Baykar : Le nouveau maître des cieux européens, ou comment l’Italie a troqué son héritage pour des drones turcs
Le rachat de Piaggio Aerospace par Baykar soulève des questions sur la souveraineté industrielle italienne et la stratégie d’Ankara. Ironie du sort : la défense européenne se construit sur des fondations instables.
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Dans un monde où les drones semblent plus populaires que les voitures, Baykar, le géant turc des drones, a décidé de s’offrir un petit bijou italien : Piaggio Aerospace. En décembre 2024, ce rachat a été présenté comme un coup de maître d’Ankara, mais à quel prix pour l’Italie ? En effet, pour éviter la liquidation de cet ancien joyau national, le gouvernement de Giorgia Meloni a jugé que l’offre turque était « la plus appropriée ». Une belle façon de dire que la souveraineté industrielle italienne a pris l’avion pour un tour du monde… sans retour.
Ce qui se passe réellement
Le rachat de l’avionneur italien Piaggio Aerospace par Baykar, annoncé en décembre 2024, s’inscrit dans une stratégie plus large d’Ankara pour conquérir l’industrie de la défense aéronautique européenne. Fondée à Gênes en 1884, Piaggio était spécialisée dans les jets d’affaires et les drones de surveillance. En proie à une crise depuis 2018, avec 1 300 emplois menacés et une dette de plus de 500 millions d’euros, elle était sur le point de sombrer. Le gouvernement italien, face à cette situation, a choisi de se tourner vers la Turquie, dont le partenariat avec Piaggio a été perçu comme une réintégration discrète dans l’OTAN.
En mars 2025, Baykar a signé un accord stratégique avec Leonardo, un autre acteur clé de la défense européenne, pour coproduire des drones de combat. Les besoins européens en matière de drones devraient atteindre 100 milliards de dollars sur dix ans. Mais qui aurait cru qu’un pays exclu du programme F-35 pour avoir acheté des systèmes russes S-400 se retrouverait à la tête de l’industrie de la défense européenne ?
Pourquoi cela dérange
Cette situation soulève des incohérences flagrantes. D’un côté, l’Italie, qui a longtemps été un bastion de l’industrie aéronautique, se retrouve à céder son savoir-faire à un pays dont les ambitions géopolitiques sont souvent en contradiction avec celles de l’OTAN. De l’autre, la Turquie, qui a besoin de renforcer sa coopération avec ses partenaires occidentaux pour accroître son autonomie stratégique, se voit offrir sur un plateau d’argent une porte d’entrée vers le marché européen.
Ce que cela implique concrètement
Les conséquences de cette alliance sont multiples. D’un côté, la Turquie renforce sa position au sein de l’OTAN, tout en continuant à développer des technologies militaires. De l’autre, l’Italie, en acceptant cette offre, risque de perdre son indépendance industrielle et de devenir un simple sous-traitant dans un jeu de pouvoir où les drones sont les nouvelles armes de choix.
Lecture satirique
Ah, l’ironie ! Le gouvernement italien, en quête de solutions pour sauver des emplois, a choisi de s’allier avec un pays qui, il y a peu, était considéré comme un paria au sein de l’OTAN. Le discours politique sur la souveraineté et l’indépendance industrielle semble s’évanouir comme un mirage dans le désert. Qui aurait cru que la défense européenne se construirait sur des drones turcs ? Peut-être que la prochaine étape sera de confier la sécurité nationale à un service de livraison par drones ?
Effet miroir international
Cette situation rappelle les dérives autoritaires que l’on observe ailleurs, notamment aux États-Unis et en Russie, où les alliances stratégiques sont souvent basées sur des intérêts à court terme plutôt que sur des valeurs communes. La Turquie, en se rapprochant de l’OTAN tout en continuant à flirter avec des régimes autoritaires, semble jouer un double jeu qui pourrait bien lui exploser à la face.
À quoi s’attendre
À l’avenir, il est probable que cette alliance entre Baykar et les entreprises européennes se renforce, mais à quel prix ? Les pays européens devront naviguer dans un paysage complexe où la dépendance à l’égard de la Turquie pourrait poser des problèmes de sécurité à long terme. La question demeure : jusqu’où ira l’Italie pour sauver son industrie, et à quel moment la souveraineté nationale deviendra-t-elle une simple illusion ?




