À cinq jours du second tour de la présidentielle brésilienne, prévu le dimanche 25 octobre 2026, la campagne oppose deux dynamiques : Flávio Bolsonaro cherche à préserver son avance, tandis que Luiz Inácio Lula da Silva tente de la combler. Selon le politologue Lucas Gelape, le soutien au sénateur s’explique en partie par le rejet de Lula et du Parti des travailleurs, davantage que par une adhésion personnelle à sa candidature. Le coût de la vie, la sécurité et la mobilisation des électeurs pourraient encore peser sur le scrutin.

Deux stratégies pour la dernière semaine

Flávio Bolsonaro concentre son discours sur la sécurité publique, le pouvoir d’achat et la volonté de changement. Il se présente comme un candidat capable de répondre aux inquiétudes liées à l’insécurité et affirme que les Brésiliens souhaitent voir une nouvelle équipe accéder au pouvoir. Lors du débat du 18 octobre, il a notamment accusé le Parti des travailleurs (PT) d’avoir gouverné pendant vingt ans, une durée qui, relève Lucas Gelape, ne correspond pas exactement à la réalité.
De son côté, Lula met en garde contre un retour de la famille Bolsonaro au pouvoir. Son équipe insiste sur les risques que ce scénario ferait peser, selon elle, sur les droits sociaux. Le président sortant met aussi en avant les mesures adoptées par son gouvernement en faveur des travailleurs, dont une réforme constitutionnelle qui réduit le temps de travail.
La campagne se joue ainsi entre l’aspiration au changement portée par les Bolsonaro et la crainte d’un retour de leur famille au pouvoir, sur laquelle mise Lula. Pour Lucas Gelape, les deux ressorts se valent à ce stade, ce qui contribue à la perspective d’un scrutin serré.
Un vote Bolsonaro souvent motivé par le rejet de Lula
Les sondages du premier tour cités par le politologue indiquaient que le vote en faveur de Flávio Bolsonaro relevait davantage d’une opposition à Lula et au PT que d’un véritable enthousiasme pour le sénateur. Celui-ci ne suscitait pas spontanément une forte adhésion dans l’électorat de droite et devait aussi composer avec les soupçons de corruption qui lui ont été associés au fil des années, selon l’analyse de Gelape.
Le politologue estime toutefois que le candidat a progressivement construit sa propre identité politique pendant la campagne. Les difficultés de Lula ne tiennent pas seulement au rejet du PT : elles s’expliquent aussi, selon Gelape, par des choix de campagne. Le président a notamment misé sur son bilan, alors qu’une partie des électeurs se préoccupe davantage de son avenir que du passé du gouvernement.
Le pouvoir d’achat et la sécurité au cœur des préoccupations
Les indicateurs économiques évoqués dans l’entretien sont plutôt favorables : le chômage est présenté comme étant à son niveau le plus bas depuis le début des séries statistiques, et l’économie a renoué avec la croissance. Mais ces éléments ne suffisent pas à dissiper le mécontentement. Lucas Gelape avance plusieurs pistes, sans les présenter comme des explications définitives.
La qualité de l’emploi en est une. Au Brésil, la « pejotização » désigne notamment des situations où des travailleurs exercent comme prestataires indépendants, avec moins de garanties sociales et professionnelles. Selon le politologue, ces formes d’emploi peuvent s’accompagner de rémunérations plus faibles et contribuer à l’insatisfaction.
Le coût des aliments pèse également sur les ménages. Même si l’inflation alimentaire a été moins élevée sous Lula que sous Jair Bolsonaro, affirme le président lors d’un débat, les prix continuent de progresser et les salaires ne suivent pas au même rythme. Gelape rappelle que Lula avait promis en 2022 une amélioration du niveau de vie, symbolisée notamment par la bière et la picanha, une pièce de bœuf populaire au Brésil. Certains électeurs estiment aujourd’hui que cette promesse n’a pas été tenue.
La sécurité est l’autre thème central de la campagne de Flávio Bolsonaro. D’après Lucas Gelape, les inquiétudes sur ce sujet se sont renforcées dans plusieurs régions. Une opération policière meurtrière menée à Rio de Janeiro à la fin d’octobre ou au début de novembre 2025 aurait, selon son analyse, interrompu une légère remontée de popularité du gouvernement Lula et replacé la sécurité au premier plan du débat.
La mobilisation peut encore compter
Les électeurs susceptibles de changer de choix seraient peu nombreux, estime le politologue. Restent notamment ceux qui n’ont pas voté au premier tour, ainsi que ceux qui ont voté blanc ou nul. Le vote est obligatoire au Brésil, mais l’amende liée à l’abstention est faible, ce qui ne garantit pas que ces électeurs se déplaceront.
Les rassemblements peuvent, eux, renforcer les soutiens déjà acquis et les inciter à convaincre leur entourage. Lucas Gelape souligne aussi la progression de la mobilisation du PT sur les réseaux sociaux, un terrain où le camp bolsonariste est traditionnellement plus influent. À l’approche du scrutin, la participation de ces électeurs et l’intensité de la mobilisation pourraient donc compter autant que la capacité des candidats à faire évoluer les préférences.
Source : RFI – Actualités, info, news en direct – Radio France Internationale (www.rfi.fr)
Article original : Consulter la source originale
Auteur : Achim Lippold






