Fantasporto a retrouvé son lieu d’accueil habituel ces dernières années : le cinéma Batalha. Le festival célèbre cette année sa 46e édition, confirmant qu’il est l’un des plus importants du Portugal.


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La programmation s’articule autour de deux grandes sections : l’une dédiée au cinéma fantastique, l’autre consacrée aux films d’auteurs de tous genres, dans le cadre de la Semaine des réalisateurs.

Organisé sans interruption depuis 1981, il a évolué d’une manifestation essentiellement dédiée au fantastique, surtout à l’horreur et à la science‑fiction, vers un festival généraliste qui privilégie le cinéma indépendant et d’auteur.

Mário Dorminsky et Beatriz Pacheco Pereira, le duo qui dirige le Fantas depuis ses débuts, se complètent : « Nous avons des goûts relativement différents », explique Dorminsky. « J’ai tendance à me tourner vers un cinéma plus ouvert, davantage orienté vers le grand public, tandis que Beatriz préfère le cinéma d’auteur. Cela fait que nous n’avons pas un public, mais des publics, au pluriel, surtout depuis que nous avons créé la Semaine des réalisateurs. »

Cette année, les organisateurs ont dû faire une sélection parmi 350 longs métrages et près de 800 courts venus du monde entier.

Frayeurs argentines et un film en langue basque

Dans la compétition Cinéma fantastique, le premier prix est revenu à un film argentin, « Encantador » (titre international : « The Dollmaker »), signé José María Cicala. C’est un film d’horreur classique, riche en sursauts, qui a conquis le jury, notamment la présidente de l’Association norvégienne de réalisateurs, Elisabeth O. Sjaastad : « C’est un film assez classique dans son genre, sur un tueur qui enlève des femmes. L’histoire est très bien racontée, avec d’excellentes interprétations. L’atmosphère est très réussie, avec un très bon travail de direction artistique, donc c’est un film très abouti », dit‑elle.

Toujours dans la compétition fantastique, un autre film a retenu l’attention : « Gaua », de l’Espagnol Paul Urkijo Alijo. Ce long métrage, où se croisent sorcières, Inquisition et une part d’homoérotisme féminin, a la particularité d’être tourné en basque, une langue encore très minoritaire au cinéma. Pour le réalisateur, ce choix linguistique va de soi :

« Je ne demande pas pourquoi tourner en basque, mais pourquoi pas », explique le réalisateur à Euronews. « Si nous n’utilisons pas la langue et ne l’étendons pas à différents domaines, elle reste cantonnée à la région ou aux peuples qui la parlent, et à un usage plus limité. C’est bien qu’elle se diffuse dans la musique ou au cinéma. »

« Gaua » (qui signifie « Nuit » en basque) s’inspire des histoires que le cinéaste entendait enfant : « La nuit est ce moment où apparaissent toutes ces choses qui sont censées être très effrayantes, dangereuses, interdites, mais elle peut aussi être un refuge pour ceux qui sont différents. Gaua est donc un hommage à toutes les légendes de la mythologie basque liées à la nuit, qu’on me racontait quand j’étais enfant et qui me fascinaient tant », explique-t-il.

« Endless Land », ode poétique à la ruralité

Le réalisateur grec Vassilis Mazomenos n’a plus besoin d’être présenté aux habitués du Fantas : c’est une figure désormais emblématique du festival, où il a présenté presque tous ses films et reçu un prix pour l’ensemble de sa carrière en 2001.

Cette fois, il repart avec le Prix de la critique pour « Endless Land », présenté dans la Semaine des réalisateurs, un hommage au monde rural et aux traditions perdues du pays profond, qui marque une évolution par rapport au cadre urbain de ses films précédents : « Le film n’est pas différent, mais la forme l’est », explique le réalisateur. « Mes idées demeurent inchangées. Même si cela ne se voit pas au premier regard, c’est un film politique. À une époque où nous vivons l’horreur de la guerre, revenir aux principes fondamentaux, au cycle de la vie, à ce que nos ancêtres nous ont appris et que nous avons perdu est la chose la plus importante », ajoute‑t‑il.

Dans « Endless Land » (« Apeiri Gi » en version originale), nous suivons Lazaros qui, comme son homonyme biblique, renaît lui aussi, non pas littéralement mais métaphoriquement, de génération en génération, perpétuant la sagesse et les traditions d’un village de la région de l’Épire (nord‑ouest de la Grèce). Le film est ponctué par la beauté des paysages et par les chants traditionnels et religieux qui, comme l’explique le réalisateur, sont un élément central de la narration.

Tout un symbolisme s’y déploie : d’un côté, l’origine du nom « Épire » (Ipiros, en grec) vient du même étymon qu’« Apiros », qui signifie « infini », car c’est ainsi que les habitants de l’île de Corfou désignaient la terre qu’ils voyaient de l’autre côté de la mer et qui leur semblait infinie. De l’autre, précise Mazomenos, « il y a un sens symbolique, lié à l’infinité des sentiments de cette population, qui se transmettent de génération en génération malgré des facteurs comme l’émigration ou la pauvreté ».

La Norvège à l’honneur

Au cours de ses 46 ans d’histoire, de nombreux films norvégiens ont été projetés sur les écrans du festival. Certains des plus anciens habitués se souviendront peut‑être de « The Bothersome Man » en 2007 ou de « Thale » en 2013.

Pour mieux faire connaître cette filmographie en plein essor mais encore peu explorée (à de rares exceptions près), Fantasporto a proposé cette année une rétrospective du cinéma norvégien.

En plus de faire partie du jury, Elisabeth O. Sjaastad a programmé ce cycle et n’a pas oublié les origines du Fantas dans le choix des films : « Nous avons voulu faire une rétrospective contemporaine qui rende aussi hommage au profil de Fantasporto. C’est pourquoi certains titres comportent des éléments surnaturels qui s’inscrivent dans l’ADN originel du festival, tout en montrant quelques‑uns de nos cinéastes les plus talentueux de Norvège. Par exemple, nous présentons “Telma”, de Joachim Trier (nommé cette année aux Oscars avec « Valeur Sentimentale »), ou encore “Armand”, de Halfdan Ullmann Tøndel, lauréat de la Caméra d’or à Cannes en 2024.

« Ce qui caractérise l’état actuel du cinéma norvégien, c’est la diversité des récits, des thèmes, le regard que chaque cinéaste apporte au grand écran. Nous disposons soudain d’un vivier de talents très net, désormais capable de faire des films qui parlent autant au public national qu’international », ajoute la présidente de l’Association norvégienne de réalisateurs.

Qu’a donc de si particulier le Fantas ?

À quatre ans de célébrer son demi‑siècle d’existence, Fantasporto continue de faire affluer à Porto toute une légion de cinéphiles, parmi lesquels des fans devenus des fidèles qui ne manquent aucune édition. La réalisatrice Isabel Pina en est l’un des exemples. Chaque année depuis 2008, elle fait le voyage entre Lisbonne et Porto : d’abord comme simple spectatrice, puis comme participante, ayant déjà fait partie du jury et de l’organisation certaines années.

Interrogée sur le film vu en 18 ans de festival qui l’a le plus marquée, elle répond : « Je ne citerais pas un film, mais toute une filmographie, celle du cinéma philippin, que j’ai découvert grâce à ce festival, qui est pratiquement le seul à le montrer. » « Au Fantas, on découvre des choses étonnantes. Par exemple, hier j’ai vu un film de Papouasie‑Nouvelle‑Guinée. Dans quel autre festival aurais‑je la possibilité de voir un film de ce pays projeté sur grand écran ? », ajoute‑t‑elle.

Tout aussi indéfectible, l’Espagnol Luis Rosales fréquente Fantasporto chaque année depuis plus de deux décennies. Il a commencé à venir comme journaliste, travaillant pour un magazine spécialisé dans le cinéma fantastique. Il a continué à participer en tant que directeur du festival Nocturna, à Madrid, et aujourd’hui il vient au festival en qualité de directeur du Festival do Imaxinario, en Galice : « J’ai trouvé ici une nouvelle famille », raconte‑t‑il.

La vérité, c’est qu’il ne parle pas seulement au sens figuré, mais aussi au sens propre, puisque c’est ici que Rosales et l’actrice allemande Marina Anna Eich, aujourd’hui en couple, se sont rencontrés : « La première année où nous nous sommes croisés ici, j’étais venu comme journaliste et elle comme actrice. Plus tard, nous avons participé tous les deux en tant que membres du jury. Ces rencontres répétées ont fait que nous sommes devenus amis, mais pendant plusieurs années nous n’étions que des amis, jusqu’à ce que l’étincelle se produise », raconte‑t‑il. Aujourd’hui, ils travaillent tous les deux à la direction du Festival do Imaxinario, l’un des plus anciens de la péninsule Ibérique, fondé en 1973, récompensé cette année par le Fantas d’un prix de reconnaissance.

Le lien du couple avec Fantasporto ne s’arrête pas là : c’est également à Porto, lors de l’une des dernières éditions, que Marina a acheté la robe de mariée avec laquelle Rosales l’a conduite à l’autel.

On peut dire que Fantasporto ne vit pas seulement de films d’horreur, mais aussi d’histoires d’amour. Et la plus grande de toutes reste l’histoire d’amour pour le cinéma.

Liste complète des lauréats :

COMPÉTITION CINÉMA FANTASTIQUE

MEILLEUR FILM / GRAND PRIX FANTASPORTO

Encantador, José María Cicala (Argentine)

PRIX SPÉCIAL DU JURY

The Skeleton Girls, and a Kidnapped Society – Richard Eames (Australie)

MEILLEUR RÉALISATEUR

Don’t Leave The Kids Alone | No Dejen a los niños solos (Mexique).

MEILLEUR ACTEUR

Rodrigo Noya – The Dollmaker | O Encantador de José Maria Ciccala (Argentine)

MEILLEURE ACTRICE

Maribel Verdú – Under Your Feet / Bajo Tus Piés – Cristian Bernard (Espagne)

MEILLEUR SCÉNARIO

The Whisper / El Sussurrro – Gustavo Hernández, Ibañez (Uruguay | Argentine)

MEILLEURE PHOTOGRAPHIE

The Journey To End – Chen Xian (Chine)

MEILLEUR COURT MÉTRAGE

Señuelo de Martha Gayerbe (Espagne)

MENTION SPÉCIALE DU JURY FANTASTIQUE

The Curse de Kenichi Ugana

SEMAINE DES RÉALISATEURS

MEILLEUR FILM / PRIX MANOEL DE OLIVEIRA

Wild Nights, Tamed Beasts – Wang Tong (Chine)

PRIX SPÉCIAL DU JURY

The Trek – Meekaeel Adams (Afrique du Sud)

MEILLEURE RÉALISATION

Wang Tong – Wild Nights, Tamed Beasts (Chine)

MEILLEUR SCÉNARIO

Jun Robles Lana – Sisa (Philippines)

MEILLEUR ACTEUR

Uirô Satô de Suzuki – Bakudan (Japon)

MEILLEURE ACTRICE

Pia Tjelta – Don’t Call me mama

MENTION SPÉCIALE DU JURY (PHOTOGRAPHIE)

Endless Land – Vassilis Mazomenos (Grèce)

ORIENT EXPRESS

MEILLEUR FILM

#IWILLTELLYOUTHETRUTH de Keisuke Toyoshima (Japon)

PRIX SPÉCIAL DU JURY

PAPA BUKA – Dr. Biju Damodaram (Papouasie‑Nouvelle‑Guinée / Inde)

PRIX DU MEILLEUR FILM PORTUGAIS

MEILLEUR FILM PORTUGAIS

Cativos – Luis Alves

MEILLEUR FILM D’ÉCOLE

Os Terríveis – João Antunes – Universidade Lusófona de Lisbonne

MENTION SPÉCIALE DU PCP

Cama de Lavado – Maria Lima – Université catholique de Porto

PRIX NON OFFICIELS

PRIX DU PUBLIC

Ex æquo entre The Specials – EIji UShida (Japon) et Lenore – David Ward (Australie)

PRIX DE LA CRITIQUE

Endless Land – Vassilis Mazomenos (Grèce)

Fantasporto 2026 : Un festival de cinéma qui fait trembler les dogmes conservateurs

Le festival Fantasporto célèbre sa 46e édition, mais derrière les paillettes du cinéma indépendant, se cache une réalité troublante : le fossé entre l’art et les idéologies autoritaires se creuse.

Cette année, le cinéma Batalha, temple du fantastique, a accueilli un festival qui, tout en célébrant l’indépendance artistique, semble ignorer les véritables enjeux sociopolitiques qui gangrènent notre époque. Avec une sélection de 350 longs métrages et près de 800 courts, on pourrait croire que le cinéma indépendant a encore de beaux jours devant lui. Pourtant, la question demeure : à quoi bon célébrer l’art si l’on ne remet pas en question les idéologies qui l’entourent ?

Ce qui se passe réellement

Fantasporto, organisé sans interruption depuis 1981, a évolué d’un festival de films d’horreur vers une plateforme pour le cinéma d’auteur. Mário Dorminsky et Beatriz Pacheco Pereira, les co-directeurs, affirment avoir des goûts différents, mais leur festival semble surtout refléter une pluralité de publics. Cette année, le premier prix a été décerné à « Encantador », un film argentin sur un tueur en série, tandis que d’autres œuvres, comme « Gaua », explorent des thèmes plus audacieux, tels que l’homoérotisme féminin et la mythologie basque.

Frayeurs argentines et un film en langue basque

Le film « Encantador » a conquis le jury, mais n’est-ce pas là une ironie ? Un festival qui célèbre le cinéma indépendant récompense un film qui, sous couvert de frissons, renforce des stéréotypes de genre. Pendant ce temps, « Gaua », qui s’exprime en basque, fait écho à une lutte pour la préservation des cultures minoritaires. Le réalisateur Paul Urkijo Alijo souligne que la langue ne doit pas rester confinée à sa région d’origine. Une belle pensée, mais où est la place pour ces voix dans un monde dominé par des discours autoritaires ?

Pourquoi cela dérange

La juxtaposition de ces œuvres met en lumière une incohérence : d’un côté, un cinéma qui s’attaque à des réalités sombres, et de l’autre, un festival qui semble parfois plus intéressé par le divertissement que par la critique sociale. Les promesses de diversité et d’inclusion sont souvent contredites par la réalité des choix artistiques.

Ce que cela implique concrètement

Les films primés, tout en étant techniquement brillants, ne remettent pas en question les structures de pouvoir en place. Ils pourraient même renforcer des stéréotypes, tout en prétendant les déconstruire. Dans un monde où les discours d’extrême droite gagnent du terrain, il est crucial que l’art ne se contente pas de divertir, mais qu’il provoque une réflexion critique.

Lecture satirique

Alors que Fantasporto se veut un phare de l’indépendance artistique, il ne peut ignorer que le cinéma, comme tout art, est un reflet de la société. Les promesses de diversité se heurtent à la réalité d’un monde où les voix marginalisées sont souvent étouffées. La question est : le festival est-il prêt à affronter ses propres contradictions ?

Effet miroir international

À l’échelle mondiale, les dérives autoritaires, qu’elles soient aux États-Unis, en Russie ou ailleurs, montrent que l’art et la culture sont souvent les premières victimes de la censure. Le cinéma, en tant que forme d’expression, doit être un bastion contre ces tendances, pas un complice silencieux.

À quoi s’attendre

Si le festival continue sur cette voie, il risque de devenir un simple événement de divertissement, éloigné des véritables enjeux sociopolitiques. Les cinéastes doivent se demander s’ils veulent être des artisans de l’illusion ou des agents de changement.

Sources

Source : fr.euronews.com

Fantasporto 2026 : un film d’horreur argentin remporte la 46e édition
Visuel — Source : fr.euronews.com
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