C’est sur les quais rénovés de Conflans-Sainte-Honorine, l’une des réalisations de ses deux mandats que nous avons donné rendez-vous à Laurent Brosse. L’ancien maire (Horizons) de la commune des Yvelines de 37 000 habitants ne s’est plus exprimé publiquement depuis le 22 mars et sa défaite (pour 590 voix) lors du second tour.

« Il y a une certaine brutalité dans la façon dont cela se déroule, confie l’élu qui avait viré en tête au premier tour. Maire le dimanche, à 23 heures c’est perdu et dès le lundi après-midi, je fais mes cartons ! C’est une fin de mandat sans préavis. Pendant deux jours, je l’ai assez mal vécu… »

Les nombreux messages de soutien l’ont aidé à traverser ce moment, comme celui de Raphaël Cognet, également battu à Mantes-la-Jolie – « je crois bien que toi et moi, on va changer de vie », lui a-t-il écrit – ou celui « très bienveillant » de Valérie Pécresse, la présidente de la région Ile-de-France.

« Consacrer davantage de temps aux personnes que j’aime »

Dès l’annonce de la victoire de son adversaire Raphaël Prats, candidat écologiste rallié par le PS et le centre, Laurent Brosse, 40 ans, avait fait état de ses intentions sur Facebook. Avec une photo le montrant de dos avec ses garçons de 12 et 10 ans sur les bords de la mer du Nord. Et un message débuté par « l’aventure s’arrête là » et achevé par ces mots : « je vais désormais me tourner vers de nouveaux horizons… »

« Je souhaitais une photo hors des clous de la politique. Devant la mer du Nord, un endroit qui m’est cher, et avec mes enfants, cela montre une envie de prendre du recul pour un temps », justifie ce père divorcé, fils d’une mère née en Belgique.

Vacances à Miami avec ses garçons, puis découverte du Japon

Si l’intéressé conserve son mandat de conseiller départemental, pourquoi refuser de siéger dans l’opposition de sa ville ? « Quand on est leader d’une équipe et qu’on perd, il faut assumer, et se retirer, dit-il. Je suis en partie responsable de cette défaite, et c’est un principe moral chez moi. Ensuite, j’aurai manqué de temps, car j’ai repris à 100 % mon métier d’avocat (en droit du travail), et quand je m’investis c’est à fond. Enfin, il y a l’envie de consacrer plus de temps à mes proches. Je veux inverser l’ordre des priorités, et désormais la politique passe après. »

Passionné de voyages et d’art, il a programmé durant les prochaines vacances 10 jours à Miami, avec ses garçons, puis un séjour à deux cet été au Japon. Il vient de passer deux week-ends dans des expositions, au Grand Palais. « Je prends du temps pour moi et me surprends à dire à mes proches : c’est donc ça un week-end normal ! Avant, tout était chronométré. »

« Mes affaires personnelles ont pesé »

Trois semaines après sa défaite, il dit avoir « totalement coupé, ce qui fait un bien fou. » A-t-il pris le temps de comprendre les raisons qui ont menées à son échec ? « Je sais que mes affaires personnelles (NDLR : condamnation pour harcèlement, violences et tentative d’agression sexuelle sur son ex-compagne) ont pesé, joué un rôle important, ça c’est certain et il ne faut pas se cacher. Parce que j’ai la prétention de penser que le bilan politique était bon, vraiment. En terme d’aménagements, d’équipements, sur le plan financier, beaucoup de choses ont été faites. Après, il y a les circonstances politiques et cette triple alliance inattendue entre macronistes et gauche qui a joué, comme le maintien du RN qui conduit à une triangulaire, un scénario toujours défavorable à la droite républicaine. »

Sur ce dernier point, le premier maire de droite de Conflans-Sainte-Honorine depuis 1977 nous révèle qu’il a contacté Emmanuelle Fortin, la candidate RN, dans l’entre deux-tours. « Je l’ai appelée pour l’inviter à se retirer car il y avait un risque important que la ville rebascule à gauche, elle n’a pas voulu. »

Le 15 mars dernier, Laurent Brosse proclame les résultats au terme du premier tour. En tête, il sera finalement battu la semaine suivante par Raphaël Prats. LP/Marin Guillon Verne
Le 15 mars dernier, Laurent Brosse proclame les résultats au terme du premier tour. En tête, il sera finalement battu la semaine suivante par Raphaël Prats. LP/Marin Guillon Verne

Même si son clan a déposé un recours contre l’élection de son adversaire, il dit avoir tourné la page « sans rancoeur, ni amertume. » « Ce mandat de 12 ans‚ c’est 12 ans de plus que ce que j’avais imaginé au départ, estime-t-il. J’ai toujours eu à l’esprit que cela s’arrêterait un jour. Pour un 3e mandat, je me suis même posé la question de savoir si j’en avais encore envie. »

L’assassinat de Samuel Paty, « gravé à vie »

De son passage à l’hôtel de ville, celui qui n’a eu « aucun contact » avec son successeur, dit « avoir beaucoup appris sur lui-même ». « J’étais très réservé au début et je n’allais pas facilement vers les autres, mais il a fallu gérer la collectivité, avec ses 750 agents. Des projets resteront pour des décennies, c’est une fierté pour moi et mon équipe. Un maire doit donner de lui-même. »

L’assassinat de Samuel Paty, le 18 octobre 2020, aura aussi évidemment marqué l’élu de la ville dans laquelle le professeur d’histoire enseignait. « C’est gravé à vie, un choc en tant que maire mais encore plus en tant qu’homme. Personne n’est préparé à vivre cela. » Laurent Brosse pense d’ailleurs qu’il n’ira pas voir le film « L’Abandon », présenté au prochain festival de Cannes : « Pour être franc, je suis un peu gêné parce que c’est du cinéma. Ce drame est encore récent, je trouve que c’est curieux de faire un film aussi vite. »

Conflans-Sainte-Honorine : quand le maire se découvre un goût prononcé pour les vacances

Laurent Brosse, maire défait, jongle entre résilience et vacances familiales après sa chute politique, révélateur d’un système où l’ambition personnelle semble primer sur le service public.

Sur les quais flambant neufs de Conflans-Sainte-Honorine, joyau de ses mandats, Laurent Brosse nous apparaît le visage marqué par une défaite électorale. L’ancien maire, propulsé au sommet finançant l’illusion d’une ville qui respire, se retrouve désormais englué dans un constat amer : le politiquement correct a frappé à sa porte, et avec lui, une réalité sans appel. Il ne s’est pas encore remis de sa défaite – perdue pour 590 voix seulement – et il s’engouffre dans son nouveau rôle de père divorcé en quête d’horizons plus sereins.

Ce qui se passe réellement

« Maire un dimanche, cartons le lundi à 14h », s’exclame-t-il, faisant part de la brutalité d’une politique qui ne laisse place à aucun répit. Commencer par une victoire éclatante le premier tour, puis finir avec les larmes et les cartons par la suite, voilà l’ironie d’une démocratie tour à tour capricieuse. Ses nombreux soutiens, comme ceux de Valérie Pécresse, ne semblent pas suffire à le convaincre que le monde politique est autre chose qu’un champ de bataille.

Pourquoi cela dérange

La contradiction est frappante : un homme qui, après deux mandats, croit que son bilan est « meilleur qu’on ne le pense ». Le clivage entre réussite personnelle et échec électoral illustre la déconnexion de nos élus. Peut-on vraiment se délester de ses responsabilités et partir en tournée de vacances à Miami avec ses enfants, tout comme on met fin à un mandat ?

Ce que cela implique concrètement

La ville de Conflans-Sainte-Honorine, sous la tutelle de l’UMP, a subi des coupures de budget flagrant, traduisant une gestion chaotique. Les infrastructures rénovées sont dignes d’une gloire éphémère, mais le déclin d’un dirigeant sensé les faire prospérer laisse place à un avenir incertain. Et avec lui, le retour d’un discours électoral dénué de sens.

Lecture satirique

Laurent Brosse s’inquiète des alliances politiques, mais fermer les yeux sur son propre parcours peu reluisant semble être la norme. Les promesses d’un avenir radieux s’étiolent devant les réalités brutales. Entre vacances personnelles et échecs collectifs, quel meilleur moyen de tourner la page en feignant un retrait honorable ?

Effet miroir international

À l’étranger, aux États-Unis ou en Russie, les dérives politiques ne sont pas qu’un lointain écho. Les appels au retrait d’un candidat face à une situation périlleuse ne sont pas rares. Une résonance troublante dans une époque où les populistes sévissent, orchestrant l’harmonie entre mensonge et vérité religieusement soigneusement distillée.

À quoi s’attendre

Si l’électorat de Conflans a su avertir ces derniers mois, les conséquences de cette élection viciée influencent la politique locale pour des années. La question n’est pas de savoir si Brosse sait gérer son temps, mais plutôt si sa vision du service public profane le concept même de citoyenneté.

Sources

Source : www.leparisien.fr

« J’ai totalement coupé » : à Conflans-Sainte-Honorine, le maire déchu Laurent Brosse a déjà tourné la page
Visuel — Source : www.leparisien.fr
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