Comprendre l’obésité : une maladie du cerveau et ses implications
Mise à jour le 2026-01-06 11:59:00 : L’obésité est une maladie complexe, enracinée dans le cerveau, touchant plus d’un milliard de personnes dans le monde.
L’obésité n’est pas due à un manque de volonté. Il ne s’agit pas non plus d’un problème individuel. C’est une maladie complexe profondément enracinée dans un cerveau adapté pour survivre à la pénurie.
L’obésité débute dans le cerveau, et son développement ainsi que son traitement varient entre hommes et femmes. Cette pandémie silencieuse, qui progresse avec le diabète de type 2, touche déjà plus d’un milliard de personnes dans le monde.
Notre environnement devient de plus en plus obésogène, tandis que le cerveau fonctionne selon des règles ancestrales, rendant difficile la perte de poids, même avec des médicaments comme le sémaglutide (Ozempic). Ce changement de perspective transforme les traitements et ouvre la voie à de nouvelles thérapies ciblant le cerveau.
Un cerveau ancestral dans un environnement moderne
L’obésité et le surpoids sont souvent décrits comme un excès de graisse ou un problème métabolique. Leur origine réside dans le système nerveux central, en particulier dans l’hypothalamus, qui agit comme un « thermostat énergétique ». Pendant 95 % de notre histoire évolutive, nous avons vécu dans la pénurie, développant des mécanismes pour défendre la masse graisseuse.
Ce « cerveau ancestral » fonctionne aujourd’hui dans un environnement opposé : aliments hypercaloriques disponibles 24 heures sur 24, sédentarité, stress chronique, troubles du sommeil et régimes ultratransformés.
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Ce déséquilibre entre biologie et mode de vie est amplifié chez les personnes avec des prédispositions génétiques. De plus, le système qui régule le poids ne fonctionne pas de la même manière chez les hommes et les femmes.
L’hypothalamus : là où commence l’obésité
L’hypothalamus intègre des signaux hormonaux (comme la leptine ou l’insuline) pour équilibrer l’énergie ingérée et dépensée. Quand nous perdons du poids, le cerveau interprète cela comme une menace, activant des mécanismes de défense : augmentation de l’appétit, réduction de la dépense énergétique et renforcement d’une « mémoire métabolique » qui pousse à reprendre le poids perdu.
Bien que l’alimentation et l’exercice soient essentiels, ils ne suffisent pas pour inverser l’obésité lorsque les circuits cérébraux sont altérés. Dans certains cas, le cerveau a besoin d’un soutien pharmacologique pour sortir de la boucle obésogène.
Lorsque l’hypothalamus s’enflamme (à cause du stress, d’un régime hypercalorique, d’un manque de sommeil, de troubles hormonaux ou d’une prédisposition génétique), l’activité des neurones qui régulent la faim et la satiété est perturbée. Certaines personnes retrouvent leur poids initial après avoir trop mangé ; d’autres prennent plus facilement du poids à cause d’un « frein hypothalamique » moins efficace.
Perspective de genre : deux cerveaux, deux réponses
Les neurones AgRP (qui stimulent la faim) et POMC (qui favorisent la satiété) régulent le comportement alimentaire. L’hypothalamus comprend aussi la microglie et les cellules immunitaires, dont le rôle est déterminant. Trois phases d’activation microgliale ont été décrites dans les premiers stades de la suralimentation :
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Activation précoce, rapide et réversible.
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Phase inflammatoire prolongée, perturbant les circuits de satiété.
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Phase finale de dérégulation, où les mécanismes limitant la prise de poids échouent.
Ces phases se comportent différemment chez les hommes et les femmes. Chez les modèles murins, les femelles montrent une réponse neuro-immune plus stable, expliquant pourquoi elles développent l’obésité plus tardivement.
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Avant la ménopause, les femmes ont un risque moindre de maladies métaboliques que les hommes, grâce aux œstrogènes. Cette protection diminue pendant la périménopause et la ménopause, période critique pour le risque cardiométabolique.
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Des altérations précoces (au niveau de la microglie et de la sensibilité neuronale à l’insuline) ont été détectées avant des changements visibles dans les tissus périphériques. Cela suggère que le déclencheur initial de l’obésité est cérébral, soulignant l’importance d’intégrer la perspective de genre pour des traitements plus efficaces.
Nouvelles thérapies contre l’obésité : incrétines et nanomédecine ciblant le cerveau
Le traitement de l’obésité a changé depuis 2021 avec les agonistes du récepteur GLP-1. Le semaglutide et d’autres incrétines, initialement développés pour le diabète de type 2, réduisent le poids grâce à des actions périphériques et centrales. Cependant, ils présentent des limites connues : effets gastro-intestinaux, perte de masse maigre, reprise de poids après l’arrêt du traitement.
Des études montrent que les femmes préménopausées répondent mieux à ces traitements que les hommes. Un défi demeure : développer des traitements agissant directement sur le cerveau, avec moins d’effets systémiques. La nanomédecine ciblant le cerveau ouvre de nouvelles perspectives. Nous développons des nanoplateformes capables de transporter des médicaments vers le cerveau, ciblant les cellules qui contrôlent l’appétit.
Ces approches pourraient compléter les incrétines, réduire leurs effets secondaires et améliorer l’observance des traitements, permettant de traiter l’obésité à sa source cérébrale.
Un regard neuf sur un problème ancien
L’obésité n’est pas due à un manque de volonté, malgré la stigmatisation sociale. C’est une maladie complexe, enracinée dans un cerveau adapté à la survie en période de pénurie. Pour la traiter, il faut promouvoir des modes de vie sains et, quand nécessaire, recourir à des thérapies ciblant les circuits cérébraux régulant le poids.
Comprendre le fonctionnement de l’hypothalamus sera essentiel pour freiner cette pandémie silencieuse du XXIe siècle. C’est dans le cerveau que se joue la bataille scientifique la plus prometteuse.
Sources

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Date : 2026-01-06 11:59:00 — Site : theconversation.com
Auteur : Cédric Balcon-Hermand — Biographie & projets
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Publié le : 2026-01-06 11:59:00 — Slug : pourquoi-lobesite-est-avant-tout-une-maladie-du-cerveau
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