Bénin : La démocratie en mode « Dauphin » ?

Alors que le Bénin s’apprête à élire son président, la continuité semble assurée avec Romuald Wadagni, mais la réalité politique est bien plus complexe.

À l’aéroport international de Cotonou, le sourire de Romuald Wadagni, candidat à la présidence, est omniprésent. À quelques heures du scrutin, les quinze millions d’électeurs béninois semblent déjà avoir tranché. « C’est comme s’il était déjà président », plaisante Déyi, un chauffeur de taxi local, en croisant une affiche bleue du candidat. Ce qui pourrait sembler une blague, prend un goût amer lorsqu’on se rappelle que le dernier scrutin a été marqué par des violences, laissant au moins cinq morts. Mais cette fois, tout semble calme, comme si la démocratie béninoise avait décidé de faire une pause.

Ce qui se passe réellement

Le Bénin, autrefois modèle de démocratie en Afrique de l’Ouest, se retrouve aujourd’hui dans une situation délicate. Le coup d’État raté du 7 décembre 2025 n’est pas loin, et l’angoisse d’un pouvoir intranquille se fait sentir. Les forces de Patrice Talon, président sortant, sont prêtes à accueillir son dauphin, Romuald Wadagni, ministre de l’Économie depuis dix ans. La victoire semble acquise, surtout après l’absence de candidats crédibles de l’opposition, Les Démocrates, qui n’ont pas pu présenter de candidat en raison de nouvelles règles de parrainage jugées restrictives.

Wilfried Léandre Houngbédji, porte-parole du gouvernement, se félicite de ces réformes, affirmant qu’il a fallu « beaucoup de courage » pour les mettre en place. Un courage qui semble avoir asséché l’opposition, laissant Paul Hounkpè, représentant du FCBE, seul sur la ligne de départ. « Le pouvoir n’a pas laissé d’opposition crédible se présenter », tranche Victor Topanou, professeur de sciences politiques. Un constat amer pour ceux qui espéraient une véritable compétition.

Pourquoi cela dérange

Le nouveau Code électoral, qui a augmenté le seuil de parrainages nécessaires, est perçu comme un coup de grâce pour une opposition déjà affaiblie. Les Démocrates, autrefois fiers héritiers de Thomas Boni Yayi, se retrouvent en miettes, victimes d’un système qui semble avoir été conçu pour les écraser. La situation est d’autant plus ironique que, dans un pays où la démocratie était célébrée, les voix critiques sont étouffées, et les promesses de changement se heurtent à la réalité d’un pouvoir autoritaire.

Ce que cela implique concrètement

Les conséquences de cette élection sont claires : un renforcement du pouvoir de Talon et une marginalisation de l’opposition. Les réformes politiques, qui devraient favoriser la démocratie, semblent en réalité viser à la contrôler. Les élections de janvier dernier ont vu les partis pro-Talon rafler 100% des sièges locaux et parlementaires, un exploit qui ne laisse guère de place à l’imagination.

Lecture satirique

Dans cette farce politique, le discours officiel clame que le Bénin est en pleine renaissance, alors que les citoyens se demandent s’ils ne sont pas plutôt en train de vivre un mauvais remake de la démocratie. « Talon a asséché la démocratie », commente un académicien, et il n’est pas le seul à le penser. La belle image du Bénin à l’international est soigneusement entretenue, mais à quel prix ?

Effet miroir international

Ce scénario n’est pas sans rappeler d’autres dérives autoritaires à l’échelle mondiale. Comme aux États-Unis ou en Russie, où les élections sont souvent plus un spectacle qu’un véritable exercice démocratique, le Bénin semble emprunter le même chemin. La démocratie, ici, est devenue un mot à la mode, utilisé pour masquer une réalité bien plus sombre.

À quoi s’attendre

Avec Wadagni aux commandes, le statu quo semble assuré. Les tensions sécuritaires, notamment face aux incursions djihadistes, pourraient servir d’excuse pour renforcer encore davantage le contrôle du pouvoir. Les citoyens, eux, devront naviguer entre la peur et l’espoir d’un avenir meilleur, tout en se demandant si leur voix comptera un jour.

Sources

Source : www.lepoint.fr

Visuel — Source : www.lepoint.fr
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