La ville d’Annaba dans l’est de l’Algérie, va accueillir mardi 14 avril, Léon XIV pour la première visite d’un souverain pontife dans le pays. Le pape doit notamment visiter le site d’Hippone, le nom antique de cette cité et célébrer une messe dans la basilique Saint-Augustin.
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Ce grand penseur du début du christianisme est né en 354 dans la ville antique de Thagaste, aujourd’hui Souk Ahras, à environ 100 km au sud d’Annaba.
Élu en mai 2025, Léon XIV s’était réclamé haut et fort, dans son premier discours depuis le balcon de la basilique Saint-Pierre à Rome, de Saint Augustin, affirmant être l’un de ses « fils, un augustinien ». Il est en effet entré à l’âge de 22 ans dans l’ordre de Saint-Augustin, dont il a été prieur général de 2001 à 2013, avant de devenir cardinal, puis pape.

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Un pape augustinien
Comme le souligne le cardinal Jean-Paul Vesco, archevêque d’Alger, qui l’a invité dès le jour de son élection, Léon XIV est façonné par la spiritualité augustinienne. « Pour lui Saint-Augustin est très important. Il le cite beaucoup. Il est déjà venu par deux fois en Algérie quand il était prieur général de cet ordre », explique-t-il. « Il ne vient pas pour faire un pèlerinage, mais c’est une figure qui le touche à titre personnel ».
« Beaucoup de ses citations proviennent de Saint-Augustin, alors qu’il pourrait se référer à d’autres pères de l’Église ou d’autres théologiens. Il est clair qu’il a une place importante dans son univers de pensée à lui et dans sa construction », ajoute le cardinal.

Saint Augustin d’Hippone est une figure majeure de la théologie chrétienne, considéré comme l’un des quatre premiers Pères de l’Église latine et docteur de l’Église. Lorsqu’il nait en 354, Thagaste se trouve dans la province romaine d’Afrique. « Ses origines sont plutôt locales et autochtones », décrit Mehdi Ghouirgate, enseignant-chercheur et professeur au département des études arabes à l’Université Bordeaux Montaigne. « Il a conscience d’appartenir à cette terre africaine, même si par ailleurs son intégration à l’identité romaine est totale ».
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Une conversion tardive
Né d’un père païen, petit propriétaire foncier et d’une mère chrétienne profondément pieuse, saint Augustin n’est pas vraiment élevé en chrétien. Durant une dizaine d’années, il adhère à d’autres courants religieux, notamment le manichéisme. À 17 ans, il quitte sa région d’origine pour étudier à Carthage à proximité de l’actuelle Tunis, alors la ville d’Afrique la plus peuplée, où il passe une douzaine d’années avant de partir pour l’Italie. « Sa conversion au christianisme n’intervient pas en Afrique, mais à Milan sous l’égide bienveillante et protectrice de Saint-Ambroise », raconte Mehdi Ghouirgate.
Baptisé en 387, il s’engage alors pleinement dans la vie chrétienne. De retour sur ses terres natales, à Hippone, la population lui demande de devenir prêtre. Il est ensuite consacré évêque en 395 et le reste pendant près de 35 ans. À l’époque, l’église catholique est minoritaire et il dépense toute son énergie pour défendre la foi face aux « hérésies de son temps » : manichéisme, donatisme, pélagianisme, arianisme… « Il est confronté à toutes sortes de problèmes et à des ennemis internes », souligne Mehdi Ghouirgate, spécialiste de l’Histoire de l’Occident musulman. « Il va essayer de trouver des réponses et de lutter contre le paganisme et ce qui avait structuré la vie des hommes pendant si longtemps. Il a donné une hauteur de vue à l’Église« .

Philosophe, théologien, orateur, écrivain, pasteur, son œuvre est immense. « Il a énormément écrit et ses lettres ont été conservées. Mais son best seller absolu ce sont Les confessions, un récit d’allure autobiographique, dans lequel il donne des éléments sur sa vie et dans lequel il dit en quoi consiste la vie du bon chrétien notamment vis à vis de ses adversaires ».
En 2012, Léon XIV, qui s’appelait encore Robert Prevost, avait résumé le sens de ce livre parmi les plus lus au monde : « Augustin parle de l’amitié, de la famille, de l’importance de sa mère, de son père, de l’ambition humaine, de tant d’aspects différents de la vie humaine. Il explique ensuite comment ces choses l’ont aidé ou non dans son cheminement personnel vers la découverte de Dieu et de ce qui est vraiment saint dans la vie ».
Un souvenir ravivé en Algérie ?
Saint-Augustin décède à Hippone en 430, pendant le siège de la ville par Genséric, roi des Vandales, un peuple germanique. « Il meurt au moment où la romanité en Afrique est déjà chancelante et s’écroule sous ces coups de butoir », résume Mehdi Ghouirgate. Sa dépouille arrive à Pavie, en Italie, au 8e siècle et devient l’objet de vénération. Augustin est canonisé en 1298 et reconnu comme docteur de l’Église la même année.
Après les conquêtes arabo-musulmanes, le souvenir d’Augustin s’estompe dans son pays d’origine. Ce n’est qu’à partir du 19e siècle, avec la colonisation, que la France essaye de valoriser sa figure « pour rappeler que l’Algérie avait fait partie de l’Empire romain et qu’il y avait une continuité historique et culturelle », explique Mehdi Ghouirgate. « Par la suite, le nationalisme algérien a donc plutôt repoussé Saint-Augustin, symbole de l’époque coloniale. L’immense majorité des Algériens, pour des raisons liées à l’Islam, le voient aujourd’hui comme un étranger ».

Ce n’est qu’en 2001 qu’un premier colloque à son sujet a été organisé en Algérie à l’initiative du président Bouteflika. Pour promouvoir le processus de réconciliation nationale après la décennie noire, il rappelait qu’il était « un enfant du pays ». L’ancien chef de l’Etat avait aussi ordonné la restauration et la mise en valeur du site archéologique d’Hippone, à Annaba, reconnu comme son évêché. Chaque année des journées augustiniennes sont aussi organisées dans la ville par l’évêché autour de sa date de naissance, le 13 novembre, pour mieux le faire connaître.
Pour le cardinal Jean-Paul Vesco, il est très étonnant de voir qu’on parle encore finalement de lui : « Au moment où il meurt, Hippone est assiégé par les vandales. Sa civilisation va s’écrouler. Normalement, il n’aurait rien dû rester de lui. Et pourtant, quinze siècles plus tard, un pape va venir sur ces ruines et sa pensée est connue. Dans un pays qui est musulman, sa présence est restée vivante ».
Annaba : Le Pape Léon XIV, Saint-Augustin et les Paradoxes de l’Histoire
Le 14 avril, Annaba, en Algérie, accueillera Léon XIV pour la première visite papale. Un événement qui soulève plus de questions qu’il n’apporte de réponses.
Quand on évoque la ville d’Annaba, on pense immédiatement à Saint-Augustin, ce grand penseur du christianisme, né en 354 à Thagaste, aujourd’hui Souk Ahras, à quelques encablures. Mais voilà, le Pape Léon XIV, élu en mai 2025, ne vient pas seulement pour rendre hommage à son illustre prédécesseur. Non, il s’agit aussi d’une manœuvre politique habile, un coup de com’ pour redorer l’image d’une Église en quête de légitimité dans un monde de plus en plus sécularisé.
Ce qui se passe réellement
Le Pape Léon XIV, fervent admirateur de Saint-Augustin, s’apprête à célébrer une messe dans la basilique éponyme. Mais qu’en est-il de la réalité sur le terrain ? L’Algérie, un pays où l’Islam est la religion d’État, accueille un Pape dans un contexte où les chrétiens sont souvent perçus comme des étrangers. Ce paradoxe soulève des interrogations sur les motivations réelles de cette visite.
Pourquoi cela dérange
La visite du Pape pourrait sembler être un pont entre les cultures, mais elle met en lumière l’absurdité d’une Église qui, tout en prêchant l’amour et la tolérance, peine à s’intégrer dans un monde où elle est souvent perçue comme un vestige d’un passé colonial. La présence de Léon XIV à Annaba pourrait être interprétée comme une tentative de réécrire l’histoire, une façon de revendiquer des racines dans un pays qui a longtemps été sous le joug colonial.
Ce que cela implique concrètement
Cette visite pourrait renforcer les tensions entre les différentes communautés religieuses en Algérie. Les chrétiens, déjà minoritaires, pourraient se retrouver au centre d’une controverse qui les dépasse. De plus, la récupération politique de la figure de Saint-Augustin par l’Église catholique pourrait aggraver les ressentiments nationalistes et religieux.
Lecture satirique
Il est ironique de voir un Pape, représentant d’une institution souvent critiquée pour ses positions conservatrices, venir célébrer un saint qui prônait la réflexion critique et l’introspection. Léon XIV, en se revendiquant « augustinien », semble ignorer que Saint-Augustin lui-même aurait eu beaucoup à dire sur les dérives autoritaires et les hypocrisies de son Église.
Effet miroir international
Cette situation rappelle les dérives autoritaires observées dans d’autres parties du monde, où les leaders religieux et politiques tentent de s’accaparer des figures historiques pour légitimer leurs actions. Que ce soit aux États-Unis ou en Russie, les discours politiques se parent souvent de références historiques pour masquer des intentions moins nobles.
À quoi s’attendre
Il est probable que cette visite ne fasse qu’accroître les tensions existantes. Les promesses de dialogue interreligieux risquent de rester lettre morte face à la réalité des rapports de force sur le terrain. Les Algériens, qu’ils soient musulmans ou chrétiens, devront naviguer dans un contexte où les symboles prennent le pas sur les véritables enjeux sociaux et politiques.
Sources





