Cameroun : Le Vice-Président, ou l’Art de la Succession à la Mode Monarchique

Le 4 avril 2026, le Parlement camerounais a décidé d’instaurer un poste de vice-président, une manœuvre qui semble plus destinée à préserver le pouvoir qu’à renforcer la démocratie.

Dans un pays où la démocratie est souvent mise à l’épreuve, le Cameroun a franchi une nouvelle étape dans sa dérive autoritaire. Ce samedi, l’Assemblée nationale et le Sénat, réunis en Congrès, ont adopté un projet de loi modifiant la Constitution pour créer un poste de vice-président, un rôle clé dans la succession présidentielle. L’opposition, quant à elle, a été réduite au silence, comme souvent, dans un débat qui a eu lieu dans un palais de verre clairsemé.

Ce qui se passe réellement

Les parlementaires ont voté avec des bulletins verts pour le « oui », rouges pour le « non » et jaunes pour « nul ». En moins de 30 minutes, 200 voix ont approuvé la révision constitutionnelle, contre 18 voix contre et seulement 4 bulletins nuls, selon notre correspondant à Yaoundé, Richard Onanena. L’honorable Ze Nguele a rappelé que la fonction de vice-président doit être clairement définie, mais cela semble être une préoccupation secondaire pour ceux qui ont déjà décidé de la direction à prendre.

Les critiques de l’opposition sont cinglantes. La députée du PCRN, Ngo Issi, a dénoncé l’instauration d’un « dauphin administratif », un héritier hors de tout contrôle citoyen. Jean Michel Nintcheu a même qualifié cela de coup d’État constitutionnel, arguant que cette réforme consacre une succession nominative, voire dynastique, sans passer par les urnes.

Pourquoi cela dérange

Ce projet de loi ne fait que renforcer la dérive monarchique du régime. En effet, il permet à un individu sans expérience politique de devenir président, ce qui soulève des questions sur la légitimité et la compétence des futurs dirigeants. Maurice Kamto, président du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), a qualifié cette modification de « naufrage constitutionnel et politique », dénonçant une capture institutionnelle du pouvoir.

Ce que cela implique concrètement

La création de ce poste de vice-président pourrait avoir des conséquences désastreuses pour la démocratie camerounaise. En consolidant le pouvoir exécutif, le gouvernement semble vouloir contrôler l’alternance politique, rendant toute forme de changement pratiquement impossible. Cyrille Rolande Béchon, directrice de l’association Nouveaux droits de l’homme, a souligné que ce poste est vide de contenu et sert uniquement à maintenir le statu quo.

Lecture satirique

Il est fascinant de voir comment le gouvernement justifie cette réforme en parlant de « fonctionnalité » et de « continuité institutionnelle ». Comme si la continuité d’un régime autoritaire était synonyme de bonne gouvernance ! Les promesses de stabilité et de prévisibilité semblent bien éloignées des réalités vécues par les Camerounais, qui continuent de souffrir des conséquences d’un système politique verrouillé.

Effet miroir international

Ce scénario n’est pas sans rappeler les dérives autoritaires observées ailleurs, notamment en Russie ou aux États-Unis, où les dirigeants cherchent à renforcer leur emprise sur le pouvoir sous couvert de légitimité démocratique. Les parallèles sont frappants : des réformes constitutionnelles qui ne servent qu’à maintenir un contrôle absolu sur la population.

À quoi s’attendre

À court terme, il est probable que la situation politique au Cameroun se stabilise, mais à quel prix ? À long terme, cette réforme pourrait bien sceller le sort de la démocratie dans le pays, transformant le Cameroun en une monarchie déguisée.

Sources

Source : www.rfi.fr

Visuel — Source : www.rfi.fr
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