Djibouti : Omar Guelleh, le roi sans couronne, se prépare à son sixième mandat
Le président Ismaïl Omar Guelleh, au pouvoir depuis 27 ans, s’apprête à décrocher un nouveau mandat dans un pays où l’opposition est aussi visible qu’un mirage dans le désert.
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À Djibouti, le 10 avril, les électeurs sont conviés à une élection qui promet d’être aussi palpitante qu’un match de ping-pong entre deux murs. Ismaïl Omar Guelleh, 78 ans, surnommé IOG, est le grand favori, non pas parce qu’il a séduit les foules, mais parce qu’il n’a qu’un seul adversaire, Mohamed Farah Samatar, qui pourrait tout aussi bien être un hologramme tant il est inconnu du grand public.
Ce qui se passe réellement
Guelleh, qui a succédé à Hassan Gouled Aptidon en 1999, a su naviguer dans les eaux troubles de la politique djiboutienne sans véritable opposition. Sa campagne a débuté le 26 mars, avec des déplacements à travers le pays, toujours vêtu de vert, comme s’il était le héros d’un film de super-héros local. Dans une région où l’instabilité est la norme, il se présente comme le garant de la « stabilité », un peu comme un pompier qui met le feu à la maison avant d’arriver avec un seau d’eau.
Djibouti, ce petit territoire de 23 000 km², est coincé entre l’Éthiopie, l’Érythrée et le Somaliland, un pays autoproclamé qui n’existe que dans les rêves de ses habitants. La présence militaire de puissances comme les États-Unis et la Chine transforme Djibouti en un véritable parc d’attractions géopolitique, où les bases militaires sont les manèges et les conflits, les spectacles de magie.
Une position géographique stratégique
Le pays sait tirer profit de sa position stratégique, mais reste vulnérable. Les activités portuaires, représentant 70 % de son PIB, dépendent presque entièrement de l’Éthiopie, un peu comme un enfant qui ne peut pas se passer de son doudou. Et avec l’Iran menaçant d’ouvrir un « nouveau front » dans le Bab el-Mandeb, la situation pourrait rapidement tourner au vinaigre.
Le 10 avril, 256 000 électeurs sont appelés aux urnes, mais la plupart d’entre eux savent déjà que leur vote n’aura pas d’impact. « C’est une compétition de façade », résume Sonia le Gouriellec, et on ne peut qu’applaudir la performance.
Un parti d’opposition « inféodé au pouvoir »
L’opposition, fragmentée et muselée, a boycotté les élections depuis une décennie. Le seul candidat face à Guelleh est un ancien membre de son propre parti, ce qui donne à cette élection des allures de pièce de théâtre absurde. Omar Ali Ewado, président de la Ligue djiboutienne des Droits humains, qualifie cette élection de « mascarade » et, à juste titre, on se demande si les Djiboutiens ne devraient pas plutôt s’inscrire à un cours de théâtre.
Djibouti est classé 168e sur 180 en matière de liberté de la presse, un exploit qui mérite une mention spéciale dans le livre des records. Les médias d’État règnent en maîtres, et le chef de l’État est accusé de favoriser sa communauté au détriment des autres.
Pourquoi cela dérange
La modification de la Constitution pour permettre à Guelleh de briguer un sixième mandat, après avoir été réélu avec plus de 97 % des voix lors de la dernière élection, soulève des questions sur la démocratie à Djibouti. Mais qui a besoin de démocratie quand on peut avoir un roi sans couronne ?
Ce que cela implique concrètement
La situation actuelle ne fait qu’accentuer l’absence de véritable démocratie et de pluralisme politique. Les Djiboutiens sont pris en otage par un système qui ne laisse aucune place à l’alternance.
Lecture satirique
Le discours politique de Guelleh, qui se veut rassurant, est en réalité un décalage comique entre promesses et réalité. « Stabilité » et « développement » sont des mots à la mode, mais dans les faits, ils ressemblent davantage à des slogans publicitaires qu’à des engagements concrets.
Effet miroir international
Dans un monde où des leaders autoritaires prospèrent, Djibouti n’est qu’un exemple parmi tant d’autres. Les dérives de Guelleh rappellent les politiques de certains dirigeants en Russie ou aux États-Unis, où la démocratie est souvent mise à mal au profit d’intérêts personnels.
À quoi s’attendre
Si la santé de Guelleh lui permet de continuer, il est probable que Djibouti reste figé dans cette mascarade électorale. Les Djiboutiens devront s’accrocher à leur sens de l’humour pour survivre dans cette comédie tragique.



