Cameroun : Le vice-président, un remplaçant pour l’éternité ?
La révision constitutionnelle du 4 avril 2026 crée un poste de vice-président, garantissant la continuité du pouvoir. Une manœuvre qui soulève plus de questions qu’elle n’apporte de réponses.
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Le Cameroun vient de franchir un cap décisif : l’instauration d’un vice-président, désigné par Paul Biya, qui deviendra automatiquement le chef de l’État en cas de vacance du pouvoir. Une décision qui, à première vue, pourrait sembler pragmatique, mais qui, en réalité, ressemble à une tentative désespérée de prolonger un règne déjà bien entamé par l’âge du président de 93 ans. Qui aurait cru qu’un homme si âgé pourrait encore se permettre de jouer à la roulette russe avec la démocratie ?
Ce qui se passe réellement
Réunies en Congrès, les deux chambres du Parlement camerounais ont adopté la loi révisant la Constitution pour instaurer ce poste de vice-président. Ce dernier sera le successeur constitutionnel du chef de l’État, chargé de terminer le mandat en cours en cas de décès, démission ou empêchement définitif. Une belle manière de s’assurer que le pouvoir reste entre les mêmes mains, même si celles-ci tremblent un peu plus chaque jour.
Le politologue pro-pouvoir, Mathias Eric Owona Nguini, justifie cette réforme en évoquant la nécessité d’un cadre constitutionnel prévisible. Mais à qui veut-on faire croire que cette manœuvre n’est pas une réponse à la controverse autour de la présidentielle de 2025 ? En 2024, le ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji, interdisait les débats sur la santé de Paul Biya. Aujourd’hui, la santé du président est devenue un sujet de discussion incontournable, et pas pour les bonnes raisons.
La perspective d’élections repoussée
Avec cette nouvelle Constitution, le vice-président prêtera serment et deviendra chef de l’État jusqu’en 2032, sans qu’il soit nécessaire d’organiser une élection présidentielle. Les législatives, déjà décalées d’un an, sont désormais repoussées à 2027. Le report des municipales, quant à lui, est facilité par une modification du code électoral qui lève toute limite de délai à la prorogation du mandat des conseillers municipaux. Une belle manière de dire aux Camerounais : « Ne vous inquiétez pas, nous avons tout sous contrôle ! »
Pourquoi cela dérange
Cette révision constitutionnelle, qui n’a même pas été annoncée durant la campagne électorale, montre à quel point le régime actuel cherche à éviter toute compétition. Hilaire Kamga, secrétaire permanent de la plate-forme de la société civile pour la démocratie au Cameroun, souligne que cette démarche vise à créer des conditions pour la perpétuation du pouvoir. En d’autres termes, le RDPC (le parti présidentiel) préfère naviguer à vue plutôt que de risquer une élection.
Ce que cela implique concrètement
La désignation du vice-président par Paul Biya, seul, soulève des inquiétudes quant à la succession. L’économiste Dieudonné Essomba évoque un système tendu où la succession pourrait prendre un caractère volcanique. En d’autres termes, la paix sociale est à un fil, et le vice-président pourrait être le bouclier ou le paratonnerre de tensions qui couvent.
Lecture satirique
Il est ironique de voir un régime qui prône la stabilité tout en modifiant les règles du jeu à sa guise. Les promesses de démocratie et de transparence semblent s’évanouir face à la réalité d’un pouvoir qui se durcit. Les discours politiques, déconnectés de la réalité, se heurtent à une population de plus en plus méfiante. Dans un pays où la santé du président était un sujet tabou, voilà que l’on nous parle de continuité et de prévisibilité. Quelle belle farce !
Effet miroir international
En observant cette situation, on ne peut s’empêcher de faire un parallèle avec d’autres régimes autoritaires, comme ceux de la Russie ou des États-Unis, où la concentration du pouvoir et les manœuvres pour prolonger un règne sont monnaie courante. Ces gouvernements, tout en prônant la démocratie, semblent souvent oublier que le pouvoir ne devrait pas être un héritage familial, mais un mandat temporaire.
À quoi s’attendre
Les Camerounais peuvent s’attendre à une période d’incertitude, où les tensions politiques risquent de s’intensifier. La désignation d’un vice-président pourrait atténuer certaines violences, mais elle ne résoudra pas les problèmes structurels du pays. La crise économique et le conflit dans les régions anglophones demeurent des défis majeurs, et le nouveau vice-président, quel qu’il soit, devra faire face à des attentes démesurées.


