En 2018, l’entreprise parisienne Cargonautes décide de mettre en place une politique de management de son équipe. Spécialisée dans la livraison du dernier kilomètre en vélo-cargo, elle n’a que trois ans et est alors en pleine croissance : elle passe en quelques mois de trois à quinze salariés, auxquels s’ajoutent plusieurs autoentrepreneurs. L’un d’eux déplore cette évolution et décide même de quitter l’organisation.
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« L’apparition du management est [alors] vue comme une sorte de trahison de l’esprit originel, fait de rapports informels entre égaux », explique Martin Malzieu, qui compte parmi les premiers salariés. C’est un « changement d’époque », poursuit-il : l’entreprise, qui s’apprête à adopter le statut de société coopérative et participative (SCOP), entend alors se professionnaliser, consciente qu’elle doit faire face, pour survivre, à la « réalité économique ».
Cargonautes est née en 2015 de la rencontre de coursiers à vélo souhaitant se démarquer du modèle « déshumanisé » proposé par les plateformes de livraison de repas. Leur aventure va être traversée jusqu’à aujourd’hui par une tension continue entre les aspirations initiales de ses forces vives (démocratie interne, bien-être des coursiers…) et les contraintes du marché. Elle est en cela passionnante. Jusqu’où peut-on aller dans l’intégration des logiques entrepreneuriales sans avoir le sentiment de renier ses convictions ? Est-il, au fond, possible de concilier pérennité économique et ambition sociale au sein d’une entreprise de livraison ?
Autant de questions qui apparaissent en toile de fond de Cargonautes (Editions Repas, 2025), paru pour les dix ans de la coopérative. Ancien cogérant, l’auteur livre un témoignage sans concession, dévoilant forces et faiblesses de la coopérative, idées visionnaires comme erreurs stratégiques.
Un édifice fragile
Cette histoire est d’abord celle d’un apprentissage continu. M. Malzieu le reconnaît : les chevilles ouvrières de Cargonautes n’ont pas les « codes » de l’entreprise. Ils découvrent progressivement le fonctionnement de la TVA, la nécessité d’une rigueur comptable ou encore ce qu’est la propriété industrielle.
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Cargonautes : Quand l’esprit coopératif se heurte à la réalité économique
En 2018, Cargonautes, la coopérative de livraison à vélo, se transforme en entreprise classique, trahissant ainsi ses idéaux d’origine. Une évolution qui suscite des interrogations sur la viabilité de l’engagement social face aux exigences du marché.
À l’aube de sa quatrième année d’existence, Cargonautes, spécialisée dans la livraison du dernier kilomètre en vélo-cargo, décide de mettre en place une politique de management. En quelques mois, l’entreprise passe de trois à quinze salariés, ajoutant à cela plusieurs autoentrepreneurs. L’un d’eux, visiblement déçu par cette évolution, choisit même de quitter le navire. Martin Malzieu, l’un des premiers salariés, ne cache pas son amertume : « L’apparition du management est vue comme une sorte de trahison de l’esprit originel, fait de rapports informels entre égaux. » Un changement d’époque, en effet, où l’esprit coopératif se heurte à la froideur des chiffres et à la nécessité de se professionnaliser pour survivre dans un monde économique impitoyable.
Ce qui se passe réellement
Cargonautes, fondée en 2015 par des coursiers à vélo désireux de s’opposer au modèle déshumanisé des plateformes de livraison, se trouve aujourd’hui à un carrefour. La tension entre les aspirations initiales de démocratie interne et le bien-être des coursiers d’une part, et les contraintes du marché d’autre part, est palpable. Le livre Cargonautes (Editions Repas, 2025) témoigne de cette lutte, révélant les forces et faiblesses de la coopérative, ainsi que les erreurs stratégiques qui ont jalonné son parcours.
Pourquoi cela dérange
Cette évolution soulève des questions fondamentales : jusqu’où peut-on aller dans l’intégration des logiques entrepreneuriales sans renier ses convictions ? Peut-on vraiment concilier pérennité économique et ambition sociale dans un secteur aussi concurrentiel que celui de la livraison ? Les contradictions sont flagrantes : d’un côté, l’idéal coopératif, de l’autre, la nécessité de rentabilité. Un véritable numéro d’équilibriste, où chaque faux pas pourrait faire chavirer le navire.
Ce que cela implique concrètement
Les conséquences de cette transformation sont déjà visibles. Les coursiers, qui espéraient un modèle alternatif, se retrouvent confrontés à une hiérarchie et à des exigences de performance. La promesse d’un travail décent et humain s’effrite face à la réalité économique. Les salariés doivent désormais naviguer dans un monde où la rigueur comptable et la propriété industrielle prennent le pas sur les valeurs humaines.
Lecture satirique
Ironiquement, alors que Cargonautes se veut une alternative aux géants de la livraison, elle semble emprunter le même chemin que ceux qu’elle critiquait. Les discours politiques sur la nécessité d’un modèle économique plus juste et humain résonnent comme des promesses creuses lorsque l’on observe cette dérive. La réalité, c’est que le marché impose ses règles, et que l’esprit coopératif, aussi noble soit-il, doit souvent céder devant l’impératif de rentabilité.
Effet miroir international
Ce phénomène n’est pas isolé. À l’échelle mondiale, des entreprises se revendiquant comme alternatives aux modèles dominants finissent par reproduire les mêmes logiques. Que ce soit aux États-Unis, en Russie ou ailleurs, les discours sur la démocratie et le bien-être s’effacent souvent devant les exigences du capital. Une dérive qui rappelle les promesses non tenues des régimes autoritaires, où l’idéal est souvent sacrifié sur l’autel de l’efficacité économique.
À quoi s’attendre
À l’avenir, Cargonautes devra naviguer avec prudence. Les défis économiques sont réels, et la tentation de sacrifier ses valeurs sur l’autel de la rentabilité risque de croître. Les aspirations initiales de ses membres seront-elles préservées, ou céderont-elles face à la pression du marché ? Seul l’avenir nous le dira, mais une chose est sûre : la route sera semée d’embûches.
Sources





