Ali Shariati : Le Philosophe de la Révolution Islamique ou le Cerveau d’un Islamo-Marxisme ?
Dans les manifestations de 1978 en Iran, Ali Shariati, un intellectuel marxiste, aurait pu rivaliser avec Khomeyni. Mais sa mort prématurée a laissé un vide dans une révolution où l’ironie du sort a fait place à l’autoritarisme.
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Connaissez-vous Ali Shariati ? Dans les gigantesques manifestations qui, tout au long de l’année 1978, ont précipité le renversement du shah d’Iran, les portraits de ce séduisant quadragénaire vêtu à l’occidentale côtoyaient ceux du vieux mollah Khomeyni, coiffé de son turban traditionnel. Sa mort brutale en Grande-Bretagne en juin 1977 avait écarté Ali Shariati d’une révolution dans laquelle ce « socialiste de Dieu », formé à la Sorbonne, aurait pu disputer le leadership au représentant d’un clergé chiite qu’il jugeait « réactionnaire ». Ali Shariati, véritable cerveau de la Révolution islamique, a été le brillant théoricien d’un islamo-marxisme réconciliant l’islam et la lutte des classes, une théologie de la libération qui se développa parallèlement à celle dont se revendiquaient à la même époque des chrétiens de gauche, notamment en Amérique Latine.
Ce qui se passe réellement
Né le 24 novembre 1933 dans un petit village au nord-est de l’Iran, Ali Shariati a été confronté, dès l’enfance, au choc entre la vie religieuse ancestrale et la modernité. Dans un pays mené d’une main de fer par le roi Reza Shah, son père, Mohammad Taqi Shariati, a été contraint de troquer sa toge contre un costume à l’occidentale lorsque la monarchie, dans les années 1930, créa une Éducation nationale dépendant de l’État et non plus du clergé. En 1945, les troupes soviétiques occupant encore une partie du nord-est de l’Iran, le ministère de l’Éducation nationale est confié au dirigeant communiste Fereydoun Kechavarz. Comme beaucoup d’enseignants, le père de Shariati s’imprègne alors d’idées sociales et hostiles à « l’impérialisme » britannique, qu’il transmet à son fils Ali, militant dès l’âge de 15 ans dans les rangs des « socialistes pieux ».
Islam et marxisme au Quartier Latin
C’est à Paris, capitale mondiale des révolutions, que le jeune Shariati construira sa pensée « islamiste de gauche ». Il y arrive à vingt-six ans, en 1959, doté d’une bourse du gouvernement iranien, afin d’y compléter ses études doctorales. Obsédé par la « débauche » qui règne à ses yeux dans la « Ville lumière », Ali Shariati écrit à ses proches : « Ici, il n’y a rien d’autre que danse, cabaret, vin, casino et toutes sortes de recherches sur les différentes façons de copuler… » Ne trouvent grâce à ses yeux que les étudiants catholiques de l’Alliance française où il apprend la langue de Voltaire. Ali Shariati voit dans leur Église un antidote à « l’extinction certaine de la société française ».
Pourquoi cela dérange
Shariati, en prônant un islam révolté, a mis en lumière les contradictions d’un clergé traditionnel face à un peuple en quête de modernité. Son islamo-marxisme, qui se voulait libérateur, a été récupéré par un régime qui a rapidement oublié ses idéaux d’émancipation au profit d’un autoritarisme rampant. La promesse d’un gouvernement « islamique » s’est vite transformée en une dictature théocratique, où le clergé a pris le contrôle, contredisant ainsi les aspirations initiales de la révolution.
Ce que cela implique concrètement
Les conséquences de cette dérive sont visibles aujourd’hui : un Iran où la liberté d’expression est muselée, où les droits des femmes sont bafoués, et où l’autoritarisme se cache derrière un discours religieux. La révolution, qui aurait pu être un modèle de liberté et de justice sociale, est devenue un exemple de ce que l’on peut perdre lorsque les idéaux sont trahis.
Lecture satirique
Il est ironique de constater que ceux qui prônaient un islam de libération se sont retrouvés à défendre un système qui ressemble plus à une prison qu’à un havre de paix. Les promesses de liberté et de justice ont été remplacées par des discours sur la pureté religieuse et l’obéissance aveugle. Comme quoi, la lutte des classes peut parfois se transformer en lutte pour le contrôle des esprits.
Effet miroir international
Cette dérive iranienne fait écho à d’autres régimes autoritaires à travers le monde, où les promesses de liberté sont souvent utilisées comme un leurre pour justifier des politiques répressives. Que ce soit aux États-Unis, avec leur discours sur la liberté tout en surveillant les citoyens, ou en Russie, où la démocratie est un mot tabou, la leçon est claire : les idéaux peuvent être détournés pour servir des intérêts bien éloignés de ceux qu’ils prétendent défendre.
À quoi s’attendre
À l’avenir, il est crucial de rester vigilant face aux discours qui promettent le changement tout en conservant les structures de pouvoir en place. La révolution iranienne nous rappelle que la lutte pour la liberté est un combat constant, et que les idéaux doivent être défendus avec rigueur et détermination.



