et fédérales, notamment à Berne.

Autre facteur : les voyages officiels. Cette année, certains magistrats ont participé au déplacement annuel des élus genevois à Copenhague. Ceux qui s’y sont rendus ont facturé un forfait de 2800 francs.

Des pratiques personnelles très contrastées

Les écarts apparaissent aussi dans les frais de représentation, notamment les repas professionnels. Là encore, Pierre Maudet arrive en tête avec 3875 francs. Contrairement à leurs homologues masculins, la majorité des magistrates n’affichent aucune dépense pour les repas d’affaires ainsi que pour les repas et collations pris seules en dehors du bureau.

Contactée, Delphine Bachmann (Le Centre) assure faire, elle aussi, ce travail de réseautage. Elle explique toutefois qu’elle ne planifie pas ces rendez-vous sur les heures des repas et qu’elle préfère prendre ces éventuels frais à sa charge. Tout comme la cheffe de l’économie et de l’emploi, les magistrates Anne Hiltpold et Nathalie Fontanet, ainsi que la chancelière Michelle Righetti n’ont rien facturé dans cette catégorie.

>> A lire : L’Etat de Genève a fait 50 millions de bénéfice en 2025, alors qu’il prévoyait une perte

Ces données reflètent aussi des habitudes différentes dans l’usage des moyens mis à disposition. Nathalie Fontanet se distingue par exemple avec 120 courses effectuées avec les chauffeurs du Conseil d’Etat, soit plus de 40% du total.

Ces trajets en voiture, strictement professionnels, représentent le poste le plus important des frais globaux. En 2025, ils s’élèvent à 156’534 francs, un montant en hausse depuis 2020.

Pourquoi cela dérange

Ces disparités ne sont pas qu’une simple question de chiffres. Elles révèlent une culture de l’impunité où certains élus semblent se croire au-dessus des règles de la décence budgétaire. Pendant que Maudet se pavane avec ses frais exorbitants, d’autres magistrates choisissent de ne pas facturer des repas d’affaires, comme si la vertu était devenue une denrée rare dans le monde politique.

Ce que cela implique concrètement

Ces pratiques soulèvent des questions sur la responsabilité et l’éthique des élus. Si des magistrats peuvent se permettre de dépenser sans compter, que dire des citoyens qui peinent à joindre les deux bouts ? La transparence, loin d’être un simple outil de communication, devient un miroir déformant de l’absurdité de certaines décisions politiques.

Lecture satirique

Dans un monde où l’on prône l’austérité pour le peuple, il est ironique de voir des élus se comporter comme des aristocrates du 18ème siècle. Les promesses de transparence et d’économie semblent s’évaporer dès qu’il s’agit de remplir leurs propres assiettes. À quand une loi pour limiter les frais de représentation à un repas par jour, avec un maximum de 20 francs ?

Effet miroir international

En observant ces dérives, on ne peut s’empêcher de penser aux politiques autoritaires qui fleurissent ailleurs dans le monde. Entre dépenses somptuaires et discours populistes, la ligne est parfois si fine qu’on se demande si nos élus ne s’inspirent pas des méthodes de leurs homologues dans des régimes moins démocratiques.

À quoi s’attendre

Si ces tendances se poursuivent, nous pourrions assister à une normalisation de l’irresponsabilité budgétaire. Les citoyens, lassés de ces abus, pourraient un jour décider de faire entendre leur voix, mais espérons qu’il ne soit pas trop tard.

Sources

Source : www.rts.ch

Visuel — Source : www.rts.ch
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