Fini de rire : en Bolivie, les clowns manifestent contre une réforme éducative

Des clowns en colère s’opposent à une réforme qui les prive de leur gagne-pain, tandis que le gouvernement prône une éducation sans distractions.

Le 30 mars, à La Paz, une scène surréaliste s’est déroulée devant le ministère de l’Éducation bolivien : des dizaines de clowns, maquillés et en costumes, ont manifesté leur mécontentement. Leurs nez rouges n’étaient pas là pour faire rire, mais pour dénoncer une réforme éducative qui les empêche de divertir les enfants pendant les heures de classe. En effet, depuis janvier, le gouvernement de Rodrigo Paz a décidé que les activités extrascolaires, notamment les spectacles de clowns, n’avaient plus leur place dans le temps scolaire. Une décision qui, selon les clowns, est une « atteinte très grande à notre secteur » et aux droits des enfants dont les parents ne peuvent pas se permettre d’emmener leurs petits voir un spectacle.

Ce qui se passe réellement

La réforme du système éducatif, présentée comme une priorité par le gouvernement, vise à améliorer la compréhension de la lecture chez les élèves. La ministre de l’Éducation a déclaré que « seuls deux élèves de 6e sur dix comprennent réellement ce qu’ils lisent » et que les enfants « perdent 40 jours de classe » par an à cause des activités extrascolaires. Pour le vice-ministre, Juan Carlos Pimentel, il est temps de « mettre fin à la dégradation de la qualité de l’enseignement ». Mais cette vision semble ignorer que le rire et la culture sont des éléments essentiels à l’éducation.

Pourquoi cela dérange

La réforme soulève des questions sur la vision de l’éducation que défend le gouvernement. En cherchant à « corriger une pathologie silencieuse » du système, il impose une approche rigide qui minimise l’importance des activités extrascolaires. Ces dernières, loin d’être de simples distractions, jouent un rôle crucial dans le développement des compétences sociales et émotionnelles des enfants.

Ce que cela implique concrètement

En interdisant les activités extrascolaires durant le temps scolaire, le gouvernement ne fait pas que priver les enfants de rires et de joie ; il limite également les opportunités d’apprentissage informel, qui sont souvent les plus mémorables. Les clowns, qui sont des figures importantes dans la culture bolivienne, voient leurs revenus menacés dans un contexte économique déjà difficile.

Lecture satirique

Le discours politique autour de cette réforme est empreint d’une ironie mordante. D’un côté, on prône « moins d’idéologie » et « plus de discipline », mais de l’autre, on semble ignorer que l’éducation ne se résume pas à des leçons de lecture. En cherchant à éliminer les distractions, le gouvernement oublie que l’éducation est aussi une question de plaisir et d’engagement. Peut-être que les décideurs devraient passer un peu plus de temps à rire avec les enfants plutôt que de les priver de leurs clowns.

Effet miroir international

Cette situation rappelle les dérives autoritaires observées dans d’autres pays, où la culture et l’expression artistique sont souvent les premières victimes des politiques ultraconservatrices. En Bolivie, comme ailleurs, la tentation de contrôler l’éducation au nom de la « qualité » peut mener à une vision étriquée de ce que signifie apprendre.

À quoi s’attendre

Si cette réforme perdure, il est à craindre que l’éducation en Bolivie devienne un espace de conformité, où le rire et la créativité sont sacrifiés sur l’autel de la discipline. Les enfants, privés de leur droit à l’imaginaire, risquent de devenir des élèves sans joie, et les clowns, eux, devront chercher d’autres moyens de faire rire.

Sources

Source : www.courrierinternational.com

Visuel — Source : www.courrierinternational
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