L’affirmation vérifiée
Dans une tribune consacrée aux finances publiques, publiée sur le compte LinkedIn de la FEB le 2 septembre 2026, la fédération écrit : « Depuis 2000, l’emploi dans le secteur public a crû plus de deux fois plus vite que dans le secteur privé », puis précise : +43,0 % contre +19,4 %. La tribune, signée par Pieter Timmermans sur le site de la FEB, utilise cette comparaison pour défendre une norme limitant la croissance de l’emploi public. C’est l’évolution des effectifs qui est examinée ici, non l’opportunité de cette proposition. (fr.linkedin.com)
Ce que montrent les faits
Le calcul arithmétique n’est pas en cause : 43,0 divisé par 19,4 donne environ 2,2. Dans les catégories retenues par la FEB, la hausse affichée est donc supérieure au double. Ce résultat ne suffit toutefois pas à établir que les emplois relevant d’employeurs publics ont, eux aussi, progressé à ce rythme. Avant de comparer deux courbes, il faut savoir quels travailleurs figurent dans chacune. (vbo-feb.be)
La différence décisive concerne notamment la santé et l’action sociale, que la FEB inclut dans son périmètre élargi de l’emploi public. Or une activité n’est pas un statut d’employeur : travailler dans les soins ne signifie pas nécessairement travailler pour une administration. La distinction n’est pas qu’une querelle de vocabulaire. Elle détermine le numérateur du taux de croissance présenté comme celui du « public ». (vbo-feb.be)
La vérification
L’ONSS classe principalement les emplois publics selon l’entité juridique qui emploie le travailleur. Sa méthode laisse dans le privé certaines associations, y compris lorsqu’elles ont été créées par les pouvoirs publics, et précise que la frontière entre public et privé dépend des critères choisis. Elle ne consiste donc pas à transférer toute une branche d’activité vers le public au motif que ses services peuvent être financés par la collectivité. La classification de l’ONSS n’est pas elle-même une définition universelle : elle comporte, entre autres, des règles particulières pour l’enseignement. Mais elle rend explicite ce que mesure son indicateur. (onss.be)
Autre repère indépendant : dans une étude sur l’emploi public belge, le Bureau fédéral du Plan distinguait déjà l’emploi des administrations publiques de l’activité de santé, alors classée hors de ce secteur institutionnel. Cette étude, ancienne, ne fournit pas à elle seule les effectifs de 2026 ; elle montre pourquoi on ne peut pas assimiler automatiquement les soignants aux agents des administrations. La Banque nationale rappelle de son côté que, dans les comptes nationaux, les « administrations publiques » constituent un secteur institutionnel défini par des critères propres, et non par la seule activité exercée. (plan.be)
Un exemple récent illustre l’effet concret de ces frontières. L’ONSS signale qu’au premier trimestre 2025, des opérations dans les soins de santé ont fait passer près de 4 000 postes de sa catégorie « secteur public » à sa catégorie « secteur privé ». Un poste peut ainsi changer de catégorie statistique sans que cette opération démontre, à elle seule, la création ou la disparition d’un emploi. L’ONSS invite d’ailleurs à tenir compte de tels transferts dans les comparaisons chronologiques. (onss.be)
Cette vérification ne reconstitue pas un taux de croissance alternatif sur l’ensemble de la période 2000-2026. Pour le faire rigoureusement, il faudrait appliquer une définition stable aux deux dates, préciser s’il s’agit de personnes, de postes ou d’équivalents temps plein, et tenir compte des changements de classement. Les données trimestrielles détaillées de l’ONSS publiées en août 2026 allaient jusqu’au premier trimestre 2026 ; ses chiffres plus récents pour le deuxième trimestre étaient des estimations rapides. Ils ne constituent pas, tels quels, une reproduction du calcul de la FEB depuis 2000. (onss.be)
Les sources et les données
La formulation et les pourcentages proviennent de la FEB. La portée du mot « public » a été confrontée aux méthodes de l’ONSS, à la définition des secteurs institutionnels présentée par la Banque nationale et à une étude du Bureau fédéral du Plan. Ces sources permettent de contrôler le sens de la comparaison, mais pas de certifier indépendamment, avec le même périmètre et sur toute la période, chacun des deux taux publiés par la FEB. (fr.linkedin.com)
Verdict
Verdict : trompeur. Les deux pourcentages annoncés produisent bien un rapport supérieur à deux. Présenté simplement comme une comparaison entre « emploi public » et « emploi privé », ce rapport masque toutefois un choix de classement déterminant : la FEB intègre notamment la santé et l’action sociale dans une catégorie publique élargie. Il ne faut pas lire son chiffre comme la mesure établie de la croissance des seuls emplois chez les employeurs publics. Les éléments examinés ne permettent pas non plus d’en déduire qu’une embauche publique supprime mécaniquement un poste privé. (vbo-feb.be)
Ce qu’il faut retenir
La question utile n’est pas seulement « deux fois plus vite ? », mais aussi « quels emplois compte-t-on de chaque côté ? ». Le calcul de la FEB répond à la première question selon son propre périmètre. Il ne règle pas la seconde, indispensable pour comprendre ce que signifie réellement « emploi public ». (vbo-feb.be)
Source principale : – Faky (fact checking) (www.rtbf.be)
Article original : Consulter la source originale
Auteur : rtbf.info@rtbf.be (Gwenaël Poleyn)
Sources de vérification
- FEB — tribune contenant l’affirmation vérifiée
- FEB — publication datée du 2 septembre 2026
- ONSS — méthode de classement des secteurs public et privé
- ONSS — analyse de l’emploi et précautions de comparaison
- Banque nationale de Belgique — classification des secteurs institutionnels
- Bureau fédéral du Plan — l’emploi public belge dans une perspective internationale



