Bénin : Une présidentielle déjà jouée, ou l’art de la démocratie à sens unique

Romuald Wadagni, le grand favori de la présidentielle béninoise, bénéficie d’un terrain de jeu soigneusement nettoyé par son prédécesseur, Patrice Talon. Une belle illustration de la démocratie à la sauce béninoise, où l’exclusion est le mot d’ordre.

Alors que la campagne présidentielle bat son plein depuis le 27 mars, les jeux semblent déjà faits au Bénin. Romuald Wadagni, ministre de l’Économie et des Finances, est le grand favori du scrutin, et pour cause : il est le produit des réformes politiques de Patrice Talon, qui ont magistralement permis d’exclure plusieurs partis du jeu politique. Comme le souligne le quotidien burkinabè Le Pays, cette manœuvre a été si efficace qu’elle pourrait presque être qualifiée de « nettoyage démocratique ».

Ce qui se passe réellement

En mars 2025, Patrice Talon a annoncé qu’il tirait sa révérence à l’issue de son second mandat. La Constitution béninoise, dans un élan de respect des règles, ne lui permet pas de briguer un troisième mandat. Fin août, il a désigné son successeur : Romuald Wadagni, perçu comme l’homme de confiance du président sortant. Ce dernier est soutenu par une dynamique de ralliements, y compris celui du principal parti d’opposition, Les Démocrates, qui, ironie du sort, est absent de la compétition. Voilà un bel exemple de démocratie où l’opposition est plus un souvenir qu’un acteur.

Il rassure le milieu des affaires

Romuald Wadagni incarne « sans ambiguïté la continuité du régime de la ‘rupture’ amorcée en 2016 avec Patrice Talon », comme le constate La Nouvelle Tribune. À 49 ans, ce technocrate part avec un avantage certain dans cette course à la présidentielle, car son profil rassure les milieux d’affaires. Qui aurait cru qu’une telle continuité pourrait être synonyme de progrès ?

Pourquoi cela dérange

Cette situation pose la question de la légitimité d’un scrutin où les règles du jeu sont biaisées. L’absence de l’opposition et l’exclusion de plusieurs partis soulèvent des interrogations sur la santé de la démocratie au Bénin. En effet, comment peut-on parler de choix démocratique lorsque les options sont soigneusement sélectionnées ?

Ce que cela implique concrètement

Les conséquences de cette manœuvre sont claires : une victoire de Wadagni signifierait la poursuite d’une politique autoritaire, où le débat démocratique est réduit à une simple formalité. Les citoyens béninois pourraient bien se retrouver dans un régime où la voix du peuple est étouffée sous le poids des réformes politiques.

Lecture satirique

Il est fascinant de voir comment les promesses de démocratie peuvent se transformer en une farce grotesque. Les discours politiques, pleins de bonnes intentions, semblent déconnectés de la réalité. La promesse d’un avenir radieux, sous prétexte de continuité, ressemble davantage à un plan de succession soigneusement orchestré qu’à un véritable choix démocratique.

Effet miroir international

Cette situation n’est pas sans rappeler d’autres dérives autoritaires à travers le monde. Que ce soit aux États-Unis ou en Russie, les mécanismes de contrôle et d’exclusion semblent être la norme pour maintenir le pouvoir en place. Au Bénin, cette tendance prend une forme particulièrement insidieuse, où la démocratie est brandie comme un étendard tout en étant soigneusement manipulée.

À quoi s’attendre

Si les tendances actuelles se poursuivent, il est à craindre que le Bénin ne devienne un exemple de ce que l’on peut appeler une « démocratie contrôlée ». Les citoyens devront naviguer dans un paysage politique où leurs choix sont limités, et où la voix de l’opposition est réduite au silence.

Sources

Source : www.courrierinternational.com

Visuel — Source : www.courrierinternational.com
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