Une toute première étude menée au Nunavik, dont les résultats ont été dévoilés le 6 avril, a donné la parole aux Inuit de la région au sujet de l’importante épidémie de tuberculose qui frappe la région du nord du Québec.

En 2025, il y avait 117 cas actifs de tuberculose au Nunavik, un record. À la mi-février, 13 cas avaient déjà été signalés par les autorités de santé publique depuis le début de l’année.

Menée de mars 2023 à mars 2024, l’étude de l’Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill (CUSM) est décrite dans le rapport comme un projet de recherche-action participative communautaire s’inscrivant dans un cadre de méthodologie de recherche autochtone.

Des chercheurs recrutés sur le terrain

Suivant une approche inédite dans la région, les recherches ont été menées par une équipe composée majoritairement d’Inuit maîtrisant l’inuktitut, ainsi que de membres des Premières Nations de l’Institut de recherche du CUSM et de la Régie régionale de la Santé et des Services sociaux du Nunavik.

Vue panoramique d'un petit village en hiver.

La communauté de Salluit, au Nunavik, fait partie de cinq communautés étudiées.

Photo : Fournie par Ben Geboe

Pour la toute première fois depuis le début de l’éclosion de la tuberculose, des chercheurs ont recueilli les témoignages des répondants dans leur langue maternelle.

En tout, 156 Inuit de cinq communautés du Nunavik ont participé à l’étude, ainsi que 21 travailleurs de soins de santé non inuit.

Le Dr Ben Geboe, premier auteur de l’étude et chercheur postdoctoral à l’Institut de recherche du CUSM, dit qu’il s’agit d’une étude véritablement novatrice.

Le chercheur, qui est également travailleur social, se dit notamment impressionné par le nombre de participants inuit qui ont accepté d’y collaborer.

Gros plan d'une radiographie.

Après une période de dormance, la tuberculose peut s’activer et perturber les fonctions pulmonaires. Sans traitement médical, elle est susceptible de mener à la mort.

Photo : Radio-Canada / Félix Lebel

Normalement, les chercheurs étudiant des populations autochtones parviennent à obtenir 30 témoignages, tout au plus, dans les plus grands centres, souligne le Dr Geboe, lui-même membre de la Nation Yankton Sioux Dakota.

Il insiste également sur la qualité des réponses obtenues en inuktitut. Si les entrevues avaient toutes été menées en anglais, les réponses n’auraient pas eu cette profondeur, affirme-t-il.

Personne ne rejette la médecine

Au Nunavik, toute personne recevant un diagnostic de tuberculose active doit obligatoirement suivre un traitement, en vertu de la loi québécoise. Le tribunal ou la police peuvent intervenir pour imposer les tests et le traitement.

Selon le Dr Geboe, l’une des conclusions majeures de l’étude est que, malgré leur réticence face aux mesures coercitives qui leur ont été imposées et les difficultés liées aux traitements, les résidents inuit interrogés reconnaissent la nécessité des traitements contre la tuberculose et adhèrent pleinement à la médecine occidentale.

Personne ne rejette la médecine. Ce que les participants nous ont dit, c’est qu’ils voulaient s’en sortir et régler ce problème.

Les répondants de l’étude n’en déplorent pas moins les épreuves jugées sérieuses et injustifiées auxquelles ils ont dû faire face jusqu’à maintenant dans leur région, selon ce qu’on lit dans le rapport.

Parmi les défis importants recueillis dans les témoignages, le rapport évoque les déplacements répétés hors de la communauté, l’isolement des patients, les traitements en observation directe, la peur des mesures coercitives et la menace d’expériences culturellement peu sûres dans les milieux où les soins sont prodigués.

Une mère de six enfants raconte qu’elle a, par exemple, été contrainte de se déplacer en avion à plusieurs reprises pour faire passer des radiographies à deux de ses enfants.

Certains participants ont également confié qu’ils avaient perdu leur emploi en raison de la période d’isolement requise pour traiter la maladie.

Miser sur l’expertise locale

Il est à noter que 14 communautés de la région sont accessibles uniquement par avion, le seul mode de transport pour accéder aux centres de soins de santé de Kuujuak.

Aux yeux de Shirley White-Dupuis, présidente du conseil de direction du Centre de santé Ungava Tulattavik, cette étude est susceptible d’encourager l’autodétermination dans la région et de favoriser la lutte contre la tuberculose.

D’un point de vue médical, il est important d’avoir des travailleurs inuit sur le terrain.

Shirley White-Dupuis plaide notamment pour que les administrateurs de santé publique du Nunavik soient autorisés par le ministère de la Santé du Québec à utiliser les machines à rayons X dans les communautés.

Photo du dispensaire de Salluit, gris et rouge, à l'extérieur.

Les dispensaires dans les communautés éloignées fournissent des soins de base et reçoivent le soutien des centres de santé régionaux plus importants, à Puvirnituq et à Kuujjuaq.

Photo : Cyril Gabreau

Trois autres communautés seraient dotées des équipements, mais des techniciens autorisés doivent s’y rendre par avion pour les faire fonctionner. Cela réduirait grandement le nombre de personnes devant voyager pour obtenir des radiographies, dit Shirley White-Dupuis.

Le Dr Ben Geboe croit que les résultats de l’étude contribueront à de meilleures pratiques qui permettront d’éradiquer la tuberculose au Nunavik.

Les résultats de l’étude démontrent que les résidents répondront favorablement si on leur fournit les ressources et si des gens sont présents dans leur communauté pour faire le travail, conclut-il.

Épidémie de tuberculose au Nunavik : la parole aux Inuit, mais à quel prix ?

117 cas de tuberculose au Nunavik en 2025, un record qui révèle l’absurdité d’un système de santé qui semble plus préoccupé par la coercition que par la guérison.

Une étude menée au Nunavik, dévoilée le 6 avril, a enfin donné la parole aux Inuit face à l’épidémie de tuberculose qui ravage la région. Mais, comme souvent, la réalité semble bien plus complexe que les promesses des autorités. Alors que les chiffres s’accumulent, la question demeure : qui écoute vraiment les voix de ceux qui souffrent ?

Ce qui se passe réellement

En 2025, le Nunavik a enregistré 117 cas actifs de tuberculose, un chiffre alarmant qui a fait réagir les autorités. À la mi-février, 13 nouveaux cas avaient déjà été signalés. L’étude de l’Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill (CUSM), menée de mars 2023 à mars 2024, se présente comme un projet de recherche-action participative, mais est-ce vraiment le cas ?

Des chercheurs recrutés sur le terrain

Pour la première fois, des chercheurs Inuit ont recueilli des témoignages dans leur langue maternelle. 156 Inuit de cinq communautés ont participé, mais cela soulève une question : pourquoi a-t-il fallu attendre si longtemps pour que ces voix soient entendues ? Le Dr Ben Geboe, premier auteur de l’étude, se dit impressionné par le nombre de participants, mais il serait peut-être temps de se demander pourquoi ces voix n’ont pas été sollicitées plus tôt.

Pourquoi cela dérange

Les témoignages recueillis révèlent des épreuves jugées « sérieuses et injustifiées ». Les déplacements hors de la communauté, l’isolement des patients, et la peur des mesures coercitives sont autant de défis qui soulignent l’inefficacité d’un système qui semble plus préoccupé par le contrôle que par la santé des individus.

Ce que cela implique concrètement

Les résidents Inuit doivent suivre un traitement obligatoire pour la tuberculose, sous peine d’intervention judiciaire. Cela soulève des questions éthiques : est-ce vraiment la meilleure façon d’aborder une crise sanitaire ? Les témoignages d’une mère de six enfants, contrainte de voyager pour des radiographies, illustrent l’absurdité d’un système qui ne prend pas en compte les réalités locales.

Lecture satirique

Les discours politiques promettent des solutions, mais la réalité est tout autre. « Personne ne rejette la médecine », affirment les participants, mais il est évident qu’ils souhaitent une médecine qui les écoute et les respecte. Les promesses de soins accessibles se heurtent à la dure réalité des déplacements en avion pour des soins de base. Une ironie qui frôle le cynisme.

Effet miroir international

À l’échelle mondiale, des politiques autoritaires, comme celles observées aux États-Unis ou en Russie, montrent que la coercition ne mène jamais à de véritables solutions. Le Nunavik n’est pas isolé dans cette lutte ; il représente un microcosme des dérives que l’on peut observer ailleurs.

À quoi s’attendre

Si les résultats de l’étude sont pris en compte, il est possible que des pratiques plus adaptées émergent. Mais sans un véritable changement de paradigme, les Inuit continueront à se battre non seulement contre la tuberculose, mais aussi contre un système qui semble les ignorer.

Sources

Source : ici.radio-canada.ca

Épidémie de tuberculose au Nunavik : la parole aux Inuit
Visuel — Source : ici.radio-canada.ca
Partager ici :
Leave a Comment

Comments

No comments yet. Why don’t you start the discussion?

Laisser un commentaire