À Pékin, « unité inévitable » avec Taïwan: la paix promise, la force en astérisque
Le 10 avril 2026, Xi Jinping dit à Cheng Li-wun (KMT) être « pleinement convaincu » d’une union Chine–Taïwan, tout en gardant l’option de la force et des manœuvres autour de l’île: la paix version mode d’emploi.
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Vendredi 10 avril 2026, à Pékin, Xi Jinping s’affiche tout sourire avec Cheng Li-wun, patronne du principal parti d’opposition taïwanais. À la télé taïwanaise: la poignée de main. Autour de Taïwan: des avions, des navires, des exercices « réguliers ». Version courte du message: « On veut la paix, mais on garde le mode combat. » Ironie du jour: la cheffe du KMT plaide « pour éviter une guerre » pendant que Pékin répète que l’unité est écrite par l’Histoire en lettres capitales.
Ce qui se passe réellement
Le président chinois Xi Jinping a déclaré vendredi 10 avril à Pékin à Cheng Li-wun, cheffe du principal parti d’opposition taïwanais, être « pleinement convaincu » que Chinois et Taïwanais seront unis à l’avenir, en dépit des tensions bilatérales. Première présidente du Kuomintang (KMT), grande formation politique taïwanaise, à se rendre en Chine continentale depuis 10 ans, Cheng Li-wun a plaidé auprès de son hôte pour des relations Pékin-Taipei apaisées afin « d’éviter une guerre ».
La Chine considère Taïwan comme l’une de ses provinces, qu’elle n’a pas réussi à unifier avec le reste de son territoire depuis la fin de la guerre civile chinoise en 1949. Elle plaide pour une solution pacifique mais n’exclut pas de recourir à la force pour en prendre le contrôle. « Le grand mouvement qui pousse les compatriotes des deux rives [du détroit qui sépare Taïwan et la Chine continentale] à se rapprocher, à tisser des liens et à s’unir ne changera pas », a déclaré vendredi Xi Jinping, dans une référence à sa volonté de réunir la Chine et Taïwan.
« C’est le cours inévitable de l’histoire, nous en sommes pleinement convaincus », a-t-il souligné en recevant la cheffe de l’opposition taïwanaise, avec qui il a échangé une poignée de main devant les caméras. La rencontre était retransmise en direct, notamment par une télévision taïwanaise. Depuis 2016, la présidence de Taïwan est détenue par une formation rivale du KMT, le Parti démocrate progressiste (DPP), au credo indépendantiste et au discours moins conciliant avec Pékin, ce qui a tendu les relations bilatérales. Pékin considère ainsi l’actuel président taïwanais, Lai Ching-te, comme un séparatiste.
La Chine a intensifié ses pressions diplomatiques sur Taïwan. Elle déploie quasi quotidiennement des avions de chasse et des navires de guerre et mène régulièrement des exercices militaires autour de l’île. Lai Ching-te a écrit vendredi sur Facebook que les agissements chinois portaient « gravement atteinte à la paix et la stabilité régionales ». « Les habitants des deux rives vivent sous des systèmes différents, mais nous nous respecterons mutuellement et nous nous rapprocherons », a pour sa part déclaré Cheng Li-wun à Xi Jinping, alors que la visite de la femme politique, régulièrement accusée d’être trop favorable à Pékin, fait débat à Taïwan.
Pourquoi cela dérange
– Contradiction centrale: « solution pacifique » affichée, tout en « n’excluant pas » l’usage de la force et en multipliant avions, navires et exercices autour de l’île. Paix, mais sous escorte.
– Démonstration télévisée d’« unité à venir » pendant que le président taïwanais Lai Ching-te dénonce une atteinte « grave » à la stabilité régionale. Le message et ses contre-images.
– La cheffe du KMT veut « éviter une guerre »; Pékin assure que l’union est « inévitable ». Traduction politique: dialogue sous ultimatum, poignée de main sous condition.
Ce que cela implique concrètement
– Pékin martèle un cap: l’unité Chine–Taïwan comme « cours inévitable de l’histoire ». Signal envoyé autant à Taipei qu’au public chinois.
– La pression diplomatique et militaire restera un levier: déploiements quasi quotidiens et exercices réguliers autour de l’île cadrent le rapport de force.
– À Taïwan, la visite d’une dirigeante du KMT en Chine nourrit un débat interne déjà vif entre ligne d’ouverture et ligne de fermeté (DPP).
Lecture satirique
– Manuel du « soft power » dur: annoncer la paix au micro, faire vrombir les réacteurs en fond sonore.
– Slogan proposé: « Respect mutuel, mais sous escorte maritime ». Jeu concours: compter les poignées de main télévisées entre deux patrouilles navales.
– « Inévitable » est un mot pratique: il évite de convaincre. À défaut d’adhésion, il reste la programmation historique.
À quoi s’attendre
Au vu des éléments ci-dessus au 10 avril 2026: poursuite probable d’un double discours paix/fermeté côté Pékin, maintien de la pression autour de l’île, et débat politique taïwanais ravivé par les gestes d’ouverture du KMT et la fermeté du DPP. Les caméras continueront de filmer les symboles; les militaires, eux, de cadrer le décor.




