Alsace : Retour vers le futur ou simple caprice régional ?

Une proposition de loi pour restaurer l’Alsace en tant que collectivité à statut particulier soulève des questions sur l’efficacité et la pertinence d’une telle démarche.

Souvenez-vous, c’était il y a dix ans et quelques mois. La France comptait encore 27 régions, dont 22 dans l’Hexagone. Parmi elles, l’Alsace qui regroupait le Bas-Rhin et le Haut-Rhin. Depuis, ces deux départements appartiennent à la région Grand-Est (avec les Ardennes, l’Aube, la Marne, la Haute-Marne, la Meurthe-et-Moselle, la Meuse, la Moselle et les Vosges). Mais une proposition de loi discutée ce mardi 7 avril à l’Assemblée aimerait faire marche arrière. Un débat urticant dans l’est de la France mais pas seulement.

Ce texte porté par des députés alsaciens macronistes (Brigitte Klinkert, Olivier Becht, Françoise Buffet et Charles Sitzenstuhl) veut créer une « collectivité à statut particulier » et doter l’actuelle Collectivité européenne d’Alsace (CEA) – issue de la fusion des conseils départementaux du Bas-Rhin et du Haut-Rhin – des compétences d’une région. En clair l’Alsace serait à la fois un département et une région.

Les défenseurs de l’idée mettent en avant des « spécificités historiques » et promettent plus « d’efficacité de l’action publique ». Selon les défenseurs du texte – dont les députés alsaciens Brigitte Klinkert, Olivier Becht, Françoise Buffet et Charles Sitzenstuhl mais aussi l’ancien Premier ministre Gabriel Attal – il s’agit de « simplifier les échelons de gestion administrative » et de réaliser « des économies budgétaires de l’ordre de 80 à 100 millions d’euros par an ».

Ce qui se passe réellement

En « fusionnant » les compétences départementales et régionales, « on simplifie les procédures, on est plus efficaces », plaidait récemment le président de la CEA Frédéric Bierry (divers droite), grand défenseur de cette réforme, qui s’appuie sur des sondages selon lesquels « les Alsaciens sont favorables à une sortie de leur région du Grand Est ».

Pourquoi cela dérange

Le président (DVD) de la région Grand Est, Franck Leroy, a réagi en qualifiant cette initiative de « saugrenue », arguant qu’il y a dans notre pays des sujets bien plus importants et graves. Il estime que les économies annoncées « ne sont pas démontrées ». Si le projet est voté, « les Alsaciens seront certes entre eux, mais ils auront moins de moyens pour se développer, il faut dire la vérité aux gens ».

Ce que cela implique concrètement

Il a reçu le soutien des présidents de dix régions (de gauche et de droite). Pour eux, le risque ne concerne pas seulement les Alsaciens. Ce texte colle « parfaitement pour ne pas dire au mot près aux exigences de l’extrême droite qui a fait du démantèlement des régions l’un de ses chevaux de bataille », dénoncent ces élus, parmi lesquels Carole Delga, Xavier Bertrand ou Valérie Pécresse. « Ce texte servira, s’il acquiert force de loi, à chaque lobby local à revendiquer autonomie et indépendance », s’inquiètent-ils.

Lecture satirique

À une époque où le vivre-ensemble national se délite, il serait peut-être plus judicieux de recoudre plutôt que déchirer, rassembler plutôt que dépecer. Mais que serait la politique sans un bon petit caprice régional ? On pourrait presque croire que nos élus ont un sens de l’humour bien aiguisé, en jouant à la roulette russe avec la cohésion nationale.

Effet miroir international

À l’étranger, des politiques similaires se dessinent, où les discours nationalistes et autonomistes fleurissent, comme aux États-Unis ou en Russie. Ces mouvements, souvent portés par des promesses de retour aux racines, semblent ignorer les leçons du passé. La France, en se lançant dans cette aventure alsacienne, ne fait-elle pas écho à ces dérives autoritaires ?

À quoi s’attendre

Le gouvernement, pour sa part, ne se mouille pas. La ministre chargée de l’Aménagement du territoire et de la Décentralisation, Françoise Gatel, a annoncé qu’elle rendra « un avis de sagesse », tout en réclamant « une consultation citoyenne des habitants de la Région Grand-Est afin d’éclairer sur les souhaits de tous les habitants concernés ». Une belle manière de dire qu’on préfère laisser le soin aux parlementaires de trancher, tout en gardant une main sur le volant.

Sources

Source : www.huffingtonpost.fr

Visuel — Source : www.huffingtonpost.fr
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