Dans les pays baltes, la préparation s’étend à la société
À Tallinn, Ingrid Nielsen, militante écologiste et pacifiste, participe désormais à des exercices militaires. La guerre en Ukraine a changé sa perception de la menace. Plusieurs fois par an, elle s’entraîne au mortier dans une forêt, avec 35 kilos d’équipement sur le dos. Elle est l’une des quatre femmes de son unité.
Depuis le début de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie, des milliers de femmes ont rejoint Naiskodukaitse, l’organisation féminine bénévole rattachée à la Ligue de défense estonienne. Des organisations comparables existent en Lettonie, en Lituanie et en Finlande. Leur logique commune : la défense du pays ne repose pas uniquement sur les militaires de carrière.
En Estonie, cette organisation collective répond aussi à la taille limitée de l’armée professionnelle : le pays compte 7 000 militaires de carrière pour 1,3 million d’habitants. Réservistes, informaticiens, secouristes, enseignants et parents contribuent à la préparation. Selon Nele Loorents, du Centre international pour la défense et la sécurité de Tallinn, les bénévoles participent à ancrer la résilience dans la société.
La Finlande et l’Ukraine, des exemples de mobilisation civile
La préparation prend différentes formes selon les pays. En Lettonie, l’éducation à la défense figure au programme scolaire. En Finlande, les enfants apprennent notamment à repérer la désinformation, tandis que les responsables politiques visitent les abris souterrains d’Helsinki.
La politologue Oksana Huss, chercheuse à l’université de Duisburg-Essen, voit aussi dans l’expérience ukrainienne un exemple de mobilisation qui se développe à l’initiative des citoyens. Après la Révolution de la dignité de 2014, des habitants ont organisé des soins médicaux, des réseaux logistiques et des structures de protection. Ces initiatives ont ensuite contribué à soutenir les soldats, les personnes déplacées et le fonctionnement de villes pendant l’invasion de 2022.
Pour Huss, une société ne peut pas compter exclusivement sur l’État en cas de crise. Cette idée contraste avec l’Allemagne, où, selon elle, beaucoup s’attendent encore à ce que les institutions publiques prennent en charge l’essentiel.
En Allemagne, un débat relancé par le service militaire
Le Bundestag a adopté en décembre 2025 la loi allemande sur la modernisation du service militaire. Depuis le 1er janvier 2026, les hommes de 18 ans doivent remplir un questionnaire sur leur motivation et leur aptitude à servir ; les femmes peuvent le faire volontairement. À partir du 1er juillet 2027, les hommes nés en 2008 ou après seront soumis à une visite médicale obligatoire. Le dispositif prévoit de s’appuyer sur le volontariat, tout en recensant les recrues potentielles. ([bundesregierung.de](https://www.bundesregierung.de/breg-de/bundesregierung/bundeskanzleramt/neuer-wehrdienst-gesetzentwurf-2381580?utm_source=openai))
Mais le renforcement de la défense divise. L’activiste pacifiste berlinois Yannick Kiesel conteste l’idée que l’augmentation de la puissance militaire garantisse la sécurité. Il estime que l’éducation, les services sociaux et l’intégration sont également essentiels à la cohésion. À l’inverse, Roland Bösker, lieutenant-colonel de réserve, défend l’idée que la liberté démocratique doit être protégée et que la défense concerne toute la société.
Les deux positions illustrent les termes d’un débat qui ne se limite plus aux effectifs de l’armée : quelle part de la préparation collective relève des citoyens, des institutions civiles et des forces armées ? Pour Bösker, la participation peut passer par la protection civile, les hôpitaux ou les administrations, sans nécessairement prendre la forme d’un engagement militaire.
Des conséquences civiles envisagées en cas de crise
Cette dimension pratique apparaît dans le plan d’opération Allemagne (OPLAN DEU), qui prévoit la coordination des besoins militaires avec le soutien civil nécessaire. En cas d’attaque contre des pays baltes ou d’autres membres de l’OTAN, l’Allemagne pourrait servir de zone de transit et de soutien logistique aux renforts. Les transports emprunteraient notamment les routes et les voies ferrées, tandis que des hôpitaux civils pourraient être mobilisés pour soigner les blessés. Il s’agit d’un scénario de crise, et non d’une situation en cours. ([bundeswehr.de](https://www.bundeswehr.de/de/organisation/operatives-fuehrungskommando-der-bundeswehr/auftrag-und-aufgaben/operationsplan-deutschland?utm_source=openai))
Le changement de mentalité reste incertain en Allemagne, où la défense demeure abstraite pour une partie de la population. Dans les pays baltes et nordiques, la proximité de la Russie a contribué à faire de la préparation une pratique quotidienne. Comme le souligne Bösker, cette évolution ne se décide pas en un jour : elle s’inscrit dans un processus.
Source : Voxeurop (voxeurop.eu)
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Auteur : Adrian Burtin



