Le projet de budget pour 2027 prévoit-il 650 millions d’euros de moins pour l’Éducation nationale et quelque 1 600 postes d’enseignants supprimés ? Les deux chiffres avancés par La France insoumise ont une base vérifiable, mais ils ne décrivent pas la même chose : le premier est une perte calculée après inflation, le second un solde d’emplois enseignants. Les documents budgétaires permettent de refaire le calcul — et d’en préciser les limites.
L’affirmation vérifiée
Lors d’un débat avec le ministre de l’Éducation nationale Édouard Geffray, dans l’émission « Franc-Jeu » diffusée le 4 octobre 2026, Manuel Bompard, coordinateur de La France insoumise, a contesté la présentation d’un budget « en hausse ». D’après les propos rapportés par franceinfo dans son article publié le 7 octobre, il a évoqué « 650 millions d’euros de coupes supplémentaires » et la suppression d’« encore 1 600 postes d’enseignants ». L’enregistrement de l’émission n’ayant pas pu être consulté pour cette vérification, ces formulations sont attribuées au compte rendu de franceinfo ; les chiffres, eux, peuvent être confrontés aux documents officiels. (assemblee-nationale.fr)
Ce que montrent les faits
Les crédits augmentent en euros courants. Dans l’annexe budgétaire du projet de loi de finances (PLF) pour 2027, les crédits de paiement des cinq programmes relevant du ministère de l’Éducation nationale totalisent environ 87,89 milliards d’euros en loi de finances initiale pour 2026, contre 89,09 milliards proposés pour 2027. L’augmentation est donc d’environ 1,20 milliard d’euros. Pour retrouver ce périmètre ministériel, il faut retirer du total de la mission « Enseignement scolaire » le programme consacré à l’enseignement technique agricole. Dire que le projet inscrit littéralement « 650 millions en moins » serait donc inexact. (assemblee-nationale.fr)
Mais la hausse ne compense pas l’inflation retenue dans le calcul de LFI. En septembre 2026, le ministère de l’Économie prévoyait une inflation de 2,1 % pour 2026 et de 1,8 % pour 2027. Si l’on majore les 87,89 milliards de 2026 de 2,1 %, il faudrait environ 89,74 milliards en 2027 pour conserver le même montant après correction des prix. Les 89,09 milliards inscrits au PLF se situent quelque 649 millions d’euros en dessous de ce seuil. Voilà d’où vient le chiffre arrondi à 650 millions : il s’agit d’une comparaison à prix constants, pensions comprises, et non d’une baisse des crédits affichés. (presse.economie.gouv.fr)
La vérification
Le résultat change selon le périmètre et le taux choisis. Si l’on exclut les contributions de l’État au compte d’affectation spéciale « Pensions », afin de ne pas les confondre avec les crédits mobilisables pour le fonctionnement scolaire, les montants calculés à partir de l’annexe sont d’environ 62,98 milliards d’euros en 2026 et 64,01 milliards en 2027. Avec une correction de 2,1 %, l’écart est alors d’environ 291 millions d’euros en moins, et non 650 millions. Les contributions aux pensions sont une dépense budgétaire réelle ; les isoler répond simplement à une autre question. (assemblee-nationale.fr)
En utilisant plutôt la prévision d’inflation de 1,8 % pour 2027, l’écart calculé sur les crédits hors pensions est d’environ 103 millions d’euros en moins. Le choix entre 2,1 % et 1,8 % n’est donc pas un détail : il correspond à deux années de référence différentes. Aucun de ces calculs ne constitue, à lui seul, une prévision des sommes effectivement dépensées en 2027. Il compare une loi de finances pour 2026 à un projet pour 2027. (presse.economie.gouv.fr)
Sur les enseignants, le dossier de présentation du ministère est explicite : le PLF prévoit un solde net de 1 588 emplois enseignants en moins, en équivalents temps plein (ETP), dans le public et le privé, dont 1 250 dans le public. « 1 600 » est un arrondi fidèle. Il ne signifie toutefois ni que tous les personnels de l’Éducation nationale diminueraient, ni que 1 588 enseignants déjà en poste seraient licenciés. Le même dossier annonce un solde global de 3 257 créations d’emplois, qui comprend notamment 1 804 emplois d’accompagnement et de protection des élèves ainsi que 3 041 emplois d’élèves et de stagiaires enseignants en formation initiale. Additionner ces catégories sans les distinguer brouillerait autant le constat que de les ignorer. (education.gouv.fr)
Les sources et les données
Le calcul des crédits repose sur les crédits de paiement figurant dans le projet annuel de performances « Enseignement scolaire » annexé au PLF 2027. Les contributions aux pensions y sont détaillées par programme ; leur retrait permet la seconde comparaison. Les taux d’inflation proviennent des prévisions gouvernementales publiées le 11 septembre 2026. Pour les emplois, le document du ministère donne directement le solde net des postes enseignants. Le dossier législatif de l’Assemblée nationale indique que le PLF a été déposé le 1er octobre 2026 : ses propositions peuvent encore évoluer pendant l’examen parlementaire. (assemblee-nationale.fr)
Verdict
Verdict : à nuancer. Les quelque 1 600 emplois enseignants en moins sont bien prévus par le projet. La perte d’environ 650 millions d’euros est également reproductible à partir des documents officiels, à condition de corriger les crédits pensions comprises avec le taux d’inflation de 2,1 %. Ce n’est pas une coupe nominale inscrite au PLF. Hors pensions, avec le même taux, la baisse calculée est plus faible. (education.gouv.fr)
Ce qu’il faut retenir
La question décisive est celle de l’unité de comparaison : euros affichés ou euros corrigés de l’inflation, crédits avec ou sans pensions, emplois enseignants ou ensemble des personnels. Le projet de budget augmente en euros courants, tout en pouvant représenter moins après correction des prix selon la méthode retenue. Quant aux 1 588 emplois enseignants en moins, ils figurent sans ambiguïté dans la présentation du ministère. (education.gouv.fr)
Source principale : franceinfo- Vrai ou faux (www.franceinfo.fr)
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