À deux jours du second tour de la présidentielle brésilienne, prévu dimanche 25 octobre, Lula et Flávio Bolsonaro s’affrontent aussi sur les réseaux sociaux, devenus un terrain majeur de la campagne. Après un premier tour où son camp avait peu investi ces plateformes, le président sortant a changé de stratégie. Les enjeux dépassent la communication électorale : la campagne remet au premier plan le rôle des plateformes dans la circulation de l’information et la liberté d’expression. (tse.jus.br)

Une campagne qui se joue aussi en ligne

Un partisan de Lula, photographié torse nu sur une sortie de métro de l’avenue Paulista à São Paulo, est devenu l’un des visages viraux de l’entre-deux-tours. Surnommé sur les réseaux le « gostoso da Paulista », il a contribué à donner une image énergique et séduisante au camp de gauche. L’épisode illustre la manière dont une image peut se diffuser et s’imposer dans une campagne.
Mais la stratégie numérique de Lula ne se résume pas à cette séquence. Avant le premier tour du 4 octobre, son équipe avait peu investi les réseaux sociaux, laissant davantage de place à son adversaire. Arrivé en deuxième position, le président sortant a ensuite renforcé sa présence en ligne.
Depuis ce changement, ses publications ont suscité près de quatre fois plus de réactions que celles de Flávio Bolsonaro, selon les éléments rapportés pendant la campagne. Sur WhatsApp, la chaîne baptisée « armée de Lula » compte trois fois plus d’abonnés que le « régiment de Flávio », celle de son rival. Ces chiffres donnent une indication de la mobilisation numérique des deux camps, sans préjuger du résultat des urnes.
Mobiliser, mais aussi déstabiliser
Au Brésil, les plateformes occupent une place importante dans l’accès à l’information et dans la vie politique. Leur capacité à fédérer des soutiens est également visible dans d’autres mouvements sociaux : en 2011, Facebook et Twitter ont accompagné les mobilisations du printemps arabe, en facilitant l’expression de revendications et l’organisation de manifestations dans des pays où les médias traditionnels étaient très contrôlés.
Cette capacité de diffusion comporte toutefois un revers. Les réseaux sociaux peuvent aussi propager de fausses informations, parfois amplifiées par des États étrangers dans le but d’influencer un scrutin. La question de leur impartialité est soulevée dans la campagne brésilienne : Lula accuse Meta d’avoir favorisé son adversaire, tandis qu’une douzaine d’organisations ont relevé des indices d’un possible traitement favorable à Flávio Bolsonaro. Meta rejette ces accusations et évoque des dysfonctionnements techniques. Le différend doit être examiné par le tribunal supérieur électoral.
Deux conceptions de la liberté d’expression
Le débat porte aussi sur la manière de concilier liberté d’expression et régulation. Le Brésil avait adopté en 2014 une loi visant notamment à garantir les droits des internautes, dont la liberté d’expression et la protection des usagers. Après la tentative de coup d’État de janvier 2023, la place de la désinformation et des discours de haine a cependant nourri de nouvelles tensions.
En 2024, un juge de la Cour suprême a ordonné à X de bloquer des comptes. Elon Musk, propriétaire de la plateforme, a dénoncé une censure. Le bras de fer avec les autorités brésiliennes a conduit à la suspension de X dans le pays pendant plus d’un mois, avant que l’entreprise ne se conforme à la législation.
Flávio Bolsonaro défend un « Internet libre » et promet de révoquer les décrets pris par Lula en matière de régulation. Le président sortant veut, lui, aller plus loin dans l’encadrement des plateformes. Pour les électeurs, le scrutin du 25 octobre se déroule donc aussi dans un contexte de désaccord sur les limites de la liberté d’expression en ligne et sur la responsabilité des entreprises numériques.
Source : RFI – Actualités, info, news en direct – Radio France Internationale (www.rfi.fr)
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Auteur : Guilhem Delteil







