Steinmeier veut rassurer ses voisins
Accueilli par Emmanuel Macron à l’Élysée, le président allemand a assuré que son pays resterait un « bon Européen » malgré les changements auxquels il est confronté. Il a expliqué qu’il lui importait particulièrement de rassurer ses voisins après les élections allemandes. La visite d’État s’est déroulée en France les 8 et 9 octobre 2026, selon l’Élysée. ([elysee.fr](https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2026/10/08/visite-detat-de-frank-walter-steinmeier-president-de-la-republique-federale-dallemagne?utm_source=openai))
Cette volonté d’apaisement intervient dans un contexte politique tendu des deux côtés du Rhin. En Allemagne, la CDU du chancelier Friedrich Merz a connu des revers électoraux en septembre, tandis que l’AfD arrive en tête dans les sondages nationaux évoqués par DW. En France, le gouvernement centriste est minoritaire et Marine Le Pen est présentée comme une candidate ayant de sérieuses chances pour la prochaine présidentielle.
Pour Stefan Seidendorf, directeur adjoint de l’Institut franco-allemand de Ludwigsburg, les calculs politiques intérieurs limitent la capacité des dirigeants à porter de grandes initiatives européennes. L’idée d’un tandem franco-allemand moteur de l’Union européenne, estime-t-il, est également moins évidente dans le débat public.
Des inquiétudes allemandes encore mal comprises à Paris
L’ambassadeur de France à Berlin, François Delattre, considère que la France n’a pas pleinement mesuré les bouleversements auxquels l’Allemagne fait face depuis le début de la guerre en Ukraine. Il cite notamment les difficultés énergétiques, les craintes de désindustrialisation, la concurrence chinoise, les relations avec l’administration Trump et la progression de l’AfD.
Selon lui, l’Allemagne, autrefois plus sûre d’elle, traverse une période de doute. Cette évolution constitue, estime-t-il, un changement important pour les Français.
La défense, entre coopération et projets en difficulté
Les désaccords sont aussi concrets dans le domaine de la défense. Deux programmes communs majeurs, l’avion de combat FCAS et le char de nouvelle génération MGCS, ont échoué. Après l’abandon du FCAS, Paris et Berlin ont toutefois ouvert des discussions sur une possible extension de la protection nucléaire française à des partenaires européens. Cette proposition d’Emmanuel Macron a reçu un accueil favorable du gouvernement allemand.
Les échanges portent également sur des projets européens liés au renseignement à longue distance et aux systèmes d’armes de précision. Stefan Seidendorf souligne que la décision d’employer l’arsenal nucléaire resterait, en dernier ressort, sous contrôle français.
Sur le Proche-Orient, Paris et Berlin ne partagent pas la même position sur la reconnaissance d’un État palestinien. La proposition française suscite de fortes réserves en Allemagne, qui entretient des relations étroites avec Israël et considère sa sécurité comme une raison d’État.
Le financement européen constitue un autre point de friction. Paris défend depuis longtemps davantage d’emprunts communs et de dettes mutualisées. Berlin y est réticent, craignant que l’Allemagne, dont les finances publiques sont jugées plus solides, ne prenne à sa charge une partie de l’endettement français. Cette divergence nourrit aussi l’opposition allemande à une hausse importante du budget pluriannuel de l’Union européenne.
Un partenariat appelé à durer
La perspective d’une victoire de Marine Le Pen à la présidentielle française soulève des interrogations sur la coopération future. Selon Seidendorf, une présidence RN pourrait compliquer les discussions bilatérales, notamment si le discours politique se faisait plus critique envers l’intégration européenne et l’Allemagne. Il n’anticipe toutefois pas une rupture : les liens entre les deux pays reposent aussi sur les partenariats entre villes, les échanges scolaires, les associations et les initiatives de la société civile.
Le chancelier Friedrich Merz a, pour sa part, assuré que « la main de l’Allemagne resterait toujours tendue » à la France, quel que soit le choix des électeurs. François Delattre s’est également montré confiant dans la solidité de la relation entre les deux pays.
Auteur : Christoph Hasselbach et Georges Ibrahim Tounkara
Source : DW-WORLD´s French Homepage (www.dw.com)
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