Éducation à trois vitesses : le culot de Charles Milliard
Le nouveau chef libéral, Charles Milliard, réclame un rapport Parent 2.0 tout en évitant le débat sur l’école à trois vitesses. Ironique, non ?
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Il faut du culot pour demander un rapport Parent 2.0 en éducation, comme le fait Charles Milliard, tout en faisant l’impasse sur l’école à trois vitesses. Ce dernier est le mammouth dans la classe qui milite pour l’exercice. De tous les maux qui affligent notre système scolaire, l’inégalité des chances est sans doute le plus dévastateur, impactant diplomation, persévérance et réussite des apprentissages.
Ce qui se passe réellement
Le système québécois se divise en trois catégories : une école privée lourdement subventionnée (mais inaccessible pour la majorité), une école publique à projets particuliers sélectifs (également hors de prix pour plusieurs) et une école « en rien », comme l’appellent tragiquement les élèves qui la fréquentent. En 2016, le Conseil supérieur de l’éducation a révélé que le Québec possède le système scolaire le plus inégalitaire au Canada. Trop d’élèves ne s’épanouissent pas, simplement parce qu’ils sont nés dans le mauvais code postal. Par exemple, 15 % des élèves d’une école secondaire publique accèdent à l’université, contre 51 % pour ceux des programmes spécialisés et 60 % pour le privé.
Ce système est donc une machine à reproduire les inégalités, malgré les dénégations du gouvernement. En 2023, Bernard Drainville, alors ministre de l’Éducation, a qualifié ces données de « idéologiques », arguant qu’un étudiant en métier spécialisé pourrait être aussi heureux qu’un universitaire. Pas faux, mais à côté de la plaque. Ce n’est pas au système de classes sociales de décider qui accède aux échelons supérieurs de l’éducation.
Pourquoi cela dérange
La note d’un enfant de 11 ans à un test d’admission reflète plus le niveau socioéconomique de sa famille que son potentiel. Ce potentiel ne se limite pas à une cote Z ; il se révèle aussi dans l’accompagnement adéquat. Or, cette persévérance ne peut s’épanouir dans un environnement appauvri. Les élèves performants et les familles mobilisées ont été aspirés ailleurs. La mixité, elle, est associée à de meilleurs résultats globaux sans nuire aux élèves forts.
Ce que cela implique concrètement
Ce n’est plus un système, c’est un marché, en décalage avec les fondements moraux du rapport Parent de 1962, qui prônait un enseignement centré sur l’enfant. Ceux « en rien » n’ont pas accès à cet idéal. Un idéal qui n’a rien de woke, mais qui est basé sur des principes pédagogiques universels, édictés par Comenius au XVIIe siècle.
Lecture satirique
Le définancement du réseau privé n’est pas une solution. Les perturbations qui en découleraient feraient des enfants les cobayes d’une réingénierie sociale aux résultats incertains. Guy Rocher, un des auteurs du rapport Parent, a proposé de créer un réseau d’écoles publiques et privées conventionnées, financées comme l’école publique et accessibles sans sélection. Mais qui a le temps d’écouter ces suggestions sensées quand on peut se perdre dans des débats idéologiques ?
Effet miroir international
Si l’on regarde du côté des États-Unis ou de la Russie, on voit des dérives autoritaires qui, comme notre système éducatif, semblent ignorer les inégalités criantes. Les discours politiques se déconnectent de la réalité, et les promesses se heurtent à un mur de contradictions.
À quoi s’attendre
Si cette tendance se poursuit, nous risquons de voir une génération d’élèves « en rien » grandir dans un système qui les marginalise, tout en prétendant promouvoir l’égalité des chances. Une belle ironie, n’est-ce pas ?



