Bally Bagayoko : La République en mode « suspect »

À Saint-Denis, l’élection de Bally Bagayoko n’a pas seulement fait vibrer les urnes, elle a aussi réveillé les vieux démons de la haine et du racisme. Un véritable spectacle de marionnettes où les fils sont tirés par les conservateurs.

Ce que vit Bally Bagayoko depuis son élection à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), dimanche 15 mars, au premier tour des élections municipales, nous est profondément familier. Nous le subissons dans notre chair, dans les menaces de mort reçues au petit matin, dans les insultes racistes qui inondent nos boîtes mail quelques minutes après un passage dans les médias, dans les regards qui nous somment de justifier notre légitimité pourtant acquise par le suffrage universel.

Ce qui se passe réellement

Ce que vit Bally Bagayoko, des dizaines d’élus issus de l’immigration le vivent chaque jour, dans l’indifférence générale. La mécanique, rodée, orchestrée et financée par les milieux conservateurs et réactionnaires est toujours la même. Elle s’organise autour de polémiques fabriquées à partir de propos déformés, voire inventés. À Saint-Denis, on transforme « la ville des rois morts et du peuple vivant » en « la ville des Noirs ».

Puis vient le temps de l’emballement : les chaînes d’opinion, CNews en tête, prennent le relais, des éditorialistes habillent la calomnie en débat d’idées, et les réseaux sociaux achèvent le travail. En quelques heures, un élu démocratiquement choisi par ses concitoyens devient un corps étranger à la nation, une menace pour son intégrité. La machine réactionnaire tord le récit pour agiter les peurs et ériger un ennemi de l’intérieur à abattre.

Pourquoi cela dérange

Disons-le sans détour : ce qui les dérange, c’est que des visages comme les nôtres puissent incarner la République. Que des enfants de l’immigration, issus des quartiers populaires, soient choisis pour représenter la France et son peuple. Que nous ne restions pas à la place de subalterne, de redevable, d’éternels silencieux que la hiérarchie raciste voudrait nous assigner. Et lorsque nous en sortons pour prendre toute notre place, on nous accuse de dissimulation, d’agenda caché, de double allégeance. Quoi que nous disions, quoi que nous fassions, nous sommes illégitimes, suspects par principe.

Ce que cela implique concrètement

Les conséquences sont directes : la stigmatisation des élus issus de l’immigration ne fait pas que miner leur légitimité, elle fragilise également le tissu social. En transformant des représentants de la diversité en boucs émissaires, on sape les fondements mêmes de la démocratie. La peur et la méfiance deviennent les nouvelles normes, et le dialogue cède la place à la division.

Lecture satirique

Ah, la belle République française, où l’on prône l’égalité tout en brandissant le spectre de l’« autre ». Les promesses de diversité se heurtent à la réalité d’un racisme systémique, où les élus issus de l’immigration sont traités comme des intrus. Ironiquement, ceux qui prétendent défendre la nation sont souvent ceux qui la divisent le plus. Une belle contradiction, n’est-ce pas ?

Effet miroir international

Si l’on regarde au-delà des frontières, on constate que cette dynamique n’est pas unique à la France. Aux États-Unis, les discours anti-immigration de certains élus résonnent de manière troublante. En Russie, la répression des voix dissidentes rappelle à quel point le pouvoir peut craindre ceux qui osent défier l’ordre établi. Dans tous ces cas, la peur de l’autre est utilisée comme un outil de contrôle.

À quoi s’attendre

À l’avenir, il est à craindre que cette tendance ne s’intensifie. Les discours de haine et de division pourraient devenir la norme, et les élus issus de la diversité continueront d’être la cible de campagnes diffamatoires. La question qui se pose est : jusqu’où ira cette dérive ?

Sources

Source : www.lemonde.fr

Visuel — Source : www.lemonde.fr
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