Lorsque je dis que je n’ai aucun souvenir de la période que j’ai passée dans le coma à l’hôpital de la Timone, à Marseille, au printemps 2023, je ne suis pas tout à fait honnête. J’ai en réalité un souvenir, un seul, fugace comme une ombre de passage. Il est assez précis. Je l’ai vécu et Emmanuelle, mon amie, m’en a raconté le contexte : un jour qu’elle me rendait visite, l’équipe soignante décida de me faire prendre l’air pour la première fois depuis l’AVC. J’étais sortie du coma depuis quelques jours. On m’installa dans un fauteuil roulant, on ouvrit une porte et on me poussa sur une espèce de parvis à l’entrée du service. Normalement, les premières sorties des patients se font sur le toit-terrasse de l’hôpital, mais, ce jour-là, il y avait trop de vent, et il a fallu se contenter du parterre avec vue sur le triste boulevard Sakakini.

De ce premier contact avec l’extérieur, ma mémoire n’a gardé aucune trace. Sauf peut-être, oui, ça me revient, le vent, et cette odeur de cigarette qu’un infirmier fumait à côté de moi. Aujourd’hui encore, me le rappeler me relie à la vie. J’ignore qui était le fumeur de la Timone, mais je dois au souvenir de son addiction la joie réconfortante de me sentir vivante. « Ça sent la clope », dis-je sobrement cet après-midi-là. J’avais reconnu l’odeur du tabac blond, et c’était merveilleux. On pouvait sortir du coma, être hémiplégique, presque morte et, pourtant, reconnaître le parfum âcre d’une cigarette américaine. Mieux, on pouvait le ranger dans sa mémoire comme LA trace de l’événement vasculaire cérébral effacé, qui avait découpé ma vie en deux parties distinctes : un avant perdu et un après nostalgique.

Depuis toujours, j’ai un bon odorat. Il est rare que je ne repère pas les empreintes olfactives de qui a fumé. Quelque chose porté par l’air autour d’une silhouette. Rare aussi que je ne souligne pas le travail de mon flair. Comme une crâneuse, je ne peux m’empêcher de faire savoir que j’ai senti. Ainsi, lors d’une visite médicale de pré-admission au centre de rééducation, dis-je fièrement au médecin qui m’examinait : « Hum, vous venez de fumer. » Lui, gêné comme un enfant pris sur le fait : « Chuuuuut, les gens d’ici ne savent pas que je fume ! »

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Quand l’odeur de cigarette devient un symbole de résilience

Un coma à l’hôpital de la Timone, une sortie à l’air libre, et une cigarette qui rappelle la vie. Ironie d’une réalité où même les addictions peuvent sembler réconfortantes.

Imaginez-vous, après un AVC, dans un fauteuil roulant, poussé vers l’extérieur, mais pas sur le toit-terrasse comme il se doit. Non, ce jour-là, le vent a décidé de jouer les trouble-fêtes, et vous voilà face à un triste boulevard Sakakini. La première sortie, et pourtant, c’est l’odeur de cigarette d’un infirmier qui marque ce moment. Étrange manière de se reconnecter à la vie, n’est-ce pas ?

Ce qui se passe réellement

Lorsque je dis que je n’ai aucun souvenir de la période que j’ai passée dans le coma à l’hôpital de la Timone, à Marseille, au printemps 2023, je ne suis pas tout à fait honnête. J’ai en réalité un souvenir, un seul, fugace comme une ombre de passage. Il est assez précis. Je l’ai vécu et Emmanuelle, mon amie, m’en a raconté le contexte : un jour qu’elle me rendait visite, l’équipe soignante décida de me faire prendre l’air pour la première fois depuis l’AVC. J’étais sortie du coma depuis quelques jours. On m’installa dans un fauteuil roulant, on ouvrit une porte et on me poussa sur une espèce de parvis à l’entrée du service. Normalement, les premières sorties des patients se font sur le toit-terrasse de l’hôpital, mais, ce jour-là, il y avait trop de vent, et il a fallu se contenter du parterre avec vue sur le triste boulevard Sakakini.

De ce premier contact avec l’extérieur, ma mémoire n’a gardé aucune trace. Sauf peut-être, oui, ça me revient, le vent, et cette odeur de cigarette qu’un infirmier fumait à côté de moi. Aujourd’hui encore, me le rappeler me relie à la vie. J’ignore qui était le fumeur de la Timone, mais je dois au souvenir de son addiction la joie réconfortante de me sentir vivante. « Ça sent la clope », dis-je sobrement cet après-midi-là. J’avais reconnu l’odeur du tabac blond, et c’était merveilleux. On pouvait sortir du coma, être hémiplégique, presque morte et, pourtant, reconnaître le parfum âcre d’une cigarette américaine. Mieux, on pouvait le ranger dans sa mémoire comme LA trace de l’événement vasculaire cérébral effacé, qui avait découpé ma vie en deux parties distinctes : un avant perdu et un après nostalgique.

Depuis toujours, j’ai un bon odorat. Il est rare que je ne repère pas les empreintes olfactives de qui a fumé. Quelque chose porté par l’air autour d’une silhouette. Rare aussi que je ne souligne pas le travail de mon flair. Comme une crâneuse, je ne peux m’empêcher de faire savoir que j’ai senti. Ainsi, lors d’une visite médicale de pré-admission au centre de rééducation, dis-je fièrement au médecin qui m’examinait : « Hum, vous venez de fumer. » Lui, gêné comme un enfant pris sur le fait : « Chuuuuut, les gens d’ici ne savent pas que je fume ! »

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Pourquoi cela dérange

Cette odeur de cigarette, loin d’être un simple souvenir, devient un symbole de la lutte contre l’oubli. Dans un monde où les addictions sont souvent vilipendées, elle rappelle que même dans les moments les plus sombres, il existe des réminiscences de vie. Mais que dire de cette réalité où un fumeur, caché derrière son tabou, devient le messager d’une résilience inattendue ?

Ce que cela implique concrètement

Cette situation illustre une incohérence frappante : comment un hôpital, censé être un sanctuaire de santé, peut-il être le théâtre d’addictions ? Cela soulève des questions sur la gestion des soins et la santé publique. Ne serait-il pas temps de revoir nos priorités ?

Lecture satirique

Il est presque comique de constater que dans un pays où l’on prône la santé et le bien-être, un simple parfum de cigarette peut être perçu comme une bouffée d’air frais. Cela nous rappelle les promesses des politiques de santé publique, souvent déconnectées de la réalité. Entre discours rassurants et pratiques douteuses, où se situe la vérité ?

Effet miroir international

À l’échelle mondiale, cette situation fait écho aux dérives autoritaires où les discours politiques se veulent protecteurs, mais cachent des réalités bien plus sombres. Que ce soit aux États-Unis ou en Russie, les promesses de sécurité et de santé sont souvent accompagnées d’une dose d’hypocrisie. La cigarette, ici, devient le symbole d’une lutte contre l’oubli, mais aussi d’une résistance face à des systèmes qui cherchent à contrôler tout, même notre mémoire.

À quoi s’attendre

À l’avenir, il est à craindre que ces contradictions persistent. Les politiques de santé continueront de jongler entre le discours et la réalité, laissant les citoyens naviguer dans un océan d’incohérences. Espérons que l’odeur de cigarette ne soit pas le seul souvenir qui nous relie à la vie.

Sources

Source : www.lemonde.fr

Ma vie après un AVC : « Ma dernière clope, une sale histoire »
Visuel — Source : www.lemonde.fr
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