Kalachnikov et Paix : L’Arménie entre Célébration et Contradiction
À Meghri, une jeune fille monte une kalachnikov sous les applaudissements, pendant que le gouvernement prêche la paix. Ironie du sort ?
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Le chronomètre est lancé. La jeune fille, fébrile, s’empare de la kalachnikov et s’efforce de monter l’arme le plus vite possible. Elle peine à emboîter une pièce, grimace, puis recommence. Autour d’elle, ses camarades l’encouragent. L’adolescente ajoute le chargeur à toute vitesse, pose l’AK-47 sur la table et lève les mains en l’air. Regard inquiet vers son professeur : « Combien de temps ? » Un peu moins d’une minute. Elle laisse éclater sa joie, sous les applaudissements des élèves.
Ce qui se passe réellement
Ce 28 janvier, l’Arménie commémore la Journée de l’armée, instaurée en 1992, pendant la première guerre contre l’Azerbaïdjan pour le contrôle de l’enclave séparatiste du Haut-Karabakh (1988-1994). Comme chaque année, la mairie de Meghri, petite ville de 5 000 habitants à l’extrémité sud du pays, organise une cérémonie pour célébrer ses soldats, ainsi qu’un concours destiné aux élèves. Dans cette ancienne république soviétique du Caucase, un enseignement militaire est obligatoire à l’école, à partir de 14 ans.
Mais cette discipline semble presque anachronique tant, depuis sept mois, il n’est question que de « paix » dans le pays. Le mot est martelé à chaque occasion par le gouvernement, déterminé à normaliser ses relations avec l’Azerbaïdjan, après plus de trois décennies de conflit. Le premier ministre, Nikol Pachinian, a pris acte de la défaite écrasante de 2020, face à Bakou, dans le Haut-Karabakh, et de la chute de l’enclave séparatiste, en septembre 2023, lors d’une offensive éclair azerbaïdjanaise. Il entend désormais sauver ce qui reste de l’Arménie, petit pays de 3 millions d’habitants, enclavé, en évitant un nouveau conflit et en le sortant de l’isolement.
Pourquoi cela dérange
Il est difficile de ne pas sourire (jaune) en voyant des enfants s’exercer à manier des armes dans un pays qui prône la paix. Cette scène, à la fois tragique et comique, illustre parfaitement l’absurdité d’un enseignement militaire obligatoire dans un contexte où le gouvernement tente désespérément de tourner la page d’un passé conflictuel. La promesse de paix semble, en effet, se heurter à une réalité où les jeunes sont formés à devenir des soldats.
Ce que cela implique concrètement
La célébration de l’armée, tout en prônant la paix, crée un décalage flagrant. Les jeunes sont formés à la guerre alors que le discours officiel vante les mérites de la réconciliation. Cela soulève des questions sur l’avenir de la jeunesse arménienne : seront-ils des bâtisseurs de paix ou des soldats en devenir ?
Lecture satirique
Le gouvernement arménien, en prônant la paix tout en organisant des concours de montage de kalachnikov, semble jouer un numéro de jonglage. La promesse d’un avenir pacifique est éclipsée par le bruit des armes. En fin de compte, l’Arménie pourrait bien devenir le pays où l’on apprend à faire la paix… avec une kalachnikov à la main.
Effet miroir international
Cette situation n’est pas sans rappeler d’autres pays où les discours de paix se heurtent à des réalités militarisées. Les États-Unis, avec leur culture des armes, et la Russie, avec son militarisme omniprésent, montrent que le chemin vers la paix est souvent pavé de contradictions. L’Arménie, en s’engageant dans cette voie, pourrait bien devenir un nouvel exemple de ce paradoxe.
À quoi s’attendre
Si cette tendance se poursuit, l’Arménie pourrait se retrouver dans une situation encore plus complexe, où la jeunesse, formée à la guerre, pourrait être appelée à défendre un pays qui prône la paix. Une ironie tragique qui pourrait avoir des conséquences désastreuses sur le tissu social et politique du pays.
Sources




