Depuis la suppression de l’allocation mensuelle de subsistance du Calvados en juin 2024, un collectif de mamans sans papiers caennaises se bat pour récupérer leurs droits et préserver le quotidien de leurs enfants. Une première bataille vient d’être gagnée : le tribunal administratif de Caen enjoint au Département de réexaminer les dossiers des familles affectées.

« Des papiers pour tous ou pas de papier du tout » : samedi 20 décembre 2025, des voix de militants et de familles sans papiers se mêlaient dans les rues de Caen. La manifestation était organisée par le collectif FEDER, Famille en Détresse et Révoltées, crée au printemps 2025, presque un an après la suppression d’une aide financière mensuelle du Département destinée aux familles sans ressources.

En tête du cortège, une grande banderole à l’effigie de la préfecture – institution symbolique, responsable de traiter les demandes de régularisation des sans papiers –, suivie de nombreuses pancartes. Sur l’une d’entre elles, on pouvait lire « Mères en colères » au recto et des gribouillis d’enfants au verso.

« Il y avait beaucoup de monde. On a chanté, crié, écrit des pancartes », raconte Isabelle, l’une des mamans du collectif, en souriant. Les filles d’Imene en gardent elles aussi un bon souvenir, et chantent encore des slogans de manifestation. Extraits :

Un costume pour le carnaval

Dans le collectif, ce sont les mères de familles qui se mobilisent : elles se réunissent presque un lundi après-midi sur deux, avant la sortie des classes. Leur objectif ? Préserver un maximum le quotidien de leurs enfants, malgré des nuits au 115 ou un hébergement à l’hôtel. « On tape aux portes pour l’avenir de nos enfants », résume Aïcha. « On veut être autonome », ajoute Sergine, qui souligne leur volonté de trouver un travail pour subvenir aux besoins de la famille. « Ma petite, elle a neuf ans, elle s’est senti mal parce qu’on a pas pu acheter de costume pour le carnaval. »

Dans un quotidien précaire et rempli de complexités administratives, les revendications du collectif sont concrètes : des tickets de tramway pour accompagner les enfants à l’école, la gratuité de la cantine scolaire ou encore la création d’un « chèque activité sport et culture » pour que chaque enfant puisse avoir accès à un loisir en dépit de l’absence de ressources de leurs parents.

Lettre à Twisto, le réseau de transports en commun de l’agglomération caennaise, collecte de fournitures scolaires ou rendez-vous avec le maire (« qui n’a pas encore donné suite », insiste Imene) : les FEDER cherchent à faire entendre leur voix. Le collectif est aussi un moyen de rompre l’isolement, pour des mamans sans papiers exclues de la société. « On se défoule un peu, on prend le café ensemble », sourit Imene.

Un combat judiciaire contre le Département

Derrière ces revendications, le combat est administratif et judiciaire. En juin 2024, le Conseil Départemental du Calvados modifiait son Règlement d’Action Sociale (RDAS), supprimant l’allocation mensuelle de subsistance versées aux familles sans ressources (170 € pour un enfant, additionné à 50 € par enfant supplémentaire environ), quelle que soit leur situation administrative. Elle est transformée par une aide exceptionnelle, beaucoup plus restrictive, excluant notamment les personnes sans papiers. En effet, le texte exige que « la situation de précarité [soit] provoquée par un accident de la vie », mais aussi que l’aide soit versée par virement bancaire. Des centaines de personnes étrangères ont reçu un refus de versement, suite à cette modification.

Dans un premier temps, une quarantaine de familles ont déposé des recours individuels, qu’elles ont perdus en première instance. « Face à ça, les associations ont fait un recours collectif en soulevant l’illégalité du changement », explique Fleur, bénévole à la Cimade et soutien des FEDER. L’action en justice a été portée par les associations Vents Contraires et La Cimade, soutenues par l’ASTI 14 et la Défenseure des Droits. Plusieurs mamans du collectif FEDER ont assisté à l’audience, parfois avec leur landau.

Le 6 mars 2026, le Tribunal Administratif de Caen a tranché, et jugé illégale les nouvelles conditions d’éligibilité de l’aide. Le texte modifiant le RDAS est partiellement annulé, obligeant le Département à réexaminer les dossiers des familles en situation irrégulière. Alors que d’autres départements ont supprimé l’allocation mensuelle de subsistance, l’action judiciaire portées par les associations caennaise est inédite. « Ça peut faire jurisprudence » se réjouit Fleur.

Toutefois, la lutte du collectif FEDER n’est pas terminée : « c’est une victoire partielle » estime Fleur. L’aide peut encore être refusée par le Département, une fois les dossiers réexaminés, ou bien rester ponctuelle. De plus, beaucoup de familles concernées se sentent découragées, un an et demi après avoir été privée de l’allocation. « Refaire vivre ce droit, ça va demander du temps » conclut la bénévole.

Reportage et croquis de Joanne Lehoux

À Caen, des mamans sans papiers se battent pour leurs droits : un carnaval de promesses non tenues

Depuis la suppression de l’allocation mensuelle de subsistance du Calvados, un collectif de mamans sans papiers se bat pour récupérer leurs droits. Une première victoire, mais la route est encore semée d’embûches.

Ce qui se passe réellement

Depuis juin 2024, le Conseil Départemental du Calvados a décidé de supprimer l’allocation mensuelle de subsistance pour les familles sans ressources, transformant une aide vitale en un secours exceptionnel, bien plus restrictif. Ce changement a poussé un collectif de mamans sans papiers, le FEDER (Famille en Détresse et Révoltées), à se mobiliser. Le 20 décembre 2025, elles ont défilé dans les rues de Caen, brandissant des pancartes et chantant des slogans, comme « Des papiers pour tous ou pas de papier du tout ».

Pourquoi cela dérange

Cette situation met en lumière l’absurdité d’un système qui prétend protéger les plus vulnérables tout en leur retirant les moyens de survivre. En effet, le Département exige que la précarité soit causée par un « accident de la vie » pour bénéficier de l’aide, excluant ainsi les familles sans papiers. Un bel exemple de déconnexion entre la réalité des familles et les décisions administratives.

Ce que cela implique concrètement

Les conséquences sont dramatiques : des enfants privés de cantine scolaire, des mères qui doivent jongler entre les nuits au 115 et les hébergements précaires. Les revendications du collectif sont claires : des tickets de tramway, la gratuité de la cantine, et un « chèque activité sport et culture » pour permettre aux enfants d’accéder à des loisirs. Mais face à une bureaucratie qui semble sourde, ces demandes sont souvent ignorées.

Lecture satirique

Ironiquement, alors que les politiques promettent de « protéger les plus faibles », la réalité est tout autre. Les mamans du collectif FEDER se battent pour des droits fondamentaux, tandis que les décideurs semblent plus préoccupés par la paperasse que par le bien-être des enfants. On pourrait presque croire que le Département a décidé de faire de la précarité un sport national, avec des règles du jeu qui changent selon le bon vouloir des autorités.

Effet miroir international

Cette situation n’est pas sans rappeler les dérives autoritaires observées ailleurs, où les droits des plus vulnérables sont régulièrement bafoués au nom de la sécurité ou de l’ordre public. Que ce soit aux États-Unis ou en Russie, les discours politiques se ressemblent : des promesses de protection qui se heurtent à des réalités bien plus sombres.

À quoi s’attendre

La victoire obtenue par le tribunal administratif de Caen, qui a jugé illégales les nouvelles conditions d’éligibilité de l’aide, est un pas en avant. Cependant, le chemin reste long. Les familles doivent maintenant faire face à un processus de réexamen de leurs dossiers, qui pourrait encore les laisser sur le carreau. La lutte pour leurs droits ne fait que commencer.

Sources

Source : grand-format.net

À Caen, des mamans sans papiers se battent pour leurs droits – Grand Format Normandie

Visuel — Source : grand-format.net

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