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Famine à Gaza en 2025 : faux, l’IPC n’a pas abaissé son seuil de malnutrition de 30 % à 15 %

La comparaison des règles publiées avant la guerre avec les documents utilisés en août 2025 permet de vérifier séparément ces deux accusations.

L’ONU a-t-elle abaissé ses critères de famine pour Gaza ?
À RETENIR

L’essentiel en quelques secondes

  • La comparaison des règles publiées avant la guerre avec les documents utilisés en août 2025 permet de vérifier séparément ces deux accusations.

Le 22 août 2025, après la publication d’une analyse classant le gouvernorat de Gaza en situation de famine, le ministère israélien des Affaires étrangères a accusé l’IPC d’avoir abaissé, pour ce seul rapport, son seuil de malnutrition de 30 % à 15 % et d’avoir écarté le critère de mortalité. La comparaison des règles publiées avant la guerre avec les documents utilisés en août 2025 permet de vérifier séparément ces deux accusations. Leurs conclusions ne reposent toutefois pas sur le même degré de certitude. (embassies.gov.il)

L’affirmation vérifiée

Dans une communication datée du 22 août 2025, le ministère israélien des Affaires étrangères affirme que l’IPC a ramené le seuil de malnutrition de 30 % à 15 % « uniquement » pour son rapport sur Gaza et a « totalement » ignoré le taux de mortalité. Un message du ministère publié le même jour sur X porte la même accusation. Nous vérifions ici ces deux points de méthode, et non l’ensemble des désaccords sur les données ou les responsabilités dans la crise. Le 22 août, l’IPC avait classé le gouvernorat de Gaza en famine, avec un niveau de « preuves raisonnables » ; il ne classait pas ainsi, à cette date, tous les gouvernorats de la bande de Gaza. (embassies.gov.il)

Ce que montrent les faits

Non, le seuil de 15 % n’a pas été créé pour Gaza. Le manuel technique de l’IPC en vigueur lors de l’analyse, sa version 3.1 publiée en 2021, distingue deux indicateurs de malnutrition aiguë chez les enfants de 6 à 59 mois. Pour le rapport poids-taille, appelé WHZ, le seuil de référence est de 30 %. Pour la mesure du périmètre du bras, appelée MUAC, il est de 15 %. Le manuel prévoit le recours au MUAC en l’absence de données poids-taille, avec examen des autres éléments disponibles. Ces seuils figuraient déjà dans les règles antérieures à l’analyse d’août 2025 : il ne s’agit donc pas d’une même mesure dont le seuil aurait été divisé par deux pour Gaza. (ipcinfo.org)

Cette distinction demande une précision : 15 % au MUAC ne signifie pas automatiquement « famine ». Le manuel demande de tenir compte du rapport entre les deux mesures dans le contexte étudié et de confronter les résultats aux facteurs qui favorisent la malnutrition. À Gaza, faute d’enquête récente permettant de mesurer directement le poids et la taille des mêmes enfants, l’analyse s’est appuyée sur des dépistages du périmètre brachial et sur d’autres données. Cette absence de comparaison locale est une limite réelle ; elle n’établit pas que l’IPC aurait inventé un nouveau seuil. (ipcinfo.org)

La vérification

Les chiffres publiés après le rapport montrent pourquoi la période retenue compte. Dans une réponse détaillée, l’IPC indique que, pour le gouvernorat de Gaza, la moyenne pondérée des dépistages MUAC sur tout juillet 2025 était de 12,5 %, soit moins que 15 %. Elle donne 10,1 % pour la première quinzaine et 16,4 % pour la seconde, calculés respectivement sur 10 683 et 8 748 enfants dépistés. L’IPC justifie l’usage de la seconde quinzaine par la rapidité de la dégradation observée. Son addendum du 30 août 2025 a ajouté un tableau de données qui manquait au rapport initial et a précisé les périodes couvertes par plusieurs tableaux. Comparer sans explication les 12,5 % du mois entier aux 16,4 % de sa seconde moitié ferait disparaître cette différence de période. (ipcinfo.org)

L’accusation selon laquelle la mortalité aurait été « totalement ignorée » ne résiste pas non plus à la lecture du rapport. Le comité d’examen de l’IPC y consacre une analyse et reconnaît une difficulté majeure : aucune mesure directe suffisamment récente de la mortalité nutritionnelle ne permettait de calculer pour le gouvernorat un taux observé à comparer au seuil de deux décès pour 10 000 personnes et par jour. À partir des décès signalés, de la détérioration nutritionnelle et d’autres indices, le comité a jugé vraisemblable que ce seuil avait été franchi. C’est le sens de la mention « famine avec preuves raisonnables » : deux seuils sont appuyés par des éléments directs, tandis que le troisième est apprécié par inférence. Ce n’est ni un taux de mortalité directement mesuré, ni un critère effacé du raisonnement. (ipcinfo.org)

Les limites de collecte et l’interprétation des dépistages restent des sujets légitimes d’examen. Elles doivent être discutées pour ce qu’elles sont, plutôt que résumées par l’idée d’un seuil inventé ou d’une mortalité passée sous silence. FEWS NET, organisme associé au système IPC, a également décrit en août 2025 des preuves directes pour la privation alimentaire et la malnutrition à Gaza, mais seulement des preuves raisonnables pour la mortalité ; son analyse ne constitue donc pas une mesure indépendante de ce dernier taux. (ipcinfo.org)

Verdict

Verdict : faux sur l’affirmation vérifiée. Le seuil de 15 % correspond à une méthode de mesure prévue avant le rapport sur Gaza, et la mortalité a été examinée, non « totalement ignorée ». La nuance indispensable est que le franchissement du seuil de mortalité n’a pas été établi par un relevé direct récent : le comité l’a estimé probable à partir d’indices, ce que signale explicitement sa classification « avec preuves raisonnables ». (ipcinfo.org)

Ce qu’il faut retenir

Deux pourcentages différents ne prouvent pas qu’une règle a changé lorsque les instruments de mesure diffèrent. Dans ce dossier, la vérification tient aussi à trois repères : la date des règles, la période couverte par les dépistages et la distinction entre mortalité mesurée et mortalité inférée. Le constat publié le 22 août 2025 portait sur la situation analysée jusqu’au 15 août 2025 ; il ne doit pas être présenté comme une mesure valable sans réexamen pour toute période ultérieure. (ipcinfo.org)


Source principale : Les Observateurs de France 24. Filmer, vérifier, témoigner. (f24.my), article publié le 26 août 2025.

Article original : Consulter la source originale

Sources de vérification

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