Accord UE-Australie : Quand la viande fait trembler l’Europe
L’accord signé entre l’Union européenne et l’Australie promet des économies de droits de douane, mais à quel prix pour nos agriculteurs ?
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Selon Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, l’accord signé entre l’Union européenne et l’Australie, le 24 mars, permettra aux entreprises européennes d’économiser 1 milliard d’euros de droits de douane annuels. C’est le troisième accord signé cette année par l’UE, après ceux officialisés avec le Mercosur et l’Inde, en janvier 2026. Mais derrière ces chiffres mirobolants se cache une réalité bien plus sombre pour nos agriculteurs.
Ce qui se passe réellement
Parmi les nouvelles ouvertures avec le marché australien, le volet agricole inquiète de nouveau les agriculteurs européens, notamment autour de quatre produits phares : le bœuf, le mouton, le sucre et le riz. Pour le bœuf, le quota actuel va être multiplié par 10 sur 10 ans. Cela signifie que 30 000 tonnes de bœuf australien auront le droit d’entrer sur le marché européen, avec un peu plus de la moitié en détaxé et un peu moins de la moitié bénéficiant d’un droit de douane réduit. Pour le mouton, on atteindra 25 000 tonnes sur 7 ans, alors que l’Australie est le plus gros producteur au monde et que la France importe déjà plus d’un agneau sur deux.
Pourquoi cela dérange
La filière française se retrouvera en difficulté, et Patrick Souris, vice-président de la Fédération nationale ovine, parle même de « sacrifice ». Les animaux en Australie sont élevés dans des conditions qui n’ont rien à voir avec celles imposées par les normes européennes. Si les dimensions des exploitations et le coût de la main-d’œuvre ne sont pas les mêmes, Patrick Souris dénonce aussi des pratiques qui ne respectent pas le bien-être animal.
Ce que cela implique concrètement
Ces quotas sont en réalité bien inférieurs à ce qu’espéraient les agriculteurs australiens, et bien moindres que dans l’accord avec le Mercosur. Mais ce qui inquiète les agriculteurs européens est l’effet de cumul, si on additionne tous les accords de libre-échange que signe l’Union européenne. De plus, la protection des appellations européennes va être réduite par rapport à d’autres pays. Les Australiens pourront continuer à utiliser des mots comme « parmesan », « prosecco », « gruyère » et « feta », à partir du moment où ils sont produits depuis au moins 5 ans en Australie.
Lecture satirique
Pour la Commission européenne, le plus important est le volet industriel, c’est-à-dire l’accès au marché australien pour les véhicules européens. Cela permet de payer très peu de droits de douane et d’avoir accès à des terres rares, comme le lithium. En revanche, l’acier a été exclu de l’accord, parce qu’il est en difficulté en Europe. Une belle démonstration de priorités : sauver l’industrie automobile au détriment de l’agriculture locale, tout en se drapant dans le manteau de la modernité commerciale.
Effet miroir international
Ce nouvel accord devra maintenant être soumis au Parlement européen et au Conseil. En attendant, les éleveurs bovins et ovins se sont mobilisés, notamment en signant une lettre ouverte à Emmanuel Macron pour lui demander d’agir. On ne peut s’empêcher de faire un parallèle avec les politiques autoritaires qui, à travers le monde, privilégient les intérêts économiques au détriment des droits des travailleurs et des normes environnementales.
À quoi s’attendre
Les agriculteurs européens doivent s’attendre à une concurrence accrue, et les consommateurs à une baisse de la qualité des produits. Si l’UE continue sur cette voie, il ne faudra pas s’étonner si nos assiettes se remplissent de produits australiens, élevés dans des conditions que nous ne tolérerions pas chez nous.