Le débat sur la mémoire du colonialisme allemand reste marqué par un désaccord central : les descendants des Ovaherero et des Nama réclament une reconnaissance parlementaire du génocide et des réparations, tandis que Berlin défend un accord d’aide à la reconstruction sans indemnisation juridique. Réuni le 14 octobre 2026, le Bundestag a examiné deux propositions de l’opposition, renvoyées ensuite en commission. La déclaration commune négociée avec la Namibie n’est toujours pas signée.

Un débat parlementaire, sans accord définitif

La discussion au Bundestag a été provoquée par des demandes de reconnaissance et de réparation. La proposition de Die Linke, élaborée avec des représentants des descendants, réclame une reconnaissance complète du génocide et des réparations. Les Verts ont également présenté un texte portant sur la réconciliation entre l’Allemagne et la Namibie et sur le travail de mémoire.
À l’issue de la séance du 14 octobre, les deux propositions ont été renvoyées à la commission des Affaires étrangères pour examen. Le Parlement n’a donc pas tranché sur leur contenu. (bundestag.de)
Dans les tribunes, des représentants des communautés Ovaherero et Nama ont appelé Berlin à assumer sa responsabilité. Gaob D. Timotheus Frederick, membre de l’Association des chefs traditionnels nama, demande notamment des excuses sans condition. Sa famille réclame depuis près de 120 ans la restitution des restes humains de son ancêtre Cornelius Frederick, mort sur l’île de Shark Island après avoir résisté à la domination coloniale allemande.
Reconnaissance et réparations au cœur du désaccord
Entre 1904 et 1908, l’Empire allemand a mené une guerre d’extermination contre les Ovaherero, les Nama, les Damara et les San. Le bilan mentionné dans les éléments disponibles fait état d’au moins 100 000 morts et d’autant de personnes déplacées. Le travail forcé, la prostitution forcée et les spoliations foncières ont également marqué cette période, dont les conséquences continuent d’affecter les descendants des victimes.
Depuis 2021, les gouvernements allemand et namibien négocient une déclaration commune prévoyant 1,1 milliard d’euros d’aide à la reconstruction sur trente ans. Le projet prévoit qu’après sa signature, le chef de l’État allemand présente des excuses officielles. Mais l’accord n’a pas encore été signé, et le ministère allemand des Affaires étrangères affirme que la reconnaissance du génocide ne crée pas, à elle seule, de droit juridique à indemnisation.
Cette approche est contestée par le chef suprême des Ovaherero, Mutjinde Katjiua. Selon lui, l’aide au développement ne peut remplacer des réparations. Le politologue Andreas Mehler, directeur de l’Institut Anton-Bergstraesser, décrit pour sa part le projet comme une « diplomatie du carnet de chèques ». L’historien Jürgen Zimmerer, de l’université de Hambourg, estime que les autorités allemandes manquent de volonté pour affronter pleinement le passé colonial.
Restitutions et lieux de mémoire encore en chantier
Les demandes portent aussi sur les restes humains et les biens culturels conservés en Allemagne. Plusieurs dizaines de milliers de restes humains y seraient encore détenus. En mars, le gouvernement allemand a créé un conseil de coordination placé sous la responsabilité du ministère des Affaires étrangères. Celui-ci affirme vouloir laisser aux pays et aux sociétés d’origine le choix des restitutions à réclamer et de leurs modalités. Andreas Mehler avertit toutefois qu’une telle démarche peut compliquer les demandes des descendants dans certains pays, notamment en Tanzanie.
Le contrat de coalition de la CDU/CSU et du SPD promet de renforcer le travail sur le passé colonial, notamment par la recherche sur les objets, la restitution de biens culturels et de restes humains, ainsi que la création de lieux de mémoire. Alexander Stroh-Steckelberg, politologue à l’université de Bayreuth, juge cependant que le sujet a perdu en visibilité par rapport au gouvernement précédent. Zimmerer estime, lui, que certains progrès de la mémoire des injustices coloniales sont remis en cause.
La question des lieux de mémoire reste elle aussi disputée. Le colonialisme ne figure pas dans le concept fédéral consacré aux mémoriaux. Une proposition visant à faire de Brême un lieu de mémoire suscite les inquiétudes de Zimmerer, qui redoute que les crimes coloniaux soient marginalisés et que les communautés concernées soient insuffisamment associées. Il plaide également pour des lieux de mémoire à Berlin et à Hambourg, villes liées à l’histoire coloniale allemande.
Au Bundestag, Gaob D. Timotheus Frederick a appelé à associer les communautés concernées aux discussions jusqu’à leur aboutissement. La suite dépendra notamment de l’examen des propositions parlementaires et de l’issue des négociations entre Berlin et Windhoek.
Source : DW-WORLD´s French Homepage (www.dw.com)
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