Présentée au Théâtre Michel, à Paris, la pièce Les Rochambelles retrace le parcours d’une unité féminine d’ambulancières engagée aux côtés de la 2ᵉ division blindée du général Leclerc. De la formation du groupe à la campagne de Libération, l’autrice Valérie Demay s’appuie notamment sur l’histoire de sa grand-mère, Gabrielle « Crapette » Demay, pour faire connaître ces combattantes longtemps restées dans l’ombre.

Une unité créée à l’initiative de Florence Conrad

L’aventure commence avec Florence Conrad. Américaine installée en France depuis des décennies et infirmière durant la Première Guerre mondiale, elle participe en 1940 à l’évacuation de blessés après l’offensive allemande. Elle retourne ensuite aux États-Unis afin de recueillir des fonds pour aider les prisonniers de guerre.
Après le débarquement anglo-américain en Afrique du Nord, en novembre 1942, Conrad cherche à reprendre part à l’effort de guerre. Elle finance l’achat de 19 ambulances Dodge et recrute des volontaires françaises pour former une unité sanitaire. Le groupe est surnommé « Rochambeau », en référence au comte de Rochambeau, compagnon de Lafayette pendant la guerre d’indépendance américaine. Ses membres seront appelées les Rochambelles.
En septembre 1943, l’unité rejoint Rabat. Le général Leclerc accepte d’abord les ambulances, mais pas les femmes qui les conduisent. Florence Conrad refuse cette séparation et pose ses conditions : sans les ambulancières, les véhicules ne seront pas mis à disposition. Les volontaires sont finalement admises, à charge pour elles de faire leurs preuves lors des entraînements et des manœuvres.
Dans sa pièce, Valérie Demay évoque les exercices, les railleries et les conditions de vie précaires des femmes, logées sur une péniche. Parmi elles figure Gabrielle Demay, infirmière de formation, que sa petite-fille décrit comme ayant fui un mari violent. Elle avait quitté la France pour rejoindre les Forces françaises libres, traversé le pays puis l’Espagne, où elle avait été arrêtée avant de s’évader et de gagner le Maroc.
De la Normandie à l’Allemagne
Après les épreuves d’entraînement, Leclerc accepte que les Rochambelles accompagnent la division jusqu’à Paris. En mai 1944, leur section compte 38 femmes et embarque pour l’Angleterre. Elle débarque à Utah Beach au début du mois d’août, un mois après le Débarquement.
Dans le bocage normand, sous les bombardements et les tirs, les ambulancières transportent les blessés depuis les champs de bataille vers les postes de secours et les hôpitaux. Elles prennent en charge des soldats alliés, mais aussi parfois des soldats allemands. Valérie Demay décrit une période de forte tension pour les femmes engagées dans cette campagne.
Les Rochambelles participent ensuite à la Libération de Paris, le 25 août 1944. Alors qu’elles se reposent dans les jardins de Bagatelle, le général Leclerc leur annonce qu’il souhaite les garder au sein de la division. Elles poursuivent leur route jusqu’à Strasbourg, puis en Allemagne, où elles sont présentes à Berchtesgaden lors de la capitulation allemande. Deux membres de l’unité, Leonora Lindsley et Micheline Garnier, meurent pendant l’engagement ; plusieurs autres sont grièvement blessées.
Une histoire transmise par la famille
Valérie Demay connaît cette histoire depuis l’enfance. Sa grand-mère Gabrielle, surnommée Crapette, était une Rochambelle. La petite-fille a aussi recueilli les souvenirs de Jacqueline, dite Jacquotte, la coéquipière de sa grand-mère, qui lui a raconté leur parcours.
Durant le confinement, l’autrice retrouve les mémoires laissés par Jacquotte et une assiette ornée d’un aigle nazi. Son père lui explique que l’objet venait du nid d’aigle de Berchtesgaden et avait été rapporté par sa grand-mère. Cette découverte la pousse à approfondir ses recherches. Elle consulte des historiens et des témoignages, dont les récits de Florence Conrad et de Suzanne Massu, puis choisit Jacquotte comme personnage central de la pièce.
Après la guerre, les anciennes Rochambelles restent proches et organisent des réunions. Certaines, comme Florence Conrad et Suzanne Massu, reçoivent des distinctions, notamment la Croix de Guerre ou la Médaille de la Résistance française. Mais, selon Valérie Demay, beaucoup ont peu raconté leur expérience. Avec la pièce, elle entend remettre leurs parcours en lumière et rendre hommage à sa grand-mère, qui n’a pas reçu cet hommage de son vivant.
Source : France 24 – Infos, news & actualités – L'information internationale en direct (www.france24.com)
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Auteur : Stéphanie TROUILLARD







