Avec Le poids des cages, son deuxième roman, la chanteuse et écrivaine guyanaise Saïna Manotte poursuit une saga familiale traversée par les luttes politiques et sociales de son territoire. Le récit, centré sur Adélaïde et sa fille Angèle, prend pour toile de fond les manifestations lycéennes de 1996. L’autrice explique s’appuyer sur des événements historiques pour raconter des parcours humains, sans chercher à écrire des romans historiques.

Une saga familiale au fil des luttes guyanaises

Publié après Un zakari et une danse, paru en 2023, Le poids des cages poursuit l’histoire de la famille de Nini. Dans le premier tome, cette matriarche née en 1940 voit son parcours croiser les soulèvements populaires pour l’autonomie qui secouent la Guyane en 1962.
Le deuxième volet déplace le récit vers 1996 et place Adélaïde, la fille de Nini, au cœur de l’intrigue. Sympathisante de la cause décoloniale, elle reste d’abord à l’écart des actions militantes, tiraillée par sa vie bourgeoise et les conventions qui l’entourent. Lorsque des jeunes descendent dans la rue pour réclamer des réformes de l’enseignement, sa fille Angèle rejoint le mouvement et en devient une figure centrale. Cet engagement entraîne aussi Adélaïde dans la lutte.
Le roman fait ainsi se rencontrer deux aspirations à la liberté : celle d’un pays qui veut s’affranchir des vestiges du colonialisme et celle d’une femme qui cherche à s’émanciper des normes sociales. Les prénoms des héroïnes portent eux-mêmes une dimension symbolique. Selon Manotte, Adélaïde renvoie à une esclave affranchie, Angèle à Angela Davis et Eugénie à Eugénie Eboué, figure politique guyanaise.
Écrire la Guyane sans l’idéaliser
Manotte raconte que son passage à l’écriture s’est concrétisé pendant le confinement, alors qu’elle disposait enfin du temps nécessaire pour coucher ses idées et ses émotions sur le papier. Le roman lui offre un espace plus ample que la chanson pour explorer les réalités de la Guyane, ses contradictions et les liens entre histoire collective et histoires intimes.
La musique reste une part de son parcours, mais ses deux activités ont aussi rapproché des publics différents. Certains lecteurs ont découvert ses chansons après avoir lu ses romans ; d’autres, qui la connaissaient d’abord comme chanteuse, se sont tournés vers ses livres. L’autrice observe que ces publics ne passent pas tous de la musique à la littérature de la même manière.
Les femmes occupent une place centrale dans les deux ouvrages. Manotte se définit comme féministe et souligne l’importance des femmes dans sa propre famille, où sa grand-mère, mère de neuf enfants, tenait un rôle fédérateur. Dans ses romans, elle aborde notamment l’émancipation féminine, la transmission entre générations et la mémoire des luttes guyanaises.
Des faits documentés au service des personnages
Pour ancrer ses récits dans leur contexte, l’écrivaine dit s’être documentée et avoir échangé avec des témoins. Pour le premier tome, elle s’est notamment appuyée sur les souvenirs de sa grand-mère, née en 1940. Pour Le poids des cages, elle a dialogué avec Jean-Victor Castor, député de la Guyane et témoin des drames liés au mouvement lycéen de 1996.
Ces épisodes historiques nourrissent les romans, mais ne constituent pas leur finalité. Manotte les mobilise pour raconter la résilience des femmes, le poids des conventions et les effets de la domination coloniale sur les colonisés comme sur les colonisateurs. Un troisième tome est envisagé par l’autrice, qui indique qu’il n’existe encore que dans son imagination et qu’il s’appuierait lui aussi sur des événements marquants de la vie politique guyanaise.
Le poids des cages, de Saïna Manotte, est publié aux Éditions Au Maximum. Le livre compte 258 pages et est proposé au prix de 20 euros.
Source : RFI – Actualités, info, news en direct – Radio France Internationale (www.rfi.fr)
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Auteur : Tirthankar Chanda







