Cessez-le-feu : un mirage au Moyen-Orient ?

Après cinq semaines de bombardements, un cessez-le-feu est annoncé, mais les véritables enjeux restent flous. Qui a réellement gagné ?

Alors que le monde retient son souffle, le cessez-le-feu au Moyen-Orient est présenté comme une victoire. Mais derrière cette façade, les questions fusent : le détroit d’Ormuz rouvrira-t-il ? L’Iran abandonnera-t-il son uranium hautement enrichi ? Les promesses de paix semblent aussi solides qu’un château de cartes, prêt à s’effondrer au moindre souffle.

Ce qui se passe réellement

Après cinq semaines de bombardements, un cessez-le-feu est désormais censé s’installer. Pourtant, les éléments essentiels de cette trêve restent tout à fait flous : quand, voire si, le détroit d’Ormuz sera rouvert à la navigation ; si l’Iran renoncera à son uranium hautement enrichi ou poursuivra son programme d’enrichissement ; si son programme de missiles balistiques sera démantelé et si Téhéran continuera à poursuivre ses ambitions impérialistes par l’intermédiaire de ses mandataires.

La campagne aérienne israélo-américaine a d’abord été un succès retentissant, avec la destruction d’une grande partie de la marine iranienne et l’élimination de dizaines de hauts responsables politiques et militaires.

Cependant, le régime iranien s’est révélé plus résistant que beaucoup ne l’avaient prévu. Ses structures de commandement sont restées intactes malgré les frappes visant à le décapiter, et la chasse menée par les forces aériennes israéliennes et américaines contre les lanceurs de missiles iraniens n’a pas réussi à empêcher la poursuite des tirs de missiles balistiques, même si elle a réussi à les réduire.

Non seulement le régime lui-même, mais aussi ses partenaires à Moscou et Pékin, sont probablement soulagés par le cessez-le-feu. La Chine achète 90 % du pétrole iranien et fournit en échange des armes à Téhéran. Le partenariat de la Russie avec le régime s’est progressivement renforcé depuis 2022, Téhéran apportant un soutien substantiel à la guerre menée par Moscou contre l’Ukraine ainsi que des conseils sur la manière de contourner les sanctions.

Tout cela pour rien ?

Au cours de ces cinq semaines, une nouvelle confrontation entre les blocs de superpuissances est également devenue indéniable : l’axe Téhéran-Moscou-Pékin a désormais étendu la guerre qu’il mène en Ukraine au Moyen-Orient.

Face à lui se dresse ce qui reste de l’Occident, avec un grand O – essentiellement trois nations.

Tout d’abord, Israël, qui, poussé par la nécessité absolue, n’avait d’autre choix que de devancer l’immense potentiel destructeur du régime antisémite de Téhéran. L’État juif est confronté à une menace existentielle de la part de l’Iran et de ses mandataires : le programme de missiles balistiques de l’Iran constitue à lui seul un danger stratégique pour Jérusalem. Le Hezbollah, à la frontière nord d’Israël – souvent décrit à tort comme une milice libanaise, alors qu’il s’agit de facto d’une division d’infanterie légère iranienne – a fait preuve d’une ténacité remarquable.

Ensuite, les États-Unis sous Trump, qui ripostent – du moins sur ce théâtre d’opérations – contre un déclin occidental largement perçu.

Un aspect largement négligé est que, au-delà de la question nucléaire, Washington a de solides raisons militaires de s’opposer au régime des mollahs : même après le conflit de l’été dernier, Téhéran a rapidement reconstitué ses capacités en matière de missiles balistiques avec l’aide de la Chine.

Si la logique de la défense aérienne n’est pas aussi simple qu’on le dépeint souvent, les coûts réels des systèmes d’interception dépassent ceux de l’arsenal de l’attaquant. Les États-Unis ont déjà dû redéployer des moyens de l’Indo-Pacifique vers le Moyen-Orient ; dans tout conflit anticipé avec la Chine, ils devraient faire face simultanément à un régime iranien lourdement armé.

L’Ukraine va là où l’Europe ne va pas

Troisièmement, l’Ukraine. À l’instar d’Israël, Kiev est confrontée à une menace existentielle. Volodymyr Zelenskyy a fait preuve d’une grande perspicacité stratégique : non seulement il a su reconnaître l’opportunité d’affaiblir l’un des principaux alliés de Moscou, mais il a également mis à profit l’expertise de l’Ukraine en matière de lutte contre les drones iraniens pour courtiser des partenaires dans le Golfe.

Le reste de l’Europe, en revanche, s’est comporté très différemment. Un continent qui s’est depuis longtemps éloigné d’un Occident autrefois monolithique, mené par l’Amérique, a oscillé entre une collaboration ouverte avec le régime iranien (Sánchez) et des critiques décousues à l’encontre tant de Washington que de Téhéran (Merz).

Maintenant que les armes vont se taire pendant deux semaines, les automates habituels des platitudes – à commencer par Kallas – peuvent à nouveau débiter leurs phrases éculées sur la « diplomatie » à qui l’on donne enfin « une chance ».

Une UE qui a mis tant de temps à se demander si le massacre de 30 000 Iraniens justifiait de désigner le Corps des gardiens de la révolution islamique iranien comme une organisation terroriste n’ a guère fait pour s’opposer au régime. Depuis des décennies, l’Europe a pratiquement toléré passivement que les agents de Téhéran commettent des assassinats dans ses rues.

L’UE ne risque pas non plus d’être émue par la vague imminente d’exécutions que le régime s’apprête à mener contre ceux qui ne cherchaient rien d’autre qu’une vie meilleure, comme l’adolescent Amirhossein Hatami, exécuté six jours seulement avant le cessez-le-feu.

Un changement au moins : contrairement à il y a dix ans, on ne verra probablement pas les diplomates de l’UE partager des pique-niques joyeux avec les bourreaux à la tristement célèbre prison d’Evin.

La schadenfreude des experts européens qui savent tout et ne font rien, satisfaits qu’un changement de régime provoqué par les États-Unis, si impopulaires, ait pour l’instant été évité, pourrait bien s’avérer prématurée.

Car contrairement à l’Europe, le régime iranien est guidé par des principes. Sa vision apocalyptique du monde – centrée sur un Imam caché salvateur dont le retour nécessite la destruction du Grand et du Petit Satan – n’est pas négociable.

Cela se reflète dans les divergences marquées entre les propositions de cessez-le-feu concurrentes des États-Unis et de l’Iran : même les concessions tactiques temporaires semblent se heurter à des limites strictes à Téhéran.

Il n’est donc pas inconcevable que cette rigidité même puisse déboucher sur un nouveau cycle de confrontation armée, à l’issue duquel le régime lui-même pourrait connaître un déclin, malgré l’Europe.

Pourquoi cela dérange

Les discours politiques, pleins de promesses de paix, se heurtent à la dure réalité d’un régime iranien qui ne semble pas prêt à céder. Les contradictions entre les déclarations des dirigeants occidentaux et la situation sur le terrain sont frappantes. Pendant que l’Occident prône la diplomatie, l’Iran continue de renforcer son arsenal militaire.

Ce que cela implique concrètement

Les conséquences de cette trêve incertaine pourraient être désastreuses. Si l’Iran maintient son programme nucléaire et ses ambitions militaires, la région pourrait plonger dans un cycle de violence encore plus intense. Les pays voisins, inquiets, pourraient être poussés à renforcer leurs propres capacités militaires, entraînant une escalade des tensions.

Lecture satirique

Ah, la diplomatie ! Ce mot magique qui, comme par enchantement, transforme les bombardements en promesses de paix. Pendant que les dirigeants occidentaux se congratulent pour leur « effort » diplomatique, le régime iranien, lui, continue de jouer sa propre partition. Un vrai ballet tragique où les acteurs principaux semblent avoir oublié le sens de la réalité.

Effet miroir international

Cette situation n’est pas sans rappeler les dérives autoritaires ailleurs dans le monde. Les discours de paix et de démocratie sont souvent utilisés comme des écrans de fumée pour masquer des actions militaires agressives. Que ce soit en Russie, en Chine ou ailleurs, les promesses de dialogue sont souvent suivies de coups de feu.

À quoi s’attendre

Si cette rigidité persiste, nous pourrions assister à un nouveau cycle de confrontations armées. Les tensions entre l’Iran et l’Occident pourraient s’intensifier, entraînant des conséquences désastreuses pour la région et au-delà. L’histoire nous a appris que les promesses de paix sont souvent aussi fragiles que le verre.

Sources

Source : euractiv.fr

Visuel — Source : euractiv.fr
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