Des revenus très variables selon les pays
La rémunération à l’article varie fortement d’un pays à l’autre. Selon des tarifs recueillis par Voxeurop auprès de pigistes et de représentants de journalistes, une contribution peut être payée de 25 à 125 euros en Pologne, de 50 à 130 euros en Italie, de 70 à 200 euros en Bulgarie, de 200 à 250 euros en Croatie et autour de 100 euros en Albanie.
En Italie, les données de l’INPGI citées par le magazine La Via Libera montrent l’ampleur des écarts de revenus : six journalistes sur dix gagneraient moins de 35 000 euros bruts par an. Parmi les indépendants, près de la moitié percevraient moins de 5 000 euros annuels, et 80 % pas plus de 20 000 euros. Francesco Guidotti, fondateur d’un projet recensant les tarifs de la presse italienne, rapporte que des brèves peuvent être payées entre deux et dix euros bruts ; le tarif souvent signalé pour un article est de 50 euros.
En Espagne, Ana Martínez, du syndicat Comisiones Obreras, estime que les professionnels des médias ont perdu entre 25 et 30 % de leur pouvoir d’achat depuis la crise économique de 2008, les salaires n’ayant pas suivi l’inflation. Ces données et témoignages décrivent des situations nationales différentes, mais convergent sur le poids des faibles rémunérations et de l’instabilité.
Le travail indépendant, parfois subi
Une enquête du projet TakTak, menée avec Display Europe à partir de 436 réponses recueillies dans 33 pays européens, donne un aperçu des conditions de travail déclarées par les participants. Environ 52 % exerçaient en indépendant ou sous une autre forme de contrat que le salariat. Parmi les répondants, 60 % disaient avoir connu un épuisement professionnel et 62 % devoir exercer une autre activité pour compléter leurs revenus. L’enquête ne prétend pas représenter l’ensemble des journalistes européens ; ses résultats décrivent les personnes qui y ont répondu. ([taktak.media](https://taktak.media/2025/03/27/new-survey-of-europes-journalists-finds-more-than-60-are-forced-to-work-other-jobs/?utm_source=openai))
Irene Caselli, qui a participé aux travaux du projet, considère que le terme « freelance » peut masquer une absence de choix : certaines rédactions ne proposeraient pas d’autre statut. Les revenus d’appoint peuvent aussi conduire des journalistes à exercer des activités de relations publiques, soulevant, selon elle, un risque potentiel de conflits d’intérêts. ([voxeurop.eu](https://voxeurop.eu/fr/journalisme-metier-passion-precarite/?utm_source=openai))
Une pression qui touche aussi la santé mentale
Les préoccupations financières s’ajoutent, selon l’EFJ, aux suppressions de postes, à la concentration des médias, aux difficultés rencontrées par les médias publics et aux menaces en ligne. Sa chargée de projets et de politiques, Rebecca Bonello Ghio, indique que la question économique revient dans les échanges avec des journalistes salariés comme avec des pigistes.
Une étude publiée en octobre 2025 par l’EFJ et l’organisation The Self-Investigation associe le stress d’un environnement très compétitif, le rythme continu de l’information, les bas salaires et l’insécurité de l’emploi à des problèmes de santé mentale. Une autre recherche, publiée en décembre 2025, s’appuie sur plus de 140 entretiens menés entre 2022 et 2025 auprès de journalistes français et belges de moins de 30 ans. Dans cet échantillon, les chercheurs relèvent des témoignages de stress chronique et, pour certains, de burn-out. ([europeanjournalists.org](https://europeanjournalists.org/blog/2025/10/09/stand-up-for-journalism-new-report-calls-for-stronger-mental-health-frameworks-in-media-organisations/?utm_source=openai))
Pour Mark Deuze, chercheur à l’Université d’Amsterdam, la précarité et les fortes charges de travail sont des traits structurels de l’industrie des médias, qui s’appuie sur la passion de ses travailleurs. Il estime toutefois que ceux-ci sont aujourd’hui davantage enclins à faire entendre leurs revendications et à s’organiser collectivement.
Un avis européen sans force contraignante
Le Comité économique et social européen (CESE) a adopté, le 3 décembre 2025, un avis consacré aux droits professionnels des journalistes et des travailleurs des médias. Il appelle notamment à soutenir l’emploi de qualité, le dialogue social et la négociation collective, y compris pour les indépendants. Cet avis formule des recommandations : il n’est pas juridiquement contraignant. ([eesc.europa.eu](https://www.eesc.europa.eu/fr/our-work/opinions-information-reports/opinions/les-droits-des-journalistes-et-des-professionnels-des-medias-en-matiere-de-travail-en-tant-que-garanties-dindependance?utm_source=openai))
Mesurer précisément le nombre de journalistes reste difficile, car les catégories statistiques ne coïncident pas toujours avec la profession. Eurostat recensait 868 700 personnes employées dans l’Union européenne en 2023 comme « auteurs, journalistes ou linguistes », une catégorie qui regroupe trois métiers. Ce chiffre ne correspond donc pas au seul nombre de journalistes. ([ec.europa.eu](https://ec.europa.eu/eurostat/web/products-eurostat-news/w/ddn-20250502-1?utm_source=openai))
Publié le 7 octobre 2026, le constat dressé par Voxeurop met ainsi en regard fragilité économique, conditions de travail et santé mentale. Les chiffres disponibles ne décrivent pas une situation uniforme à l’échelle européenne, mais les enquêtes et témoignages cités font ressortir des préoccupations récurrentes, notamment sur les revenus, la stabilité de l’emploi et l’épuisement. ([voxeurop.eu](https://voxeurop.eu/fr/journalisme-metier-passion-precarite/?utm_source=openai))
Source : Voxeurop (voxeurop.eu)
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Auteur : Adrian Burtin



